Fin du diesel en 2026 : des débats (encore) vifs à la Métropole de Lyon sur la ZFE, l'opposition veut changer le calendrier, récit

C'est l'un des sujets majeurs de ces prochains mois à la Métropole de Lyon : l'objectif affiché, scandé et martelé par la majorité écologiste à la Métropole de Lyon de la fin des véhicules diesel à l'intérieur de la Zone à faibles émissions dès 2026. Le sujet s'est invité au conseil métropolitain, lundi et mardi. Il a été animé. Récit.

Vendredi, dans une longue interview accordée à Lyon Capitale, largement commentée, le maire LR d'Ecully Sébastien Michel est revenu sur ce sujet brûlant de la ZFE (Zone à faibles émissions), intimant l'exécutif écologiste de la Métropole de Lyon "à écrire à tous les habitants de la Métropole de Lyon, pour les informer" mais aussi à faire "attention à ne pas aller déclencher un mouvement social de grande ampleur, c'est le risque" et à veiller que "la zone de faibles émissions ne devienne pas une zone à forte exclusion". Le maire d'Ecully propose notamment que pour les "véhicules Crit'Air 2, laissons nous le temps jusqu'en 2028-2030" avant de les sortir de la ZFE. Lire l'entretien complet ICI

De quoi parle-t-on ? Dans 4 ans, environ 75 % des véhicules qui circulent actuellement dans la Métropole de Lyon ne pourront plus circuler à l'intérieur du périmètre de la Zone à faibles émissions, qui comprend actuellement les villes de Lyon, Villeurbanne, Caluire-et-Cuire, une partie de Bron et de Vénissieux (les parties de Bron et de Villeurbanne situées à l'intérieur du périphérique). Dès 2026 donc. C'est l'objectif affiché, martelé, scandé, assumé par l'exécutif écologiste de la Métropole de Lyon. Sortir du diesel. Au plus vite. Les débats sur le sujet sont animés, mettant en balance la nécessaire réduction de la pollution dans l’agglomération, l'efficacité de la ZFE mais surtout son acceptabilité sociale.


"Supprimer la circulation des véhicules diesels partout où c'est possible"

Jean-Charles Kohlhaas, vice-président écologiste de la Métropole de Lyon


Jean-Charles Kohlhaas, vice-président écologiste de la Métropole de Lyon en charge des déplacements, évoquait mi-septembre 2021 sur le plateau de 6 minutes chrono cette sortie voulue du diesel : "L'objectif des ZFE partout en Europe, c'est d'améliorer la qualité de l'air et de réduire la pollution car nous dépassons tous les seuils de pollution dans la plupart des Métropoles françaises. Dans ces polluants, il y en a un qui est spécifique, le dioxyde d'azote, qui est essentiellement émis par les véhicules routiers et à 95 % au sein de ces véhicules routiers par des véhicules diesels. Il y a un véritable enjeu à réduire puis à supprimer la circulation des véhicules diesels partout où c'est possible. C'est un enjeu de santé publique. La France, l'Etat, nous oblige à le faire. Si nous ne le faisons pas, l'Etat sera condamné par l'Europe".

"Les gens sont addicts à la voiture"

Le vice-président écologiste de la Métropole de Lyon en charges des déplacements expliquait : "aujourd'hui, 60 % des déplacements qui se font en voiture dans la Métropole font moins de 3km, donc pour beaucoup de gens, on pourrait faire autrement. On pense que les gens sont addicts à la voiture. On a une voiture car on en a besoin ponctuellement, 1-2-3-5-8 fois par mois, pour aller à la déchetterie, pour aller faire des courses, pour partir en famille le week-end et comme on l'a en propriété, on l'utilise tous les jours y compris quand on pourrait faire le déplacement à pied ou en vélo. On veut offrir la possibilité aux gens d'avoir une voiture quand ils en ont besoin. Mais pas tout le temps. C'est la solution autopartage par exemple".

Lire aussi : Lyon : la pollution de l'air est trop élevée dans 100 % des écoles selon une étude de l'association Respire

Face à ce sujet majeur, une large concertation a été engagée par la Métropole de Lyon, depuis le 3 septembre 2021... et jusqu'au 5 mars 2022, pour déterminer notamment le calendrier de la sortie du diesel dans la Métropole de Lyon et des véhicules Crit'Air 4, 3 et 2 d'ici 2026. Mais aussi le périmètre d'extension de la ZFE.

De nombreuses questions sont abordées lors de cette longue concertation. Avec 4 axes majeurs :

  • la sortie du diesel, quand ?
  • le périmètre de la ZFE va-t-il être agrandi ?
  • quelles mesures d'accompagnement ?
  • quelles mesures de dérogation ?

