Avec un téléphérique s’élevant directement depuis le centre de cette petite ville de la Vallée d’Aoste jusqu’à la station de ski Pila, la joie de la glisse, au milieu des plus hauts sommets alpins, se mêle au riche héritage romain et médiéval de cette cité carrefour, où l’offre gastronomique est aussi un voyage en soi…
À 3 heures de Lyon en voiture, par le tunnel du Mont-Blanc, le dépaysement culturel et la beauté vertigineuse des plus hauts sommets alpins qui entourent Aoste méritent bien de traverser la frontière.
Aujourd’hui à l’écart des grandes voies touristiques, sur la route des mythiques cols des Grand et Petit Saint-Bernard, cette ville carrefour depuis l’Antiquité a gagné le surnom de “Rome des Alpes”.
Traversée par la Doire Baltée, qui naît du glacier du mont Blanc, côté italien, la ville est en effet entourée de part et d’autre d’immenses montagnes.
Le centre-ville, plein de charme, regorge d’impressionnants témoignages romains et médiévaux. “Tout était monumental. Loin de la capitale, avec beaucoup de passage, il était important de réaffirmer la grandeur de Rome”, partage notre guide Claudia Revel.

Aoste, “Rome des Alpes”
Comptant aujourd’hui 35 000 âmes, Aoste a été fondée vers 25 av. J.-C. sous le nom d’Augusta Prætoria. Immanquable à l’entrée de la ville, l’arc d’Auguste, point de fondation de la cité, témoigne de la grandeur de l’Empire romain.
“La route venant de Rome passait sous l’arc de triomphe”, pointe Claudia Revel. Mais les autres vestiges romains sont légion : à commencer par les remparts, dont deux kilomètres sont encore conservés, mais aussi le théâtre romain dont subsiste une façade presque intacte, haute de 22 mètres ou le surprenant cryptoportique du forum romain, et son enfilade interminable de voûtes en pierres souterraines…

Un héritage médiéval foisonnant
L’histoire romaine se double d’un foisonnant héritage médiéval, lié au monastère de Saint-Ours.
Aujourd’hui englobé dans la ville d’Aoste, qu’il jouxtait, le bourg de Saint-Ours s’est développé au VIe siècle autour du monastère du même nom. “Jusqu’au XVIIIe siècle, ce sont deux communes différentes”, appuie Claudia Revel.
Saint Ours, prêtre connu pour sa grande charité chrétienne envers les pauvres, pour qui il fabriquait des sabots en bois, a donné son nom aux rue et place Saint-Ours mais aussi à la collégiale des Saints-Pierre-et-Ours, érigée à l’ombre d’un puissant clocher, à l’origine tour de défense de la ville.
L’église abrite notamment des fresques du XIe siècle, des stalles en bois sculptées d’une grande finesse ainsi qu’une énigmatique mosaïque du XIIe.

Un mystérieux carré magique !
Devant le chœur de la collégiale, protégé par une vitre, une mosaïque médiévale ne manquera pas d’interpeller les fanatiques d’ésotérisme. La scène centrale représentant Samson tuant le lion est entourée du palindrome SATOR, dit aussi carré magique :
S A T O R - A R E P O - T E N E T - O P E R A - R O T A S
Ce palindrome, qui se lit aussi bien de la gauche que de la droite, a aussi la particularité de pouvoir être lu de haut en bas et inversement…
Si son origine romaine chrétienne reste débattue (on a retrouvé à Pompéi un exemple datant du Ier siècle après J.-C.), il a donné lieu à de nombreuses interprétations comme symbole de protection, de perfection ou de foi mais conserve une part de mystère.

1026e édition de la Saint-Ours
Personnage important de la Vallée d’Aoste, et patron de la ville, saint Ours est toujours célébré par une grande fête – la Foire de Saint-Ours – les 30 et 31 janvier de chaque année.
Depuis plus de mille ans, pendant deux jours, le centre-ville se remplit d’étals d’artisans et exposants dans une ambiance qui mêle folklore et tradition. “Des documents du XIIIe siècle attestent que la Saint-Ours existe depuis longtemps”, précise Claudia Revel. De moindre envergure, une édition estivale, la Foire d’Été, se déroule au mois d’août.

