Installée depuis près d’un an sur place Bellecour, l’œuvre Tissage Urbain continue de diviser. Entre utilité saluée et esthétique décriée, cette installation peine encore à faire l’unanimité auprès des Lyonnais.
Elle s'apprête à fêter sa première année d'installation sur la place Bellecour, dans le 2e arrondissement de Lyon. L'oeuvre Tissage Urbain, réalisée par l'artiste Romain Froquet et inaugurée courant juillet 2025, était sensée représenter le désir des Lyonnais d'avoir une place végétalisée, volonté plébiscitée dans le cadre du budget participatif. Pourtant, les contraintes techniques en souterrain, avec la présence d'un métro et d'un parking, ainsi que les exigences liées à l'importance patrimoniale du site, ont eu raison de la promesse initiale de la mairie centrale.
À la place, ces gigantesques ombrières ont été aménagées pour la période 2025-2029. Un projet qui a suscité un certain rejet des élus, comme l'ancienne adjointe à la Culture du maire Grégory Doucet, Nathalie Perrin-Gilbert, ou le maire LR du 2e arrondissement, Pierre Oliver. C'est notamment le montant alloué à cette oeuvre (1,5 millions d'euros), qui avait été au coeur de toutes les critiques. Même l'écrivain Lorànt Deutsch y était allé de sa petite boutade : "Je suis sur la place Bellecour, où les Lyonnais ont décidé d'y faire sécher leurs draps" ironisait-il.
Mais, près d'un an après son installation, les Lyonnais ont-ils adopté l'oeuvre Tissage Urbain ? Pour le savoir, Lyon Capitale est parti à votre rencontre.
Entre touristes et Lyonnais, l'opinion est divisée
Place Bellecour, il est 11 h 30. Philippe est assis sur l'oeuvre Tissage Urbain, il mange un sandwich. "Je la trouve plutôt utile, elle habille la place, et moi ça me permet de manger assis", ironise le quinquagénaire dont c'est la première fois à Lyon. "Utile", le mot revient comme un refrain lorsqu'il s'agit de parler du confort que l'oeuvre permet. Véronique et Suzon, une mère et sa fille, sont sous le charme : "Esthétiquement c’est beau, c’est idéal pour se poser, nous étions venues il y a trois ans, ça rajoute un truc, c'est indéniable."
La beauté esthétique, ce n'est pourtant pas une qualité que Lyonnais, comme touristes, soulèvent. "Cette horreur ? On aurait pu faire beaucoup mieux, je trouve que ça encombre la place" fulmine Michel, venu prendre des photos, non pas du Tissage Urbain, mais bien de la statue de Louis XIV. Un constat partagé par Edith : "Ce n’est pas beau, et ça ne protège pas du soleil" critique-t-elle.
Anaïs et Carmen, étudiantes à Lyon, vont encore plus loin. "En fait, on ne comprend pas l’intérêt, ce n’est pas très beau, et ça ne cache pas du soleil. Et puis pour le prix que ça a coûté, je ne trouve pas forcément ça très rentable." Les deux jeunes femmes relèvent tout de même qu'il était nécessaire de remplir la place Bellecour : "elle faisait un peu sèche, il faudrait un peu de verdure" proposent-elles. Si la majorité des touristes trouvent l'oeuvre intéressante, certains sont plus mesurés comme Marie, "côté esthétique, ça reste discutable, mais pour s’asseoir, c’est idéal", clame-t-elle.
Le confort de l'oeuvre fait mouche
Justement, s'il y a bien quelque chose qui semble faire l'unanimité auprès des locaux, comme des personnes de passage, c'est son aspect confortable. "C'est un endroit qui reste cosy, plutôt pas mal pour se reposer", relativisent Anaïs et Carmen, "c'est bien l'un des seuls avantages", complète Michel. Si l'on résume, c'est bien l'aspect physique de l'oeuvre et le manque d'ombre produit qui semble le plus déranger. Un paradoxe, alors que l'objectif annoncé (et affiché) par Grégory Doucet était justement d'en créer le plus possible face aux fortes chaleur. En tout cas, l'élu devra miser sur le confort de l'infrastructure pour contrer l'opposition au Conseil municipal. Pour rappel, pendant sa campagne, Jean-Michel Aulas, souhaitait la déplacer.
Quid des dégradations commises sur l'oeuvre ?
Le 28 mars dernier, deux câbles de la structure ont été sectionnés, sans que les auteurs ne soient identifiés. L'année dernière, quelques jours seulement après son inauguration, l'oeuvre Tissage Urbain avait été déboulonnée sur certains de ses pieds, entrainant la mise en place d'un périmètre de sécurité.
Un an après son installation, combien de dégradations, quel prix pour la Ville de Lyon ? Contactée, la collectivité "dénombre deux actes de malveillance minimes sur des problématiques légères, non-structurelles et sans mise en danger du public." En outre, la réparation de l'oeuvre a été nécessaire "suite à un épisode de grand vent." Concernant la prise en charge financière, la Ville tient à rassurer : "Les opérations de maintenance sont intégrées au contrat de maintenance passé par la Ville de Lyon avec l’installateur dans le cadre du marché global. Il n’y a donc aucune prise en charge financière de la collectivité."
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