La sortie des véhicules particules Crit'Air 2 en 2026 fait débat

Jusqu'à présent, les élus ont voté l'interdiction dans un premier temps des véhicules particuliers Crit'Air 5 et non classés dès 2022, soit environ 4 % des véhicules particuliers. Cette interdiction est prévue dès le 1er septembre 2022. Par la suite, à l'issue de la concertation, les élus vont devoir décider du calendrier de sortie des véhicules classés Crit'Air 4, 3 et puis 2 à partir de 2023.

Vignette Crit’Air ©DR

C'est cette sortie des véhicules Crit'Air 2, souhaitée par l'exécutif écologiste à la Métropole de Lyon pour 2026, qui fait débat. Elle ne devait pas être présente dans les débats lors de ce conseil métropolitain (le 24 et le 25 janvier), elle s'y est invitée. Environ 40% des véhicules particuliers actuels dans la Métropole de Lyon sont des Crit'Air 2.

Comme Sébastien Michel, le maire d'Ecully, vendredi dernier dans nos colonnes, le groupe Inventer la Métropole de demain, le groupe de l'ancien maire de Lyon et président de la Métropole de Lyon, Gérard Collomb, a proposé le report de l’interdiction des véhicules Crit’Air 2 prévu en 2026, à 2028, voire 2030.


"Retarder à 2028, voir 2030 l'interdiction de circulation des véhicules Crit'Air 2"

Christophe Geourjon, conseiller Inventer la Métropole de demain


"Ma 1ère proposition consiste à retarder à 2028 voir 2030 l’interdiction de circulation des véhicules Crit’Air 2 dans la Métropole de Lyon annoncée effective au 1er janvier 2026, un calendrier non ouvert à la concertation", a expliqué le conseiller métropolitain Christophe Geourjon.

"Si vous confirmez votre calendrier, cela signifie que dans moins de 4 ans, 251 065 véhicules personnels des Grands Lyonnais devront être changés. Ceci représente une OPA sur le pouvoir d’achat des métropolitains de plus de 5 milliards d’euros ! Certes, en tenant compte du renouvellement naturel des véhicules, la facture ne serait que de 2 à 3 milliards d’euros ! Même si ce chiffre n’est qu’une estimation, il donne un ordre de grandeur. J’imagine que, comme nous, vous conviendrez que ceci n’est ni envisageable ni supportable", a ajouté Geourjon.

"Ce montant, je l’ai obtenu en calculant un cout moyen d’un véhicule à partir des chiffres de la Métropole de Strasbourg qui dans son dossier ZFE estime le prix d’une citadine Crit’Air 1 d’occasion à 11000 euros et celle d’une familiale électrique à 31200 €. Même avec une aide financière de la Métropole et de l’État nous sommes face à un mur financier pour les particuliers et à un puits sans fond pour les finances de la Métropole", a poursuivi le conseiller du groupe Inventer la Métropole de demain.

Christophe Geourjon avait pris la parole sur le sujet dès lundi au détour de l'adoption du procès-verbal du conseil du 27 septembre 2021. Son groupe a proposé deux voeux mardi, pour "la mise en place d'une ZFE pédagogique" et pour que "la Métropole étudie sérieusement les recommandations du panel citoyen".


"Quand on a raison contre tout le monde, c'est parfois qu'on a tort"

Philippe Cochet, maire LR de Caluire, président du groupe de droite au conseil de la Métropole


Outre le report de l'interdiction des véhicules Crit'Air 2 en 2028 ou en 2030, il était inscrit dans l'un des voeux qu'il "est indispensable de mettre en place, à chaque étape du renforcement de la ZFE, une phase pédagogique d’une année sur le modèle du processus mis en place par vos camarades écologistes de Strasbourg. Concrètement, à Strasbourg, pendant ces phases, un accompagnement renforcé est proposé et le contrôle par les forces de l’ordre se fait sans sanction, mais avec une information personnalisée". "Sans reculer sur les ambitions, ce principe permet, au contraire, à chacune et chacun d’entre nous d’être impliqué par la ZFE tout en laissant le temps d’adapter ses pratiques de mobilité et de réaliser les démarches de demandes d’aides pour le renouvellement du véhicule. Et cela, tout en améliorant dès à présent la qualité de l’air et donc notre santé", a ajouté Christophe Geourjon.

Deux voeux votés aussi par les groupes d'opposition de droite et de Synergie notamment. "Il y a une inquiétude fondée de la part des habitants. Et elle est respectable. Nous voterons bien sûr les deux voeux. Ce sont des voeux de bon sens", a indiqué Philippe Cochet, le maire LR de Caluire, président du groupe de droite au conseil de la Métropole de Lyon. "Méfiez-vous de l'exclusion des plus pauvres, des retraités, des handicapés, des familles. Lorsqu'on parle d'un volume de plus de 250 000 véhicules sur un territoire, on est en droit de s'interroger lourdement", a insisté le maire de Caluire. "Quand on a raison contre tout le monde, c'est parfois qu'on a tort", a piqué Cochet en conclusion.

