Signe de paix sur le drapeau iranien © Julien Barletta

Guerre en Iran : entre aspirations démocratiques et critiques d'une "guerre coloniale", les Iraniens de Lyon divisés

Après la mort d’Ali Khamenei, la communauté iranienne de Lyon oscille entre espoir de voir tomber le régime et crainte d’une "guerre coloniale".

Le 28 février dernier, des frappes américano-israéliennes tuaient le Guide suprême de la République islamique d'Iran, Ali Khamenei et quarante-huit gradés du régime. Depuis, Israël et les Etats-Unis mènent en Iran un conflit aérien d’une intensité inédite depuis des décennies."On est dans un tournant historique majeur" analyse Fabrice Balanche,  spécialiste de géopolitique au Moyen-Orient à l'université Lyon 2 dans l'émission télé 6 minutes chrono de Lyon Capitale.

Selon les autorités iraniennes, une école aurait été bombardée à Minab, dans le sud du pays, lors de frappes américano-israéliennes, causant la mort d'au moins 150 écolières. Les vidéos obtenues et analysées par différents médias attesteraient la présence d’enfants et de victimes civiles. Toutefois, trois jours après les déclarations du régime, de nombreuses zones d’ombre demeurent, notamment concernant le nombre de victimes et l’origine des frappes, la zone restant inaccessible.

En Iran, comme à Lyon, la communauté iranienne est divisée. Une partie des Iraniens se réjouit de la mort d'Ali Khamenei et souhaite la fin du régime autoritaire théocratique, d'autres dénoncent une "guerre injustifiée".

"J'étais joyeuse (...) désormais je suis très inquiète"

Dans la nuit du 28 février au 1er mars, une centaine d'Iraniens se réunissaient dans les rues de Lyon pour fêter la mort d'Ali Khamenei : "Cela faisait plus de quarante ans que nous avions remarqué que ce n'était pas le bon régime, que le droit humain n'était plus respecté", explique Lili, militante du collectif Solidarité Iran qui avait alors suivi le mouvement.

Pourtant, quelques jours plus tard et alors que la guerre s'intensifie entre l'Iran, les Etats-Unis et Israël, la peur a vite remplacé la joie dans le coeur de l'iranienne : "J'étais joyeuse sur le moment mais je ne pensais pas que ça allait continuer comme ça, désormais je suis très inquiète". Elle poursuit : "Nous ne voulons pas d'ingérence étrangère, pas de tyrannie, nous voulons une démocratie et il faut d'abord que cela passe par le régime", explique la militante. "Ali Khamenei n'était pas quelqu'un que j'aimais mais ça ne devait pas se faire comme ça il faut respecter le peuple et son autodétermination (...) Je suis très inquiet pour ma famille qui est en Iran", partage quant à lui Amir-Benham, journaliste indépendant iranien installé à Lyon.

"Je qualifie cette agression de guerre coloniale"

Pourtant, parmi les Iraniens issus de la diaspora iranienne de Lyon, tout le monde ne partage pas leur avis : "En pensant cela, nous sommes beaucoup critiqués, nombreux sont ceux qui veulent que le régime tombe coûte que coûte, même si cela passe par la mort de civils", explique la franco-iranienne implantée à Lyon. Saeed, enseignant chercheur en sciences politiques, dresse le même bilan : "La majorité des Iraniens sont monarchistes, ils demandent à Donald Trump de bombarder l'Iran (...) Ils pensent qu'ils savent ce qu'ils font et qu'ils les épargneront", tout en rappelant le nombre de civils morts depuis le début des frappes armées.

"Nous avons fait tellement d'actions qui n'ont menées à rien, nous avons demandé à l'ONU de ne pas prendre ce régime au sérieux, c'est normal que le peuple ait le sentiment d'être abandonné", explique Sara, militante du collectif Solidarité Iran Lyon. Néanmoins, la franco-iranienne condamne elle aussi les frappes menées par les USA et Israël : "Ils ne pensent pas aux conséquences, toutes les vies comptent", martèle la militante.


"Nous traversons un désordre mondial et l'Iran le montre bien"


Pour Saeed, les Etats-Unis emploieraient la même façon de procéder que lors des guerres en Syrie, en Irak ou en Afghanistan : "Je qualifie cette agression de guerre coloniale. Les monarchistes pensent que c'est une guerre de délivrance mais les Etats-Unis font cela pour leur propre intérêt, toutes ces actions visent à provoquer un soulèvement populaire contre le régime", défend Saheed. Il poursuit : "Dans les autres pays, aller tuer le chef d'un régime est illégal, il faut mettre en place la même loi pour tout le monde." "Nous traversons un désordre mondial et l'Iran le montre bien", ajoute Amir-Benham.

"Le régime doit être renversé par le peuple"

Alors que certains iraniens soutiennent que le peuple n'aurait pas réussi à renverser le régime sans aide extérieur, Timothé, militant engagé contre le régime iranien, voit les choses autrement : "J'aurais préféré que le régime tombe avec le peuple, c'était possible, nous avions déjà réussi à obtenir des acquis sociaux comme la fin de l'obligation de porter le voile chez les femmes", rappelle-t-il. Saeed partage son avis : "Le sort du régime actuel ne devait pas être entre les mains d'autres pays, il devait être renversé par le peuple", estime-t-il.

Alors que les bombes continuent de tomber en Iran, les Franco-Iraniens interrogés espèrent, unanimement, un rapide cessez-le-feu et un avenir tourné vers la démocratie : "Notre sort à toujours été décidé par les autres, maintenant nous aimerions que la démocratie gagne" affirme Lili. A la tête du pays, elle imagine par exemple le prix Nobel de la paix 2023, Narges Mohammadi, condamné à la prison pour son activisme en faveur des droits humains.

Timothé, lui, est plus pessimiste : "Malheureusement, la guerre repousse tous les acquis sociaux, désormais la priorité est donnée à l'ordre et à la sécurité, plus à la démocratie et à la liberté."

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