Illustration autoroute @WilliamPham

Fin du diesel en 2026, ZFE à Lyon : le maire d'Ecully alerte Bruno Bernard "il y a un risque d'embrasement" (interview)

L'objectif affiché, scandé et martelé par la majorité écologiste à la Métropole de Lyon de la fin des véhicules diesel à l'intérieur de la Zone à faibles émissions dès 2026 est et sera l'un des gros sujets de débats de ces prochains mois. Le maire d'Ecully, Sébastien Michel, évoque longuement le sujet pour Lyon Capitale. Il craint un embrasement social.

C'est simple. Dans 4 ans, environ 75% des véhicules qui circulent actuellement dans la Métropole de Lyon ne pourront plus circuler à l'intérieur du périmètre de la Zone à faibles émissions. Dès 2026 donc. C'est l'objectif affiché, martelé, scandé, assumé par l'exécutif écologiste de la Métropole de Lyon. Sortir du diesel. Au plus vite. Les débats sur le sujet sont animés, mettant en balance la nécessaire réduction de la pollution dans l’agglomération, l'efficacité de la ZFE mais surtout son acceptabilité sociale. Les débats sur le sujets sont vifs. Très vifs. Ils crispent, ils divisent.

Le vice-président de la Métropole de Lyon en charge des déplacements, Jean-Charles Kohlhaas, avait présenté les grands objectifs de cette sortie voulue du diesel dès 2026 sur le plateau de 6 minutes chrono en septembre dernier (voir ci-après)

Face à ce sujet majeur, une large concertation a été engagée par la Métropole de Lyon, depuis le 3 septembre 2021... et jusqu'au 5 mars 2022, pour déterminer notamment le calendrier de la sortie du diesel dans la Métropole de Lyon et des véhicules Crit'Air 4, 3 et 2 d'ici 2026. Mais aussi le périmètre d'extension de la ZFE (actuellement Lyon, Villeurbanne et Caluire-et-Caluire).

De nombreuses questions sont abordées lors de cette longue concertation. Avec 4 axes majeurs :

  • la sortie du diesel, quand ?
  • le périmètre de la ZFE va-t-il être agrandi ?
  • quelles mesures d'accompagnement ?
  • quelles mesures de dérogation ?

Sébastien Michel, le maire LR d'Ecully, est inquiet. Il en appelle à Bruno Bernard, le président de la Métropole. Il explique à Lyon Capitale pourquoi.

Sébastien Michel, maire LR d'Ecully

Lyon Capitale : Quelle est votre position globale sur la ZFE ?

SEBASTIEN MICHEL. A part en faisant preuve de beaucoup de mauvaise foi, on ne peut pas être contre la Zone à faible émissions. C'est un sujet d'actualité majeur. On doit lutter contre la pollution, pour l'amélioration de la qualité de l'air. Personne ne discute le principe même d'une ZFE. A Ecully, on est très partants pour la ZFE. Et à date, on n'a pas encore décidé si oui ou non on ira dans le périmètre de la ZFE, ça va dépendre de beaucoup d'éléments.

L'idée, de la Métropole, c'est de l'élargir à toutes les communes de la Métropole de Lyon, aux 59 communes

Je trouve que c'est plutôt un bon principe mais après attention. C'est pour ça que je tire la sonnette d'alarme aujourd'hui. Attention, on est sur un sujet où on devrait se rassembler, se retrouver et ou quelque part, on transcende les clivages et on travaille tous ensemble sur ce sujet visant à améliorer la qualité de l'air. Ma crainte, aujourd'hui, c'est qu'au nom du symbole - et le symbole on le voit bien : c'est interdire le diesel dès 2026 - on en fasse un sujet de clivage, d'opposition et surtout on fasse de la Zone à faible émissions une Zone à forte exclusion. En réalité, quand on regarde les chiffres, ce que propose aujourd'hui la Métropole de Lyon, c'est ni plus ni moins que de bannir 75% des véhicules du parc automobile actuel, notamment pour la ville d'Ecully, dans 4 ans.

A Ecully, on a un peu plus de 11 000 véhicules. Sur ces 11 000 véhicules, 75% des véhicules pourraient ne plus rouler dans la ZFE dès 2026. Très concrètement, comment peut-on imaginer que 75% du parc automobile soit renouvelé d'ici 4 ans ? Pour moi, c'est juste impossible. Sur ce sujet-là, il faut être dans une vision où on va convaincre plutôt que contraindre. Surtout, il faut prendre le temps d'expliquer à la population. Je comprends la volonté de la Métropole d'aller vite mais attention...

Etes-vous favorables à l'interdiction des véhicules particuliers Crit'Air 5 à l'intérieur de l'actuelle ZFE dès l'été 2022 ?

