Cyclotouristes sur les berges du Rhône. @WilliamPham

ViaRhôna au sud de Lyon : la Région jette l'éponge, les pistes de la Métropole

L'itinéraire de la ViaRhôna séparant Lyon à Givors n'est toujours pas réalisé. La Région AURA, qui avait proposé un tracé retoqué par une enquête et par la Métropole de Lyon, rejette la maîtrise d'ouvrage et les financements. À quelles autres pistes pensent les élus écologistes ?

La ViaRhôna est cette piste cyclable touristique de 815 km qui relie la Suisse à la Méditerranée en longeant le Rhône. Quasiment achevée, seul le tronçon entre Lyon et Givors n'est pas encore réalisé malgré 20 ans de discussions pour déterminer un tracé. Pour rappel, la Région AURA  qui était chargée de réaliser cette portion, abandonne la maîtrise d'ouvrage et le financement, comme l'annonçait Lyon Capitale le 1er juillet. Son tracé avait reçu deux avis défavorables : de l'enquête d'utilité publique, et des écologistes de la Métropole de Lyon. La responsabilité de la réalisation et son financement reviennent donc à la Métropole de Lyon, mais pour quel tracé ?

Un projet d'itinéraire par les centres-villes

Justement, du côté de la Métropole, la prudence semble être de rigueur. Interrogée avant le désistement de la Région AURA, la vice-présidente au tourisme, Hélène Dromain (EÉLV), n’avait pas souhaité s’exprimer malgré les enjeux du tracé. Fabien Bagnon (EÉLV), le vice-président à la mobilité, confirmait simplement que le projet de “Voie lyonnaise 3”, reliant Quincieux à Givors, reprendra le tracé de la Région sur ce tronçon au sud de Lyon. Il avançait cependant : “Probablement qu’un jour on fera une belle voie verte route d’Irigny et route de Saint-Genis-Laval.” L’hypothèse d’une autre piste cyclable pour le sud-ouest lyonnais, passant par les centres-villes d'Irigny, de Vernaison, de Grigny semble donc plausible... quitte à s'éloigner du Rhône et perdre en cohérence avec l'esprit originel de la ViaRhôna.

Le vélotaf vs le cyclotourisme

Cet itinéraire plus proche des habitations favoriserait, de facto, le vélotaf  sur le cyclotourisme et éviterait de passer par des espaces naturels protégés comme le faisait le tracé de la Région AURA. Une idée que soutenait Pierre Athanaze (EELV), le vice-président chargé de l’environnement : “C’est certainement ce qu’il faudrait faire. Ce n’est pas aberrant : il y a d’autres tronçons de ViaRhôna qui s’éloignent du Rhône. Ce serait très pratique pour les trajets quotidiens.” L’élu dénonçait aussi le peu de concertation de la Région avec la Métropole sur le sujet : “Vous faites une piste en sachant que c’est quelqu’un d’autre qui va l’entretenir et vous ne le consultez pas ?”.

Lire aussi : ViaRhôna au sud de Lyon : l’histoire sans fin d’un blocage


La lettre de Laurent Wauquiez à Bruno Bernard sur la ViaRhôna :

Pour rappel, dans une lettre que s'est procurée Lyon Capitale, le président de la Région, Laurent Wauquiez (LR), annonçait à Bruno Bernard (EELV), le président de la Métropole de Lyon, son désistement. Après avoir dénoncé le blocage des écologistes de la Métropole de Lyon sur son tracé, il déclare aussi "déplorer cette posture qui a manifestement contribué à l'échec de la phase d'enquête publique, respectant pourtant parfaitement les textes en vigueur, et pour laquelle les services de l'Etat et de la Métropole avaient été associés étroitement".


"Lors de la délibération du 24 janvier 2022 donnant avis défavorable à la modification du PLU pour le projet ViaRhôna, la Métropole a également demandé que des variantes de tracés soient étudiées, alors même que cela avait été le cas pour la concertation préalable"


Il poursuit en attaquant les décisions de la Métropole de Lyon : "Ce projet, intégralement situé sur le territoire de votre Métropole, est très attendu et plébiscité par les partenaires et les citoyens en raison de son importance pour le développement touristique de votre territoire et votre politique de report modal. La décision de votre collectivité est donc parfaitement incompréhensible et survient au moment où le projet allait enfin se concrétiser et rentrer en phase travaux".


"La décision de votre collectivité est donc parfaitement incompréhensible"


Enfin, Laurent Wauquiez annonce son rejet du projet  : "Aussi, en raison du changement de position et de posture de la Métropole de Lyon, je vais réaffecter les budgets et ressources humaines à d'autres projets où nous sommes attendus et où nous pourrons travailler en collaboration constructive et efficace. La maîtrise d'ouvrage de ce projet et son financement vous reviennent donc. Je vous précise que ce projet reste éligible au soutien régional à la hauteur de 20o/o des travaux, sous réserve que le projet respecte les cahiers des charges du schéma national des véloroutes voies vertes et Eurovélo, notamment en termes de pente, et qu'il garde l'objectif de longer effectivement le Rhône, pour faire partie de la ViaRhôna. ll vous revient, pour cela, d'en déposer la demande en temps utile."

Le tracé de la Région AURA passait par des zones naturelles protégées. Il a été retoqué par l'enquête d'utilité publique et par la majorité écologistes de la Métropole de Lyon.

 


L'historique en résumé :

En 2019, la Région AURA de Laurent Wauquiez (LR) et la Métropole de Lyon, alors sous la présidence de David Kimelfeld (LREM) avait signé un contrat : la maîtrise d'ouvrage (le chantier) revenait à la Région et l'entretien de la piste. Bien que non détaillé, ce contrat indiquait un tracé par la rive droite du fleuve "qui reprend pour partie des cheminements ou des voiries existants". Un tracé alors validé par la précédente équipe de la Métropole de Lyon. Après concertation avec des associations et des riverains, la Région AURA avait donc proposé ce tracé traversant les lônes du Rhône au sud de Lyon, des espaces naturels protégés pour leur faune et leur flore. D'après le syndicat gérant cette zone (Smiril), 130 000 personnes emprunteraient déjà chaque année le site. Le projet de Laurent Wauquiez prévoyait alors  de monter ce chiffre à 200 000 par an.


130 000 personnes emprunteraient déjà chaque année le site. Le projet de la région prévoyait alors  de monter ce chiffre à 200 000 par an


Un projet retoqué par une enquête d'utilité publique fin 2021, en grande partie à cause du manque d'informations sur l'impact environnemental du chantier et de la piste touristique selon les enquêteurs publiques. Plusieurs élus écologistes avaient témoigné dans cette enquête. Début 2022, la Métropole de Lyon, alors passée à majorité écologiste, avait ensuite donné, elle aussi, un avis défavorable à ce tracé porté par la Région. Résultat, la Région passe la main à la Métropole qui devra réaliser de nouvelles études, avec de nouveaux budgets pour un nouveau tracé. De quoi retarder encore longtemps cette portion de la discorde.

Pour aller plus loin sur le sujet, Lyon Capitale a consacré un dossier entier sur les raisons techniques et politique du blocage de la ViaRhôna au sud de Lyon. A retrouver aussi dans le numéro d'été

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