Un patrimoine valdôtain surprenant de richesses
Autre bijou sur la place Saint-Ours, le prieuré que se fit construire Georges de Challant, prieur de la collégiale au XVe siècle, issu d’une influente famille de la Vallée d’Aoste.
La façade Renaissance avec ses fenêtres ornées de carreaux en terre cuite est d’un raffinement surprenant, symbolisant son pouvoir temporel et spirituel.
On doit également à Georges de Challant une petite chapelle privée ornée de fresques aux motifs chevaleresques et religieux (saint Georges terrassant le dragon) qui ont gardé leurs couleurs éclatantes.
Le commanditaire n’a pas manqué de se faire figurer en bonne place, dans une représentation d’une Vierge à l’Enfant et l’on peut sourire en l’imaginant se recueillir… devant lui-même.
Enfin, le cloître roman du XIIe siècle, jouxtant la collégiale, exhibe une succession de colonnes historiées remarquablement conservées : on y retrouve des épisodes de la vie de saint Ours ainsi que de nombreuses scènes bibliques côtoyant personnages et animaux fantastiques.

Direction Pila et ses sommets enneigés
Après ce bain de culture, direction les sommets enneigés de Pila, station de ski accessible depuis Aoste, en une vingtaine de minutes par le téléphérique.
Depuis le centre-ville, on s’élève dans les airs jusqu’à 1 800 mètres d’altitude. Rapidement la ville s’estompe en arrière-plan et laisse place à des pentes hérissées de sapins et mélèzes. La montée offre une vue imprenable sur le mont Blanc et le Grand Combin, sommet suisse culminant à plus de 4 000 mètres.
Une station adaptée aux familles
La station de Pila, dont le plus haut point Platta de Grevon s’élève à 2 752 mètres, bénéficie de bonnes conditions d’enneigement, grâce à son exposition nord et son aménagement en forme de conque, qui la protège du vent. La station reste d’ailleurs ouverte cette année jusqu’au 3 mai !
Bâtie autour d’anciens alpages, elle est connue pour être une destination familiale (par rapport à sa voisine Courmayeur, plus branchée) et offre un visage paisible. On en fait rapidement le tour à pied et l’accès au téléphérique n’est jamais bien loin des hôtels ou résidences de tourisme.
Avec environ 70 kilomètres de pistes, la station offre un mélange de voies de toutes les couleurs, des vertes, des bleues mais aussi de belles et larges rouges ainsi que quelques noires pour les experts.

Un tout nouveau téléphérique assorti d’un bar-restaurant panoramique
Cette année, Pila s’enorgueillit de deux nouveautés : une récente télécabine, ultrarapide, qui permet de relier la station au sommet en moins de quinze minutes. Cette nouvelle remontée remplace le télésiège biplace historique datant de la fin des années 1980. Ainsi, d’Aoste au sommet, il ne faut désormais guère plus de 30 minutes au total !
Autre nouveauté : la gare d’arrivée, Stella di Pila, dotée d’un bar-restaurant à la vue panoramique qui présente un design en forme d’étoile.
Chaque pointe de l’étoile est orientée vers un des sommets géants qui se dévoilent à l’arrivée : le mont Blanc, vu côté italien, le Cervin et sa forme pyramidale caractéristique, monte Rosa, Grivola et Gran Paradiso. “Nous avons beaucoup insisté pour avoir au sommet un bar-restaurant et pas une simple gare d’arrivée”, explique Davide Vuillermoz, ancien directeur de l’école de ski et président des remontées mécaniques de la station. Au vu du nombre de personnes se photographiant avec les géants alpins en arrière-plan et s’émerveillant depuis la terrasse panoramique, le pari est tenu !

Cogne : clin d’œil du sommet
Au sommet de la Platta de Grevon, on distingue, blotti en fond de vallée, le village de Cogne, au cœur du parc national du Grand Paradis. Réputé pour ses cascades de glace en hiver, c’est aussi un spot connu pour le ski de fond.

