Nathalie Dompnier, président de l'Université de Lyon
Nathalie Dompnier, président de l’Université de Lyon

"La confiance dans la science ne se décrète pas" Nathalie Dompnier

Nathalie Dompnier, président de l'Université de Lyon, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Jeudi 12 mars à 18h00, Lyon accueille la finale locale de Ma thèse en 180 secondes. Nathalie Dompnier, présidente de l'Université de Lyon, revient sur les enjeux de ce concours, et sur les turbulences qui agitent le monde universitaire.

Trois minutes. Pas une de plus. C'est le temps imparti à chaque doctorant pour convaincre un public profane que ses recherches méritent l'attention. Bienvenue dans Ma thèse en 180 secondes, le plus grand stand-up scientifique du monde. Né au Québec, inspiré du Three Minute Thesis australien, le concours est désormais décliné dans toute la francophonie. En France, il est porté par France Universités et le CNRS. Ce jeudi 12 mars à 18h00, c'est Lyon qui entre en scène, avec sa finale locale, avant les étapes régionale, nationale et internationale.

Antidote aux fake news

Douze doctorants lyonnais et stéphanois monteront sur scène avec un seul défi : rendre accessible en 180 secondes un travail de thèse qui en a mobilisé parfois cinq ans. Chrono à l'appui, devant un jury composé de chercheurs, journalistes et représentants du CNRS. Pour Nathalie Dompnier, présidente de l'Université de Lyon, l'exercice va bien au-delà du spectacle : "l'objectif est de pouvoir partager les savoirs, de rendre accessibles un ensemble de connaissances produites par les doctorants et d'expliquer simplement au grand public ce que font les doctorants dans une thèse."

Dans un contexte de défiance croissante envers la science, le timing est idéal. Complotisme, désinformation, remise en cause des expertises… Ma thèse en 180 secondes arrive comme un contre-feu. "La confiance ne se décrète pas, reconnaît Dompnier, mais Ma thèse en 180 secondes permet justement de montrer, d'expliquer le plus simplement possible des choses assez complexes. La confiance dans la science repose en grande partie sur notre capacité à expliciter la solidité des résultats scientifiques que nous produisons.é

Le territoire lyonnais compte environ 5 000 doctorants et 1 000 soutenances de thèse par an. Pourtant, la crise du doctorat est réelle, à Lyon comme partout en France. Ma thèse en 180 secondes est aussi pensé comme un outil d'attractivité. "Beaucoup de lycéens viennent assister aux finales locales et régionales, souligne Nathalie Dompnier, c'est une manière de montrer les compétences des doctorants et futurs docteurs, notamment vis-à-vis du monde socio-économique et des employeurs. Ce sont des compétences qui, sur le plan professionnel, sont évidemment extrêmement précieuses."

Réunions politiques sur les campus : pas question d'interdire

Ce soir de finale ne fait pas oublier les tensions qui traversent l'université française. Après le lynchage mortel du militant nationaliste Quentin Deranque par des militants d'ultragauche en marge d'une réunion à Sciences Po, où était invité la députée LFI Rima Hassan, le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste a adressé une circulaire aux recteurs, leur rappelant que les présidents d'université avaient le dernier mot sur l'organisation de réunions politiques susceptibles de troubler l'ordre public. Nathalie Dompnier balaie l'idée d'une nouveauté : "la circulaire ne change en réalité pas grand-chose à la situation précédente." Elle rappelle que les chefs d'établissement consultent depuis longtemps les services du rectorat, de la préfecture et les renseignements territoriaux dès qu'une association étudiante souhaite inviter un intervenant politique. "Ce sont des pratiques élémentaires, et ils n'ont pas attendu cette circulaire pour les appliquer."

La question renvoie à des incidents récents sur les campus lyonnais, dont la polémique autour de l'intrusion de militants dans un cours de Fabrice Balanche à Lyon 2, université que Nathalie Dompnier a présidée pendant huit ans avant de prendre la tête de l'Université de Lyon (ComUE). Sa position est ferme : "le défi consiste à garantir ces libertés, la liberté pour les étudiants d'organiser des réunions, la liberté de la recherche et de l'enseignement. Il ne s'agit pas d'interdire des activités, mais de s'assurer qu'elles se déroulent dans de bonnes conditions et que l'ensemble des acteurs respecte des règles communes."