Oui. La ville d'Ecully délibérera début février pour dire qu'elle est favorable à ce que les Crit-Air 5 soient interdits. Cela représente 3% des véhicules dans la Métropole. J'y suis favorable. On ne peut pas dire qu'on est favorable au principe de ZFE et vouloir s'affranchir de tous les calendriers. La loi a prévu un calendrier contraignant qui doit nous permettre de nous mettre en mouvement et vraiment d'y aller assez fortement pour faire évoluer la situation. La loi mobilités fixe un cadre qui dit grosso modo qu'il faut assez rapidement dans un calendrier allant jusqu'à 2025 en interdisant les Crit'Air 5-4 puis 3. A horizon 2025 donc.

En revanche, je suis très perplexe quant à la sortie du diesel dès 2026. Les Crit'Air 2, on parle de véhicules très récents... Même au niveau écologique, est-ce que ça a du sens demain de supprimer tous ces véhicules, de s'en débarrasser alors qu'on aura à faire à des véhicules fabriqués en 2020, 2021, 2022 ? Ca n'a pas de sens. On nous parle beaucoup d'écologie et d'économie circulaire. Comment on recycle et on prolonge la durée de vie des objets du quotidien... et là on nous explique qu'il va falloir se débarrasser de nos voitures quasi neuves ? Ca n'a pas de sens, y compris sur le plan écologique.

Vignette Crit’Air ©DR

Combien de véhicules cela représente-t-il à Ecully, les véhicules classés Crit'Air 2 ?

Ce sont 40% des véhicules à Ecully. Soit sur 11 400 véhicules qui appartiennent à des Ecullois, c'est à peu près 4 600 véhicules.


"Je demande à Bruno Bernard d'écrire à tous les habitants de la Métropole de Lyon, pour les informer"


Vous êtes maire d'Ecully, vous les connaissez vos habitants, sont-ils au courant de cette prochaine interdiction ?

Non. Comme la concertation a été lancée et animée, elle ne répond pas du tout à l'enjeu de cette information. Beaucoup d'habitants ne sont pas au courant. Ils ont entendu parlé du concept de ZFE mais concrètement ils ne savent pas ce que ça va avoir comme conséquence directe pour eux.

A Ecully, on va donc délibérer en étant favorable à la fin des Crit'Air 5 dès 2022. En revanche, avec mon conseil municipal, on va voté un voeu, et on est en train de travailler sur ce voeu aussi avec les collègues maires des communes alentours qui vise à dire : attention, sur le Crit'Air 2, il faut prendre le temps, et surtout, il faut informer.

La demande que je fais au président de la Métropole, Bruno Bernard, c'est d'écrire à tous les habitants de la Métropole de Lyon. Pour les informer. Pour leur dire : voilà ce qu'est une ZFE, ce que ça va faire pour vous. Si on ne fait pas ce travail-là, on peut organiser tous les grands débats qu'on veut - il y a un projet de créer une agence des mobilités avec un lieu dédié à Lyon, mais la réalité c'est que les Grands-Lyonnais n'iront pas tous dans un lieu dédié à Lyon pour s'informer sur la ZFE - ça ne marchera pas. On a besoin d'aller chercher la population et on ne doit pas attendre qu'elle vienne à nous.


"Attention à ne pas aller déclencher un mouvement social de grande ampleur, c'est le risque"


On vous sent inquiet...

Sur un sujet aussi important, c'est une bombe à retardement. Il y a un tel aspect social. Si on était un peu cynique, on pourrait se dire que d'une certaine façon, pour les populations les plus aisées, cette démarche-là elle existe déjà. Et financièrement, elles pourront arriver à renouveler petit à petit leurs véhicules pour passer sur des véhicules plus vertueux. Mais, si on pense à la classe moyenne - très majoritaire sur le territoire de la Métropole de Lyon - et aux classes les plus populaires, comment expliquer à des familles qui se prennent de plein fouet l'augmentation du prix de l'essence, l'inflation, qu'en plus elles vont devoir changer un ou deux véhicules.

L'information, elle doit être maintenant. On parle de quelque chose qui va se passer très vite. Actuellement, les délais de livraison d'un nouveau véhicule augmentent au fur et à mesure. Aujourd'hui, pour changer de véhicule, c'est minimum 3 ou 4 mois de délai. Et c'est plus souvent 6, 8, voir 10 mois. Attention, on pourrait se retrouver dans une situation de paralysie. On a vu ces derniers mois et ces dernières années dans la société que les gens sont à fleur de peau, que le moindre sujet peut prendre des proportions très importantes. Attention à ne pas aller déclencher un mouvement social de grande ampleur. C'est le risque.

