Ulrich Darbost, cofondateur de Novaleum et chercheur à l’Université Claude Bernard Lyon 1, et Yann Gillard, dirigeant et cofondateur de la start-up, sont les invités de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

"On parle d'un million de tonnes par an à revaloriser" : Novaleum veut transformer les déchets gras en biocarburants

Ulrich Darbost, cofondateur de Novaleum et chercheur à l'Université Claude Bernard Lyon 1, et Yann Gillard, dirigeant et cofondateur de la start-up, sont les invités de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Transformer un déchet peu valorisé en ressource énergétique : c'est l'objectif de Novaleum. La start-up lyonnaise a développé un procédé capable de séparer les déchets gras en plusieurs fractions valorisables, dont une huile destinée à la production de carburants d'aviation durables et de biodiesel. Selon Yann Gillard, le potentiel est considérable puisque la France génère chaque année près d'un million de tonnes de déchets gras aujourd'hui majoritairement incinérés. "On parle d'un million de tonnes par an à revaloriser, aujourd'hui principalement incinérées", souligne-t-il. Pour l'entreprise, ce gisement pourrait permettre de couvrir jusqu'à 10 % des besoins français en carburant d'aviation durable.

La technologie développée par Novaleum repose sur un procédé peu énergivore et sans solvant, désormais en phase de démonstration industrielle. "Quasiment 100 % du déchet est transformé dans les fractions valorisées", explique Ulrich Darbost. L'innovation a été conçue sous la forme d'une unité containerisée pouvant être déployée directement à proximité des sites de traitement des déchets, notamment les stations d'épuration.

Une levée de fonds pour accélérer l'industrialisation

Pour franchir une nouvelle étape, Novaleum vient de boucler une levée de fonds d'un million d'euros. Ces financements doivent permettre à l'entreprise de finaliser le développement de sa technologie, renforcer ses équipes et préparer une démonstration industrielle en partenariat avec la Métropole de Lyon, notamment sur le site de la station d'épuration de Pierre-Bénite. Créée en mars 2025 à la suite de plusieurs années de recherche académique, la société affiche déjà des ambitions internationales.

Au-delà du marché des carburants, Novaleum explore également d'autres débouchés pour les huiles récupérées. "Nous travaillons déjà à fabriquer des produits à plus haute valeur ajoutée, des matières premières pour l'industrie, des solvants, des biolubrifiants et pourquoi pas même des matières premières pour la cosmétique", indique Ulrich Darbost. L'entreprise envisage à terme de déployer son modèle via des licences d'exploitation de sa technologie auprès d'acteurs industriels en France et à l'étranger.

Plus de détails dans la vidéo :

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Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, nous allons parler de technologie avec la start-up lyonnaise Novaleum. Cette dernière vient de lever un million d'euros et s'est donné pour objectif de transformer les déchets gras en biocarburants.

Et pour en parler, nous recevons deux de ses cofondateurs. Nous recevons Ulrich Darbost, chercheur à l'Université Claude Bernard Lyon 1 et cofondateur de la start-up, ainsi que Yann Gillard, dirigeant et cofondateur de Novaleum. Bonjour messieurs. Nous allons rentrer dans le vif du sujet.

Je me tourne vers vous, Yann. Concrètement, à quoi sert votre solution et à qui se destine-t-elle ?

C'est une solution que nous développons à destination des acteurs qui produisent ce déchet, qui le collectent et qui le traitent, c'est-à-dire les industries agroalimentaires, les hydrocureurs et les stations d'épuration qui le reçoivent.

Vous le transformez ?

Nous réceptionnons ce déchet, nous l'introduisons dans notre procédé et nous allons extraire trois matières de cette huile. Tout d'abord une huile valorisable, ensuite un solide méthanogène pour la production de biogaz et enfin de l'eau que nous allons essayer de recycler.

Au sein de toute cette production, il y a aussi une partie destinée à l'aviation ?

Tout à fait. L'huile que nous allons extraire du déchet partira en bioraffinerie afin de produire des carburants d'aviation durables ou du biodiesel.

Dans ces trois types de production que vous avez listés, y en a-t-il une sur laquelle vous misez davantage ?

Oui, il y a un gros enjeu, mais c'est surtout sur l'huile que nous allons accélérer nos développements, parce qu'elle a la capacité d'alimenter les bioraffineries. Il existe un besoin important en biomasse et en huiles biosourcées pour produire des carburants et renforcer notre souveraineté.

On le voit bien aujourd'hui dans le contexte géopolitique que nous connaissons : le kérosène et, plus largement, ce qui fait tourner les avions constituent un enjeu majeur. Je me tourne maintenant vers vous, Ulrich. Concrètement, votre technologie tient dans un conteneur. Si j'ai bien compris, qu'est-ce qui se passe dans ce conteneur ? Dans les grandes lignes, comment fonctionne cette technologie ?