La concertation dure depuis le 3 septembre 2021... jusqu'au 5 mars 2022

Sans surprise, les 2 voeux, massivement rejetés par les conseillers de la majorité, ont été rejetés. "Ces deux voeux sont surprenants, non pas dans le contenu, mais dans le calendrier. Des voeux superflus", a estimé la socialiste Anne Reveyrand. Mais lundi, comme mardi, lorsque le sujet a été abordé, Jean-Charles Kohlhaas, le président de la Métropole de Lyon en charge des déplacements, a répondu aux intervenants. Sans langue de bois, comme à son habitude. Et il a donné quelques informations intéressantes pour la suite des débats. Et la suite du calendrier.

Jean-Charles Kohlhaas ©PHOTOPQR/LE PROGRES/Joël PHILIPPON /MaxPPP

"On parle beaucoup de la ZFE en ce moment et de son amplification pour les particuliers dans les médias et même au sein de ce conseil de la Métropole, oubliant sans doute que la concertation sur cette ZFE et son amplification est en cours jusqu'à la mi-mars (la concertation, initialement prévue du 3 septembre 2021 au 5 février 2022, a été prolongée il y a quelques jours jusqu'au 5 mars 2022) et on nous demande de prendre des décisions avant la fin de la concertation ce qui n'est pas très démocratique", a-t-il expliqué dans un premier temps lundi. Avant de revenir, plus longuement, sur le sujet mardi, lors du débat sur les voeux portés par le groupe Inventer la Métropole de demain.

"J'ai le sentiment qu'une immense majorité des conseillers métropolitaines, tous groupes confondus, partagent vraiment toutes les préoccupations et beaucoup de sujets de fond autour de cette ZFE", a-t-il débuté. "Nous sommes dans un processus démocratique. Il a commencé depuis longtemps et il est en cours avec une concertation publique. Il faut le respecter. Nous n'allons pas prendre de décision avant la fin de la concertation, c'est totalement anti-démocratique", a ajouté le vice-président de la Métropole de Lyon.


'Nous sommes beaucoup plus lents que la plupart des autres ZFE"

Jean-Charles Kohlhaas, vice-président de la Métropole de Lyon en charge des déplacements


Avant d'attaquer le chef du groupe principal d'opposition : "Je voudrais répondre à l'instrumentation de Monsieur Cochet. Non, nous ne négligeons pas les attentes et les craintes de ces citoyens, au contraire nous en avons pleinement conscience. Monsieur Cochet, vous savez, quasiment la totalité de la population a aujourd'hui la capacité ou la possibilité de la mobilité à pied.  Une grande majorité, de l'ordre de 75%, aurait la capacité de la mobilité à vélo. Une faible minorité de la population a la capacité de la mobilité en voiture. D'abord, parce qu'un tiers de foyers de notre Métropole n'a pas de voiture. Ensuite, parce qu'une grande partie de la population dans les foyers qui ont une voiture n'a pas accès à la voiture soit parce qu'ils sont trop âgés pour conduire en ville notamment, soit parce qu'ils ont moins de 18 ans, soit parce qu'il y a une seule voiture dans le foyer et qu'ils sont plusieurs personnes. En terme de droit de à la mobilité, je vous invite à avoir un peu d'humilité".

Jean-Charles Kohlhaas a ensuite répondu plus spécifiquement à Christophe Geourjon. Le calendrier pourrait-il être ralenti ? "Nous sommes beaucoup plus lents que la plupart des ZFE. Le calendrier légal, c'est 5 au 1er janvier 2023 (l'interdiction des véhicules particuliers Crit'Air 5), 4 au 1er janvier 2024 et 3 au 1er janvier 2025. Nous prenons trois mois d'avance, pour la 1ère étape (les Crit'Air 5). Pour les autres ce n'est pas encore fixé (les Crit'Air 4 et Crit'Air 3). Mais nous le faisons que sur un périmètre central, qui n'est pas encore déterminé de manière précise. Alors que la plupart des autres métropoles le font sur un périmètre plus large". "Nous, nous avons déjà prévu d'avoir un calendrier plus large sur le périmètre de toute la Métropole. Même si le panel citoyen souhaite qu'on élargisse à toute la Métropole de Lyon, nous le ferons plus lentement et bien plus lentement que toutes les autres ZFE de France", a insisté Jean-Charles Kohlhaas.

Un groupe de travail à la Métropole a été mis en place sur ce sujet. Il va se réunir de nouveau le 18 février. Une délibération importante est prévue sur le sujet le 14 mars, lors du prochain conseil de la Métropole de Lyon.

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POUR ALLER PLUS LOIN

Retrouvez le 6' chrono consacré à la ZFE ci-dessous avec Jean-Charles Kohlhaas :

Lyon Capitale a consacré déjà de nombreux articles sur le sujet de la ZFE :

- Fin du diesel à Lyon : débats vifs à la métropole autour de l'extension de la ZFE

- Lyon - ZFE : Peut-on encore revendre son véhicule diesel ?

- Zone à faibles émissions à Lyon : une baguette pas si magique contre la pollution

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