Avec Paysage du loup, le photographe Étienne Maury documente, entre réalité et esthétisme, le retour du loup et ce que ses traces révèlent de notre rapport au vivant.
La galerie Item invite Étienne Maury qui étend son métier autour du journalisme, de l’art et des sciences, inscrit dans une réflexion sur les conséquences des évolutions climatiques et les relations de l’homme à son habitat et aux autres vivants. Il a notamment exploré les modèles de développement de plusieurs parcs nationaux et propose ici un travail documentaire et de recherche esthétique sur le retour du loup (en 1992) dans les Alpes, questionnant comment dans les empreintes du prédateur se lisent les troubles de notre société où le rapport au vivant fait débat.

“À l’origine de ce projet, nous dit-il, se trouve un sujet clivant, particulièrement dans les territoires où je travaille, sur lequel deux camps (les pros et les antis) s’affrontent sans parvenir à ce que la situation évolue radicalement. Je souhaitais m’intéresser à cette thématique en cherchant une troisième voie, qui prenne en compte tous les points de vue et en les restituant de manière non partisane. En m’intéressant aux milieux que le loup emprunte et dans lesquels il s’installe – où l’une de ses principales manifestations pour moi sont ses “empreintes” – plutôt qu’à lui directement, à son impact sur le pastoralisme ou à ce qu’il représente en termes de richesse écologique, j’ai tenté de traverser ces différentes problématiques. C’est ainsi que le loup y agit comme un ‘révélateur’ des grands débats sur la place du vivant qui animent notre société aujourd’hui. En franchissant les crêtes frontalières de l’Italie, le loup a mis la patte dans un ordre établi depuis près d’un siècle. Il s’est immiscé dans des territoires au sein desquels nous lui avions appris à se tenir tranquille. À notre usage du monde, cet animal qui ne respecte ni frontière ni propriété oppose l’incertitude et la furtivité. Il empiète sur nos habitudes et cherche à partager nos victuailles.”
Le loup, les hommes et la nature : entre réalité et esthétique
La scénographie et les photos illustrent cette volonté de ne pas prendre parti, nous invitant à nous poser des questions sociétales et philosophiques : quel rapport l’homme instaure-t-il avec la nature ? Pourquoi ce besoin de la dominer alors qu’il n’est qu’un des éléments du vivant ? Comment vivre ensemble sur un territoire où se côtoient les brebis, les bergers, le loup et les nécessités d’une activité économique ? Le loup est-il vraiment l’incarnation du mal ? Les évolutions climatiques n’engendrent-elles pas la modification des paysages avec des déplacements volontaires ou involontaires d’êtres humains et animaux ? Qu’en est-il de la notion de frontière et de l’acceptation de la différence ?

On entre dans l’exposition avec une immense photo des crêtes des Alpes en noir et blanc où s’incruste une autre en couleur avec des brebis en transhumance, il s’agit pour nous de suive un chemin et d’entrer dans le narratif.
Puis il y a celle avec des traces de pieds aux côtés de celles des pattes du loup comme s’ils avaient marché ensemble jusqu’à ce loup qui nous regarde d’un air doux dans une nature à l’état sauvage ou encore cette bergerie avec le berger, son troupeau, le tout dans une osmose sous un ciel serein. Il y a ces pattes d’une brebis gisant, entourées de gouttes d’un sang très rouges qui souillent le blanc pur de la neige, tuée par le loup qui laisse plus loin des carcasses captées en gros plan par des smartphones.
Avec d’autres belles images de simples paysages, Étienne Maury nous embarque dans des univers minéraux, rocheux, jouant sur les lumières et la matière, comme pour nous faire ressentir de près ces Alpes, lieux de vie et de respiration.
L’exposition est émouvante car chaque photo a sa propre histoire tout en nous donnant la sensation d’être devant des éclats, des éparpillements d’éléments de vie et de mort à reconsidérer tandis que surgit la nécessité de créer une histoire commune.
Paysage du loup - Étienne Maury – Jusqu’au 25 avril à la galerie Item, Lyon 1er