Autoroute A7 au niveau du pont de la Mulatière. @WilliamPham

Mais n'y a-t-il pas une urgence écologique, une urgence à aller vite, une urgence à frapper fort ?

L'urgence écologique, elle est là. Il faut aller vite, oui, mais pas n'importe comment. Surtout, il y a risque que ça s'embrase socialement. Soit on convainc, soit on contraint. J'ai toujours considéré qu'il fallait faire preuve de pédagogie et convaincre la population du bien-fondé des décisions qu'on prend. La contrainte, ça ne marche pas. Regardez les gilets jaunes, les bonnets rouges. Ce sont des sujets très inflammables. Je demande à la Métropole de faire preuve de bon sens et de raison. Honnêtement, qui peut penser que 75% des propriétaires de véhicules de la Métropole de Lyon vont pouvoir en 4 ans changer leurs véhicules ? Surtout, que va-t-on faire de ces 75 % de véhicules ? On les jette ? On les met au rebut ? On les envoie dans des pays en voie de développement pour aller polluer d'autres territoires ? Ce n'est pas à la hauteur de l'enjeu.

Il faut aller très vite, et très fort, sur les Crit'Air 5, puis les Crit'Air 4 et potentiellement sur les Crit'Air 3 et l'objectif fixé par la loi ce n'est "plus de Crit'Air 3 en 2025". C'est un objectif sur lequel ont doit pouvoir se retrouver et avancer vite et fort. En revanche, sur les Crit'Air 2, il faut prendre le temps. Si je prends l'exemple de la Métropole de Strasbourg, ils ont fait le choix de bannir le Crit'Air 2 en 2028, ça laisse déjà deux ans de plus. Ca va dans le bon sens.

Je rappelle que l'objectif de la loi mobilités, c'est d'arriver à la fin du diesel en 2030. Pourquoi cette précipitation qui ne peut que heurter et créer du clivage ? Ma crainte, c'est que ce sujet ne devienne un sujet de politique-politicienne. Je ne le souhaite pas. Restons sur le fond.


"Pour les véhicules Crit'Air 2, laissons nous le temps jusqu'en 2028-2030"


Attention à ne laisser personne sur le bord de la route, c'est ça votre message?

Zone à faible émission oui, zone à forte exclusion non. Est-ce qu'on veut un modèle de société avec des Métropoles qui concentrent sur leurs territoires des personnes aisées avec énormément de pouvoirs d'achat, qui peuvent se permettre de faire ces choix-là et reléguer toute une partie de la population classe moyenne - classe populaire à l'extérieur de ces grandes villes et grandes agglomérations ? Si c'est ça le projet de société, il faut le dire. Je crois moi qu'il faut vivre ensemble. Oui, Ecully a une image beaucoup moins populaire que d'autres villes mais je rappelle qu'à Ecully, on a 30% de logements sociaux. On a beaucoup de ménages qui auront des difficultés.

Est-ce que la vraie écologie ce n'est pas d'avoir un véhicule et de le garder suffisamment longtemps plutôt que de la changer tous les 1 ans et demi ou tous les 2 ans ? Je ne pense pas que ça soit vertueux sur le plan écologique. J'appelle Bruno Bernard, le président de la Métropole, à lancer un grand débat public, des assises...

Mais une grande concertation a été lancée sur le sujet de la ZFE depuis le 3 septembre 2021... Elle s'étend jusqu'au 5 mars 2022...

Pour moi, elle n'a de grande que le nom. En réalité, vous êtes à Ecully aujourd'hui (jeudi 20 janvier). Je vous invite à descendre dans la rue et à demander aux 20 premières personnes que vous croisez, vous leur demandez s'ils ont entendu parler de la ZFE et de la grande concertation de la Métropole, la réponse est non. L'actualité est préemptée par la crise sanitaire et la population n'est pas au courant de ce sujet. Je crois beaucoup à la nécessité d'aller écrire à chaque habitant. Il faut que chaque habitant soit sensibilisé, il n'y a que comme ça qu'on pourra y arriver.

Bruno Bernard, président vert de la Métropole de Lyon © Antoine Merlet

Est-ce que vous sentez que Bruno Bernard est réceptif, captif, face à cette inquiétude qui remonte du terrain, des maires ?

La bonne approche sur ces dossiers-là, c'est une approche collective. Il ne faut pas en faire un sujet de politique politicienne, il ne faut pas en faire un symbole. Il faut juste profiter de cette opportunité pour justement accroître la sensibilité écologique de la population et prouver que si on fait tous un petit effort, on améliorera la situation.

Il faudra aussi des mesures d'accompagnement, de nombreuses dérogations...