En effet, nous avons mis au point il y a quelques années un procédé à l'échelle du laboratoire, sur quelques grammes, qui permettait de transformer ce déchet en trois fractions, celles que Yann a citées. Aujourd'hui, nous disposons d'un prototype à l'échelle industrielle qui fonctionne déjà et que nous sommes en train de containeriser.

Ce procédé a la particularité de n'utiliser aucun solvant, d'être peu énergivore et d'être efficace en matière de conversion de la matière. C'est-à-dire que quasiment 100 % du déchet est transformé dans les fractions valorisées que Yann a mentionnées précédemment.

C'est quand même très intéressant. C'est facilement pilotable et l'on comprend qu'il est possible de l'installer directement dans les stations d'épuration. Je me tourne vers vous, Yann, parce qu'il faut tout de même parler du contexte. Vous évoquez un million de tonnes par an de déchets gras en France. C'est bien cette ressource que vous visez particulièrement à valoriser ?

Oui, tout à fait. On parle d'un million de tonnes par an à revaloriser, aujourd'hui principalement incinérées. Tout le défi de Novaleum sera d'accéder à ce gisement.

Elle est incinérée aujourd'hui. On n'en fait que de la chaleur ? Il y a un peu de récupération ?

Tout à fait, il y a un peu de récupération de chaleur, mais très peu de valorisation.

Cette ressource est-elle suffisamment abondante pour soutenir une croissance à grande échelle de votre technologie ? Nous l'avons dit au début de l'émission : les besoins sont importants, notamment dans l'aviation mais aussi dans d'autres domaines. Y a-t-il assez d'huile et de déchets gras à valoriser en France ?

Si nous arrivons à capter l'ensemble de ce gisement, nous pourrions subvenir à environ 10 % de la demande française en carburant d'aviation durable. Mais c'est un enjeu mondial. L'idée est de commencer en France, mais certainement pas de nous limiter au marché français. Nous souhaitons nous tourner très rapidement vers l'international.

Votre actualité, c'est aussi cette levée de fonds d'un million d'euros. Pouvez-vous nous expliquer ce que vous allez faire de ces fonds ? À quoi sont-ils destinés ? Que vont-ils vous permettre de développer ?

Tout à fait. Nous allons finaliser le développement de la technologie avec l'équipe de recherche, renforcer les équipes et préparer la démonstration industrielle. Nous avons un partenariat avec la Métropole de Lyon afin de réaliser une partie de cette démonstration à la station d'épuration de Pierre-Bénite.

Nous avons deux ans pour déployer ces fonds.

Effectivement. Je me tourne également vers vous pour nous raconter la genèse de Novaleum. C'est avant tout une histoire humaine : vous vous êtes rencontrés, vous êtes chercheurs. Comment vous est venue l'idée de développer cette start-up ?

En effet, je suis chimiste, véritablement passionné par la matière et ses constituants. Je suis convaincu que, dans un monde aux ressources limitées, la valorisation des déchets est absolument indispensable.

J'ai commencé à travailler autour des stations d'épuration. Rapidement, j'ai convaincu deux collègues de développer ce procédé de valorisation. Après trois ans de recherche financée par Pulsalys, nous avons rencontré Yann Gillard. Nous avons alors décidé de créer ensemble la start-up en mars 2025. Aujourd'hui, cette aventure est couronnée de succès avec cette levée de fonds, un an seulement après sa création.

Oui, c'est rapide. C'est aussi important de le souligner. Peu de start-up lèvent autant de fonds aussi rapidement.

Cela m'amène à ma dernière question, Ulrich. Comment vous projetez-vous dans les années à venir ? Peut-être pas dans dix ans, mais quelles sont les ambitions de votre start-up ? Nous avons entendu Yann évoquer un développement à l'international. Souhaitez-vous devenir un industriel exploitant ses propres unités ou plutôt fournir cette technologie à d'autres acteurs pour qu'ils la déploient ?

En effet, concernant le modèle économique de cette solution cleantech, nous envisageons principalement de concéder sous licence l'utilisation de notre solution containerisée auprès de différents acteurs, en France comme à l'international.

Mais j'aimerais ajouter que ce gisement est absolument immense, non seulement en quantité mais aussi en qualité. Cette huile offre de nombreuses perspectives. Aujourd'hui, nous travaillons déjà à la fabrication de produits à plus forte valeur ajoutée : matières premières pour l'industrie, solvants, biolubrifiants et, pourquoi pas demain, matières premières pour la cosmétique.

D'accord, c'est très large. Très bien, ce sera le mot de la fin. Merci d'être venus présenter Novaleum sur le plateau de Lyon Capitale. Quant à vous, merci d'avoir suivi cette émission. Vous pourrez retrouver davantage d'informations sur l'actualité économique et entrepreneuriale sur le site de Lyon Capitale. Je vous dis à très bientôt.

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