Stéphanie Robieux, cofondatrice de la start-up OOrion, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Stéphanie Robieux, cofondatrice de la start-up OOrion, est l’invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

"La technologie est enfin prête" : comment la start-up lyonnaise OOrion guide les malvoyants via l'IA

Stéphanie Robieux, cofondatrice de la start-up OOrion, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

La start-up lyonnaise OOrion, spécialisée dans l'assistance aux personnes déficientes visuelles, vient de franchir un cap majeur en intégrant sa technologie aux lunettes connectées Ray-Ban Meta. Sélectionnée parmi seulement quatre applications mondiales pour participer à une phase de test exclusive, l’intelligence artificielle développée par Orion utilise la caméra du support pour guider l'utilisateur par des bips et des vibrations. "C'est une très grande fierté et, surtout, cela révolutionne vraiment le quotidien de nos utilisateurs", explique Stéphanie Robieux. Forte d'une levée de fonds d'un million d'euros, l'entreprise fondée par deux ingénieurs de Centrale Lyon mise sur la "computer vision" pour offrir une autonomie accrue, tout en assurant une protection des données grâce à un fonctionnement possible hors ligne.

Une technologie gratuite au service de l'inclusion

Avec cette technique, OOrion conserve une mission sociale forte en proposant son application gratuitement aux 30 000 personnes qui l'utilisent déjà quotidiennement. Le modèle économique de la start-up repose sur des partenariats avec des établissements recevant du public, tels que les magasins Intermarché ou les hôtels Accor, qui paient une licence pour améliorer leur accessibilité. "L'utilisateur ne paie rien. Notre modèle économique repose sur des collaborations avec des lieux", précise la cofondatrice. Face à un handicap visuel qui pourrait toucher trois fois plus de Français d'ici 2050, l'innovation lyonnaise s'impose comme une réponse concrète : "La technologie était enfin prête pour pouvoir combler cette problématique d'identification et de localisation précise".

Plus de détails dans la vidéo :

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Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission "6 minutes chrono", le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, on va parler d'une start-up : elle s'appelle OOrion, elle est lyonnaise et elle est spécialisée dans l'assistance des personnes malvoyantes grâce à l'intelligence artificielle. Pour en parler, nous recevons sa cofondatrice, Stéphanie Robieux. Bonjour Stéphanie Robieux.

Bonjour, merci de me recevoir.

Merci, bienvenue sur notre plateau. Alors, je l'ai dit, votre start-up aide les personnes malvoyantes grâce à une IA. Nous vous invitons car vous avez annoncé l'intégration de votre service sur les lunettes de Meta et, en plus, vous avez levé un million d'euros de fonds ces derniers mois. Nous voulions donc vous recevoir pour entrer dans le vif du sujet. D'abord, comment cela fonctionne-t-il et qu'est-ce qu'on voit à travers les lunettes lorsque votre application est intégrée sur les lunettes de Meta ?

Alors, au départ, OOrion est une application mobile qui fonctionne sur smartphone. Elle utilise le flux de la caméra pour aider les déficients visuels à identifier et localiser ce qu'il y a autour d'eux. Lorsqu'un objet recherché — la porte, par exemple — est trouvé, OOrion bipe et vibre, puis donne des indications textuelles pour guider l'utilisateur. Nous existons depuis quatre ans mais, depuis quelques mois, nous avons pu entrer en discussion avec Meta pour faire fonctionner notre solution à bord de leurs lunettes, directement à partir du flux de leur caméra.

C'est une petite prouesse car il y a peu d'applications sélectionnées. Pouvez-vous nous rappeler le contexte ?

Oui, en fait, les Ray-Ban Meta ont été conçues par EssilorLuxottica et Meta. Cette paire intègre une caméra et de l'IA, mais le système est encore fermé et inaccessible pour le grand public et les développeurs. Toutefois, ils ont voulu l'ouvrir à quelques applications pour effectuer un "crash test" et voir ce que cela donnerait s'ils ouvraient leurs lunettes à des applications tierces. Ils en ont choisi quatre, et OOrion fait partie de ces quatre. C'est une très grande fierté et, surtout, cela révolutionne vraiment le quotidien de nos utilisateurs.

J'aimerais vous demander aussi pourquoi avoir choisi Meta et pas d'autres constructeurs de lunettes ? Je vous pose la question car l'actualité a été marquée par des problèmes de confidentialité et de RGPD. Sans forcément entrer dans le détail, certains utilisateurs s'inquiètent de l'usage fait des données collectées par les lunettes. Pourquoi ce choix s'est-il porté sur Meta et Ray-Ban ?