Les portraits des 12 doctorants sélectionnés pour la finale locale lyonnaise de Ma Thèse en 180 secondes


Ma Thèse en 180 secondes Lyon : "la vulgarisation est un merveilleux outil d’information" (Aurélie Guinot, doctorante en sciences)
Ma Thèse en 180 secondes Lyon : "je trouve important de mieux représenter les femmes dans les sciences" (Angèle Denis, doctorante en imagerie biomédicale)
- Ma Thèse en 180 secondes Lyon : "c’est en partie ce qui m’a aidée à me projeter dans une thèse" (Claudia Schiavini, jeune docteure en sciences exactes)
Ma Thèse en 180 secondes Lyon : "je veux rendre accessible ce que je fais" Elise Cheynet, doctorante en sciences de la vie (Elise Cheynet, doctorante en sciences de la vie)
- Ma Thèse en 180 secondes Lyon : "être chercheuse implique de partager ses connaissances" (Inès Torres Auré, doctorante en géologie)
Ma Thèse en 180 secondes Lyon : "j’espère contribuer à rapprocher la science de la société" (Manon Lambert, jeune docteure en sciences de gestion, participe à Ma Thèse en 180 secondes -Université de Lyon 2026)
- Ma Thèse en 180 secondes Lyon : "une porte d’entrée pour permettre des questionnements" (Margot Coisnon, doctorante en génie des procédés, participe à Ma Thèse en 180 secondes -Université de Lyon 2026)
- Ma Thèse en 180 secondes Lyon : "une expérience de vulgarisation qui oblige à penser en termes simples les concepts complexes" (Romain Borgna, doctorant en génie des procédés, participe à Ma Thèse en 180 secondes -Université de Lyon 2026)
- Ma Thèse en 180 secondes Lyon : "sortir de sa zone de confort fait partie de la formation d’un chercheur" (Lili Bruyère, doctorante en immunologie, participe à Ma Thèse en 180 secondes -Université de Lyon 2026)
- Ma Thèse en 180 secondes Lyon : "prouver que la science peut faire sourire tout en soulevant de vrais questionnements" (Sasha Darmon, Sasha Darmon, doctorant en bio-informatique, participe à Ma Thèse en 180 secondes -Université de Lyon 2026)
- Ma Thèse 180 secondes Lyon : Il est crucial de comprendre comment les êtres vivants s’adaptent et survivent" (Célia Lacomme, doctorante en écologie évolutive, participe à Ma Thèse en 180 secondes -Université de Lyon 2026)£
- Ma Thèse en 180 secondes Lyon : "montrer que la science peut éclairer des enjeux profondément humains" (Elodie Corvaisier, doctorante en sciences économiques, participe à Ma Thèse en 180 secondes-Université de Lyon 2026)


La retranscription intégrale de l'entretien avec Nathalie Dompnier

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui Nathalie Dompnier. Nathalie Dompnier, vous êtes présidente de l’Université de Lyon, la structure qui chapeaute l’ensemble des universités et grandes écoles du territoire lyonnais. Nous allons parler de Ma thèse en 180 secondes, dont Lyon Capitale est partenaire. Pour résumer, c’est une sorte d’énorme stand-up scientifique qui se déroule à Lyon, avec une finale locale, puis régionale, puis nationale et enfin internationale. C’est un concours de vulgarisation scientifique. Aujourd’hui, Ma thèse en 180 secondes est-elle devenue un outil essentiel pour refaire le lien entre la recherche et le grand public, pour rapprocher la recherche du grand public ?

L’objectif est de pouvoir partager les savoirs, de rendre accessibles un ensemble de connaissances produites par les doctorants et d’expliquer simplement au grand public ce que font les doctorants dans une thèse qui dure trois, quatre ou cinq ans...

Un résumé en 180 secondes...

...180 secondes pour expliquer ce travail de thèse, pour présenter les principaux résultats et aussi la démarche scientifique. C’est important. C’est donc un véritable défi pour ces doctorants.

À une époque où la science est remise en cause, où de nombreuses fausses informations circulent, où beaucoup de discours complotistes se diffusent, Ma thèse en 180 secondes n’arrive-t-elle pas au bon moment en envoyant le signal qu’il faut aussi faire confiance à la science ?