Il faudra des dérogations claires mais une dérogation n'a de sens que si elle reste dérogatoire, pas si elle s'applique à tout le monde. Sinon ce n'est plus une dérogation. Il y a aussi, évidemment, le sujet de l'accompagnement. Comment on arrive à aider les ménages et les entreprises à faire cette transition écologique ? L'Etat prévoit aujourd'hui un certain nombre de compensations. Sur la Métropole, on ne sait pas encore concrètement ce qui sera prévu. Mais quand on voit le coût des véhicules électriques aujourd'hui, même avec des grandes compensations financières, tout un tas de ménages ne pourront pas changer un ou deux véhicules. Une compensation financière, sur laquelle je suis réservé. Le quoi qu'il en coûte a ses limites. Est-ce que ça a du sens de dépenser des flots d'argent public juste pour permettre à la population de changer de voiture ? Je ne suis pas certain.

Il y aura aussi le sujet des alternatives de la voiture. Si l'ambition de la Métropole, c'est clairement d'interdire l'accès à la ville-centre en véhicule léger, il faut clairement l'affirmer. Mais dans ce cas-là, il faut avoir un réseau de transport en commun performant et la possibilité d'avoir des parcs relais à proximité immédiate des transports en commun. Or, aujourd'hui, on a le sentiment que sur ce sujet-là, l'exécutif de la Métropole de Lyon n'est pas très clair...

Ce que j'appelle de mes voeux, oui on avance très vite jusqu'en 2025 Crit'Air 5-4-3, on se donne le temps jusqu'en 2028-2030 pour faire la bascule pour les Crit'Air 2. Où j'attends la Métropole, c'est sur les capacités à développer les transports en commun pour que l'ensemble du territoire métropolitain soit connecté et surtout sur la possibilité d'avoir des parcs relais à proximité de ces transports en commun.

Le réseau de transports en commun à Lyon actuellement - et les projets en cours dans le plan de mandat du Sytral 2020-2026 - n'est pas suffisant actuellement pour accompagnement cette évolution ?

Je ne vois pas comment... On sent qu'il y a une vraie volonté, que des investissements massifs sont lancés, sur les trams. Ca va dans le bon sens. Mais rendez-vous compte. Comment imaginer que le réseau, très sollicité aujourd'hui, puisse absorber autant de nouveaux usagers ? Pour moi, ce n'est pas possible. Il faut qu'on se mette tous autour d'une table entre élus responsables et se dire "comment on fait pour atteindre l'objectif" ? On devrait pouvoir trouver une solution pour permettre aux habitants de la Métropole de Lyon de mieux respirer et en même temps de ne pas se retrouver avec le couteau sous la gorge à devoir changer de véhicule..


"On a trop tendance à opposer les différents modes de transports, on aura toujours besoin de la voiture"


Changer de véhicule forcément ? "Il faut se déshabituer de la voiture", prône Jean-Charles Kohlhaas, le vice-président de la Métropole en charge des déplacements.  Est-ce qu'il faut que les habitants d'Ecully se déshabituent de la voiture ?

Je ne suis pas d'accord. On a trop tendance à opposer les différents modes de transports. Il y aurait d'un côté les gentils, de l'autre les méchants... Il faut permettre les différents usages. Il faut que ceux qui ont envie de faire du vélo puissent en faire de manière plus sécurisée, plus directe. C'est ce qui est fait avec les Voies Lyonnaises, c'est très bien, je m'en réjouis. Et j'appuie ce projet. Sur les transports en commun, pareil. Mais il ne faut pas vouloir bannir la voiture, on aura toujours besoin de la voiture. En revanche, il faut être capable de choisir le moyen de déplacement le plus efficace sur chaque type de déplacement : cet arbitrage-là il faut qu'on prenne l'habitude de le faire.

Je crois beaucoup plus à la politique des petits pas que du grand soir. Il ne faut pas avoir un discours où on explique aux gens ce qui est bon pour eux, et c'est comme ça et pas autrement. Il faut faire un travail de pédagogie : pourquoi une ZFE ? Pourquoi c'est important ? Comment on va y arriver ensemble ? Et surtout que ça ne soit pas vécu comme une sanction.


POUR ALLER PLUS LOIN

Retrouvez le 6' chrono consacré à la ZFE ci-dessous avec Jean-Charles Kohlhaas :

Lyon Capitale a consacré déjà de nombreux articles sur le sujet de la ZFE :

- Fin du diesel à Lyon : débats vifs à la métropole autour de l'extension de la ZFE

- Lyon - ZFE : Peut-on encore revendre son véhicule diesel ?

- Zone à faibles émissions à Lyon : une baguette pas si magique contre la pollution

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