Voyage gustatif en Vallée d’Aoste
Une escapade en Vallée d’Aoste laisse aussi place à un voyage de tous les sens, conviant à la découverte de nouvelles saveurs. Ce petit bout de territoire alpin a conservé des plats traditionnels typiques telle la soupe à la Vapelenentse, à base de pain noir, chou, bouillon, cannelle, agrémentée de l’incontournable fontina. Ce fromage gourmand, à la pâte souple qui se prête bien à la fondue, est produit dans toute la Vallée d’Aoste. Mélangé en grande quantité à la polenta, il constitue un plat roboratif après une bonne journée de ski !
Mais on trouvera également au menu de nombreux plats de gibier, le lard d’Arnad, aromatisé aux fines herbes, ou encore le jambon de Bosses. Car le jambon emblématique de la Vallée d’Aoste est bien le jambon de Bosses et non pas le jambon d’Aoste, qui lui est produit en France, dans le village du même nom en Isère !
Ne manquez pas au dessert la crème de Cogne, à base d’œuf, de crème fraîche et de chocolat, qui elle aussi se mérite après une journée en plein air.

Viticulture héroïque
En arrivant de France, immanquables dans le paysage, des vignes se déroulent partout, plantées parfois sur des pentes vertigineuses.
Le vignoble de la Vallée d’Aoste est l’un des plus montagneux et des plus élevés d’Europe ! La mécanisation y étant très limitée voire impossible, on parle d’ailleurs de viticulture héroïque.
Des châteaux, visibles de la route, comme ceux de Sarre et d’Aymavilles sont entourés de terrasses et coteaux viticoles et donnent une touche bucolique au paysage.
La Vallée d’Aoste produit de nombreux vins aux cépages autochtones. On trouvera notamment côté rouge le fumin (donnant des vins puissants), le cornalin ou encore le petit rouge, cépage fruité et léger, adapté aux montagnes et au climat frais. Côté blanc, la petite arvine se retrouve souvent au menu ou encore le prié blanc, cépage ancien, acidulé et frais. Ne manquez pas l’occasion de découvrir sur place les vins valdôtains : produits en quantités très limitées, ils sont souvent difficiles à trouver hors de la région.
Le saviez-vous ?
La Vallée d’Aoste, avec pour chef-lieu Aoste, est la plus petite région d’Italie. Elle est autonome et l’italien et le français sont les deux langues officielles.

Pratique
Où loger ?
• La Chance, hôtel 3* avec spa et vue sur les pistes, à Pila – hotellachancepila.it
• Le Lion Noir, hôtel 3* avec accès direct aux pistes, à Pila – lionnoirhotel.it
• Maison Bondaz, chambre d’hôtes élégante et cosy, au cœur de la ville, à Aoste – maisonbondaz.it
Où se restaurer ?
• Stella di Pila, bar et bistrot panoramique à 2 723 mètres, déjeuner sous forme de buffet, avec à la carte des spécialités valdôtaines – pila.it
• Société anonyme de consommation, ancien refuge relooké en restaurant d’altitude, à 2 230 mètres au cœur des pistes, avec une cuisine gastronomique. Le soir, le restaurant est accessible en dameuse (poétiquement appelée en italien, gatto delli nevi, le chat des neiges), à Pila – ristorantesociete.it
• Le Bataclan, belle carte de pizzas avec de nombreuses spécialités de la région – bataclan.it
Événements
• Art & Ciocc, 17e édition de la fête du chocolat, stands de chocolats, sculptures, dégustations d’accords spéciaux, du 6 au 8 mars, à Aoste
• I light Pila, la plus grande procession aux flambeaux sur la neige de la Vallée d’Aoste à but caritatif, samedi 14 mars, à Pila
• Batailles des “reines”, vaches de race alpine. Tournoi régional chaque dimanche de la fin du mois de mars jusqu’en octobre dans différents villages de la Vallée d’Aoste

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