Tout à fait. La confiance ne se décrète pas, mais “Ma thèse en 180 secondes” permet justement de montrer, d’expliquer le plus simplement possible des choses assez complexes. Elle fait partie de tous ces dispositifs de médiation scientifique qui existent : la Fête de la science et tout un ensemble d’activités tournées vers le grand public et les scolaires pour montrer ce que sont les connaissances, mais aussi le parcours qui permet d’y parvenir. La confiance dans la science repose en grande partie sur notre capacité à expliciter la solidité des résultats scientifiques que nous produisons.

Nous le disions un peu avant cette émission : il y a grosso modo 5 000 doctorants sur le territoire lyonnais et 1 000 soutenances de thèse. On observe aussi, au niveau national — ce n’est pas spécifique à Lyon — une crise du doctorat et des doctorants. Ma thèse en 180 secondes fait-elle partie des dispositifs permettant de pallier cette crise du doctorat ?

Elle y contribue en partie. L’idée est aussi de rendre attractif le parcours doctoral. Beaucoup de lycéens viennent assister aux finales locales et régionales de “Ma thèse en 180 secondes”. C’est aussi une manière de montrer les compétences des doctorants et futurs docteurs, notamment vis-à-vis du monde socio-économique et des employeurs. Cette vulgarisation s’adresse aussi à eux. Elle permet de montrer les richesses de ces parcours doctoraux. C’est une façon de partager ces compétences, notamment celles liées à la vulgarisation et à la capacité de rendre accessibles au plus grand nombre des démonstrations complexes. Ce sont des compétences qui, sur le plan professionnel, sont évidemment extrêmement précieuses.

Comme je l’ai rappelé, vous êtes présidente de l’Université de Lyon, la structure qui chapeaute toutes les universités et grandes écoles du territoire lyonnais. Je vais donc vous poser une question d’actualité. Philippe Baptiste, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a envoyé une circulaire à tous les recteurs après le lynchage mortel du militant nationaliste Quentin de Ranck par des groupes d’ultra-gauche, en marge d’une réunion organisée à Sciences Po avec la députée LFI Riam Hassan. Il indiquait que ce type de réunions pouvait provoquer des troubles à l’ordre public et que le dernier mot reviendrait aux présidents d’université. Êtes-vous prête à interdire des réunions politiques sur les campus des universités lyonnaises et stéphanoises ?

Non. D’abord, je ne suis pas en capacité de les interdire, car ce sont les chefs d’établissement qui prennent les décisions. Ensuite, la circulaire ne change en réalité pas grand-chose à la situation précédente. En dernier recours, ce sont effectivement les chefs d’établissement qui décident. Mais en amont, et cela existe depuis longtemps, lorsqu’une association étudiante souhaite organiser une réunion avec des invités politiques, les chefs d’établissement contactent les services du rectorat, de la préfecture et les renseignements territoriaux. Ce sont des pratiques élémentaires pour les chefs d’établissement et ils n’ont pas attendu cette circulaire pour les appliquer.

Avant d’être présidente de l’Université de Lyon, vous avez été présidente de l’Université Lyon 2. Ces dernières semaines et ces derniers mois, plusieurs incidents ont eu lieu sur certains campus, notamment à Lyon. Il y a eu par exemple la polémique autour d’une conférence de Fabrice Balanche. L’université a toujours été un lieu de liberté académique et politique. Comment gère-t-on aujourd’hui ces situations, qui prennent parfois une ampleur importante ?

C’est une question complexe à traiter en quelques minutes. Ce que je peux dire, c’est qu’un certain nombre de libertés sont garanties dans les universités, les écoles et sur les campus : la liberté pour les étudiants d’organiser des réunions et d’inviter des intervenants, la liberté de la recherche et la liberté de l’enseignement. Le défi consiste à garantir ces libertés. Il ne s’agit pas d’interdire des activités, mais de s’assurer qu’elles se déroulent dans de bonnes conditions et que l’ensemble des acteurs des campus respecte des règles communes, des règles partagées, permettant à ces événements et à ces activités de se dérouler correctement.

Qu’elles puissent bien se dérouler, effectivement. Merci d’être venue sur le plateau de 6 minutes chrono. Je vous donne rendez-vous ce jeudi pour Ma thèse en 180 secondes. Merci, à très bientôt. Au revoir.

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