Palais de justice de Lyon @Hugo LAUBEPIN
Palais de justice de Lyon @Hugo LAUBEPIN

Murage d'un local d'extrême droite à Lyon : la défense plaide le "geste citoyen"

Ce jeudi, cinq militants d'ultra gauche suspectés d'avoir emmuré un local d'un groupuscule d'extrême droite en 2018 comparaissaient devant un tribunal correctionnel à Lyon. La défense a plaidé "un geste citoyen", qui doit "être protégé".

Hasard du calendrier, le conseil d'Etat examine ce vendredi la dissolution du Groupe antifasciste Lyon et environ. La veille au tribunal judiciaire de Lyon, cinq militants de ce que le ministère de l'Intérieur considère comme un "groupement de fait" - terme qu'il emploie lorsqu'il est désarçonné par l'horizontalité du pouvoir au sein d'un mouvement - comparaissaient devant un tribunal correctionnel pour avoir emmuré le Pavillon noir, bar associatif du Bastion social (ex-Gud), groupuscule d'extrême droite dissous en avril 2019.

"Le mobile politique ne peut les exonérer de leurs responsabilités"

Le 10 avril 2018, autour de 4 h du matin, les cinq prévenus, âgés de 32 à 39 ans, auraient ainsi déposé de la colle dans la serrure de la porte d'entrée de ce lieu de rassemblement de l'extrême droite lyonnaise situé quai Pierre Scize, avant d'y bâtir un mur à l'aide de 22 parpaings. A la barre, les trois militants présents à l'audience, dont les casiers présentent quelques mentions notamment pour outrage, nient les faits. C'est donc leurs deux conseils, Me Olivier Forray (avocat historique de la Gale) et Me Agnès Bouquin qui ont profité de cette audience pour une tribune politique et juridique.

Bastion Social
Le Pavillon noir, bar du Bastion social, groupe d'extrême droite dissous en 2019. © GALE

"Une infraction politique, un geste citoyen"

Dans le véhicule de l'un des suspects, identifié par ailleurs aux abords du Bastion social la soir de l'action, un ticket de caisse de l'enseigne Brico dépôt correspondant à l'achat de 22 parpaings et des truelles maculées de ciment sont retrouvés. Les relevés des téléphones des prévenus semblent quant à eux correspondre puisque tous bornent avant 4 h au domicile de l'un des suspects, avant de borner quelques minutes plus tard dans le 5e arrondissement. Des vidéos de l'action, des plans pour l'emmurement et des photos du bar associatif sont également retrouvés dans le disque dur de l'un des prévenus. "De grosses coïncidences", juge-t-il.

Matériellement, rien ne caractérise formellement la présence des cinq prévenus sur les lieux le soir des faits, mais de nombreux indices convergent vers eux. La procureure Charlotte Millon a ainsi requis 800 € d'amende (avec et sans sursis suivant les prévenus). "Le mobile politique ne peut les exonérer de leurs responsabilités", juge la magistrate qui précise néanmoins que la dissolution un an plus tard du Bastion social, invite à la modération dans la sanction. Charlotte Millon a par ailleurs invité les militants à "contester, se rassembler, manifester ou publier plutôt que casser". En préambule de son réquisitoire, pour désamorcer l'idée d'un procès politique, la procureure avait assuré : "Je ne suis pas fasciste, je ne suis pas antifasciste. Je ne me lève pas contre un mouvement, encore moins contre des idées."

"Des policiers prennent des livres puis les détruisent, sans les placer sous scellés, le tout sous le contrôle du procureur de la République"

Me Olivier Forray, conseil de la Gale

"J'ai été stupéfait, stupéfait d'entendre cette voix dire 'je ne suis pas antifasciste'", s'est indigné Me Forray. Et d'ajouter : "Je ne sais pas qui a posé ces moellons, ils ont en tout cas eu raison de le faire." S'ils peuvent prêtent à rire, les faits révèlent néanmoins le climat de tension qui agite la capitale des Gaules depuis plusieurs années, bastion de l'extrême droite, et de l'extrême gauche. "Ces militants là (la Gale) n'existent que parce que certains veulent fonder une société basée sur le rejet de l'autre", a ainsi rappelé le conseil.

Entre ratonnades, rassemblements xénophobes devant le palais de justice et expéditions punitives lors de manifestations, l'extrême droite s'est implantée à Lyon, "avec une certaine complaisance de la part des autorités", juge encore Me Forray. Le conseil qui s'est par ailleurs indigné de la débauche de moyens déployés dans cette affaire d'emmurage, avec l'appui des renseignements territoriaux et de la police scientifique, alors que le jour même, le journal Le Monde publiait un rapport d'inspection des ministères de l’Intérieur et de la Justice révélant que 2,7 millions de dossiers antérieurs à 2022 étaient toujours en attente de traitement sur la même année.

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Des livres "de gauchistes" détruits par les policiers

Perquisitionnés dans le cadre de l'enquête, les prévenus disent avoir vu livres, autocollants, tee-shirts, drapeaux, être détruits par les policiers. La présidente confirme, les ouvrages n'ont jamais été remis aux militants. "Pourquoi les policiers ont-ils pris vos livres ?", demande Me Forray à l'une des prévenues. "Ils ont dit que c'était des bouquins de gauchistes", répond-elle. "La parole se libère chez les fonctionnaires de police pendant les perquisitions", remarque le conseil. Et d'ajouter, indigné : "Des policiers prennent des livres puis les détruisent, sans les placer sous scellés, le tout sous le contrôle du procureur de la République."

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Seuls à plaider, le banc des parties civiles étant vide, les avocats de la défense ont tancé l'action publique à l'encontre des groupuscules d'extrême droite qui prospèrent à Lyon. "Lorsqu'il s'agit d'enquêter sur le saccage d'une librairie anarchiste (La Plume noire dans les pentes de la Croix-Rousse, Ndlr), on s'en moque, gronde Me Forray. Nous n'avons de cesse de dénoncer le souci qu'ont les services de police d'épauler des mouvements nauséeux et nous n'arrêterons pas." La défense a ainsi plaidé "une infraction politique, un geste citoyen", qui doit "être protégé". "Il faut lutter contre ces groupes identitaires qui s'arrogent le privilège d'aller casser la gueule à un mec parce qu'il est arabe et lorsque l'autorité ne le fait pas, il faut le faire", a insisté Me Olivier Forray. Le délibéré est attendu le 5 décembre.

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