C'est un sujet que l'on prend vraiment très au sérieux. La confidentialité est une demande de nos utilisateurs depuis le début d'OrOion et nous y répondons. Orion peut d'ailleurs fonctionner hors ligne puisque l'IA que l'on utilise au départ, c'est de la "computer vision". Elle peut fonctionner de manière embarquée sur le smartphone ; c'est l'une de nos caractéristiques qui nous différencie de pas mal d'autres acteurs. Nous faisons donc vraiment très attention à cela.

Pourquoi Meta ? C'est aussi une demande de nos utilisateurs. Cela fait deux ans qu'ils nous disent : "Les Ray-Ban Meta vont arriver, faites en sorte de fonctionner dessus parce que ça va révolutionner notre vie." Les déficients visuels portaient déjà beaucoup de Ray-Ban car c'est une paire discrète, qu'ils utilisaient pour des questions de luminosité ou pour être repérés dans la rue comme déficients visuels. Cela paraissait donc être une évidence. C'était aussi les premiers à fournir cet équipement avec une IA intégrée et la possibilité pour une application de s'y connecter. Nous savons que d'autres constructeurs annoncent progressivement leurs propres lunettes connectées. Nous n'avons pas signé d'exclusivité et la porte reste ouverte à d'autres constructeurs. Pour le moment, nous pensons que Meta a une avance réelle et, surtout, leurs produits sont massivement adoptés par les déficients visuels. Le choix paraissait donc logique.

Vous dites "déficients visuels", mais la palette est large entre les malvoyants et les personnes qui ne voient pas du tout. À qui s'adresse précisément votre service ?

Orion s'adresse aux personnes déficientes visuelles de façon large. Cela comprend les personnes non-voyantes et aveugles, mais aussi les personnes malvoyantes modérées et sévères, c'est-à-dire ayant moins d'un dixième aux deux yeux, non corrigeable par des verres. La déficience visuelle regroupe un grand nombre de types de handicaps : vision tubulaire, taches, etc. Il y a tout un spectre, mais notre outil se veut le plus universel possible pour les déficients visuels au sens large.

Très bien. Et combien cela coûte-t-il pour l'utilisateur ?

L'utilisateur ne paie rien. Orion est gratuit pour les déficients visuels. Notre modèle économique repose sur des collaborations avec des lieux. Aujourd'hui, nous avons presque 30 000 utilisateurs quotidiens. En collaborant avec des établissements comme les magasins Intermarché ou les hôtels Accor, nous faisons en sorte que ces environnements soient plus accessibles. Nous incitons nos utilisateurs à se rendre dans ces lieux, ainsi que dans des restaurants. Nous avons donc deux axes : l'usage quotidien pour l'autonomie et l'accessibilité des établissements recevant du public pour qu'ils puissent réellement y être autonomes. Ce sont ces lieux qui paient une licence.

Nous arrivons à la fin de l'émission, mais j'ai encore une question sur l'histoire d'Orion. Quelle en est la genèse ? Comment avez-vous eu l'idée et comment l'avez-vous créée ? Vous avez dit que l'entreprise a été lancée il y a quatre ans ; quelle est, dans les grandes lignes, son histoire ?

Dans les grandes lignes, c'est l'histoire de mon associé et de moi-même. Nous sommes tous deux ingénieurs diplômés de Centrale Lyon. À l'époque, les algorithmes d'intelligence artificielle, notamment de "computer vision", devenaient très performants et fonctionnaient sur smartphone. C'est vraiment le croisement entre la technologie et notre rencontre avec une personne aveugle, Christine, qui nous a parlé de son quotidien. On a réalisé que c'était le moment : la technologie était enfin prête pour résoudre cette problématique d'identification et de localisation précise de l'environnement, de façon accessible et ergonomique. C'est donc plutôt l'angle technique qui nous a orientés vers cette solution, complété par cette rencontre humaine. La déficience visuelle touche deux millions de personnes en France et ce chiffre va tripler d'ici 2050. C'est malheureusement un handicap qui va se répandre, mais heureusement la technologie va peut-être permettre de compenser.

Très bien, ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup d'être venue sur notre plateau.

Merci à vous.

Quant à vous, je vous remercie d'avoir suivi cette émission. Vous l'aurez compris, OOrion est une start-up lyonnaise qui se développe et qui sera intégrée sur les lunettes Meta. Merci d'avoir suivi cette émission. Plus d'actualité lyonnaise sur le site lyoncapitale.fr. Je vous dis à très bientôt. Merci à tous.

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