CARTULAIRE (n.m., du latin médiéval chartularium, du latin classique charta, papier… mais justement, non).
Un cartulaire, c’est le grand registre qui contient les titres de propriété ou les privilèges de l’abbaye médiévale. Sauf que les moines ne faisant jamais les choses simplement ont parfois décidé que le format registre manquait cruellement d’ambition.
Prenez celui de l’abbaye de l’île Barbe, daté de la moitié du XIVe siècle. Plutôt qu’un modeste livre en plusieurs volumes qu’on range dans une armoire, ils ont opté pour un rouleau de 33 mètres de long, composé de 43 peaux de moutons ou de chèvres, cousues bout à bout à l’aide de lanières de cuir, le tout pesant une bonne dizaine de kilos. Déjà plus compliqué à ranger. Un objet qui pose immédiatement une question existentielle : comment le consulter ? En organisant une course de déroulage dans les couloirs des Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon qui le conservent ?

Car un cartulaire, c’est avant tout un recueil de privilèges (donations, exemptions, droits divers), que l’abbaye accumulait avec la gourmandise d’un enfant devant un buffet. Et quel buffet ! On y consignait tout ce qui prouvait qu’on était important, riche et intouchable. Le parchemin, fabriqué à partir de peaux grattées et blanchies, jusqu’à l’obtention d’une surface d’écriture, était le support noble par excellence. Ça ne s’inventait pas : même la matière première venait probablement du troupeau du coin.
Ce qui rend ce spécimen lyonnais particulièrement déconcertant (c’est l’un des plus longs rouleaux de parchemin conservés en France), c’est son anachronisme assumé : en 1367, le livre avait déjà largement supplanté le rouleau. Les moines de l’île Barbe ont donc produit tardivement, et à une échelle démesurée, un objet que tout le monde avait abandonné. Un peu comme imprimer aujourd’hui son agenda sur un télex. Après trois ans et demi de restauration minutieuse, ce monument du “pourquoi faire simple ?” a été exposé aux Archives de Lyon pendant deux jours fin avril (à tout le moins partiellement car 33 mètres auraient probablement occupé le parking), avant de repartir dans sa boîte à hygrométrie et températures contrôlées. Quand te reverrai-je, rouleau merveilleux ?
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