Dr Jean-Michel Dorey, psychiatre
Pour le Dr Jean-Michel Dorey, psychiatre au sein du Vinatier et chef du pôle Psychiatrie de la personne âgée aux Hospices civils de Lyon

"La prise en charge en psychiatrie ne doit pas se focaliser uniquement autour des traitements médicamenteux"

Jean-Michel Dorey, psychiatre au Vinatier, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

À l'occasion de ses 150 ans, le Vinatier, deuxième hôpital psychiatrique de France, inaugure le 7 juillet prochain, la première tranche de ses jardins thérapeutiques, dédiés au pôle de psychiatrie de la personne âgée.

Pour le Dr Jean-Michel Dorey, psychiatre au sein de l'établissement et chef du pôle Psychiatrie de la personne âgée aux Hospices civils de Lyon, cette initiative s'inscrit dans une vision plus large du soin : "la prise en charge en psychiatrie ne doit pas se focaliser uniquement sur les traitements médicamenteux, mais s'inscrire dans une approche globale. Dans cette approche, la nature et les jardins sont absolument primordiaux."

Concrètement, trois terrasses ont été réaménagées par des paysagistes et deux jardins optimisés avec des plantations adaptées aux résidents âgés. L'accent est mis sur l'hortithérapie, une thérapie par les plantes et le jardinage. Les bacs seront surélevés pour permettre un accès autonome, et des plantes aromatiques viendront solliciter les sens. "L'idée est d'offrir un environnement visuellement agréable, tout en profitant des odeurs, qui peuvent avoir un impact positif sur la qualité de vie", précise le médecin.

Ces espaces ne sont pas réservés aux seuls patients. Les familles en visite pourront également en profiter, dans un cadre plus apaisé que celui d'une chambre d'hôpital traditionnelle. Au-delà de ces jardins, le Dr Dorey rappelle que l'ouverture sur l'extérieur est au cœur du projet du Vinatier : "quatre-vingt-dix pour cent des patients connus de l'établissement sont suivis uniquement en ambulatoire. L'objectif est d'apporter des soins psychiatriques au plus près des personnes concernées."

Pour marquer le cap des 150 ans, l'hôpital prévoit également la plantation de nouveaux ceps de vigne, un clin d'œil à l'histoire du lieu, qui accueillait jadis un vignoble. Le projet sera soutenu par le négociant Chapoutier, via un appel aux dons ouvert aux mécènes.

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La retranscription intégrale de l'entretien avec Jean-Michel Dorey

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui monsieur Jean-Michel Doré. Bonjour.

Bonjour Guillaume.

Jean-Michel Dorey, vous êtes psychiatre au Vinatier. Le Vinatier est le deuxième hôpital psychiatrique de France après Sainte-Anne à Paris et fête ses 150 ans cette année. Nous en parlerons peut-être un peu. En tout cas, le 7 juillet sera inaugurée la première tranche des jardins thérapeutiques du pôle psychiatrique du Vinatier. Des jardins thérapeutiques : on peut s’interroger sur leur intérêt pour les patients. Expliquez-nous justement quel est l’intérêt de ces jardins pour eux.

Oui Guillaume, cette année, le 7 juillet, nous allons inaugurer les jardins thérapeutiques dans le pôle de psychiatrie de la personne âgée. Pour nous, c’est un projet important, car la prise en charge en psychiatrie ne doit pas se focaliser uniquement sur les traitements médicamenteux, mais s’inscrire dans une approche globale. Dans cette approche, la nature et les jardins sont absolument primordiaux. De nombreuses études montrent que tenir compte de l’environnement permet d’améliorer le bien-être des patients.

Oui, cela leur permet quoi ? De mieux se canaliser ?

Cela permet effectivement de mieux se canaliser, mais aussi de changer le rapport à l’hôpital. Souvent, les patients hospitalisés en psychiatrie restent longtemps, et ces hospitalisations prolongées peuvent être compliquées à vivre. L’idée est donc d’améliorer leur environnement afin d’améliorer leur expérience de l’hospitalisation, mais pas uniquement celle des patients : celle de leur famille aussi, lorsqu’elle vient leur rendre visite.

Concrètement, en quoi consistent ces jardins thérapeutiques du Vinatier qui seront inaugurés le 7 juillet ?

Nous avons la chance, au sein de l’établissement, de disposer d’un magnifique parc arboré. Les unités peuvent avoir soit des terrasses, soit des jardins. Nous avons décidé de les mettre en valeur grâce à des aménagements réalisés par des paysagistes. Dans le cadre du pôle de psychiatrie de la personne âgée, nous avons aménagé trois terrasses et deux jardins vont également être optimisés, notamment avec l’installation de plantes. Comme nous accompagnons des personnes âgées, il est important que la disposition des jardins soit adaptée à leurs problématiques. Nous souhaitons mettre en place de l'hortithérapie, c’est-à-dire une thérapie par les plantes. Toutes les plantations seront surélevées afin que les personnes puissent y accéder facilement et notamment jardiner.

L'hortithérapie, c’est jardiner, en fait ?

C’est le fait de jardiner et d’avoir des activités autour des plantes et de la nature, mais pas uniquement. L’idée est également d’offrir un environnement visuellement agréable, tout en profitant des odeurs, notamment des plantes aromatiques, qui peuvent aussi avoir un impact positif sur la qualité de vie.

J’imagine que toutes les personnes qui auront accès à ces jardins thérapeutiques bénéficieront d’un accompagnement professionnel ?

Deux approches sont possibles. Bien sûr, des professionnels faciliteront l’accès et l’accompagnement des personnes dans le jardin. Mais pas uniquement : lorsque les patients recevront la visite de leur famille, ils pourront également s’y rendre avec elle afin de profiter d’un environnement plus agréable.

Le 7 juillet prochain, le Vinatier s’inscrit dans un cadre plus global. Nous l’avons évoqué tout à l’heure : les 150 ans du Vinatier. Des événements sont-ils prévus à cette occasion ? Le Vinatier est un hôpital qui s’est ouvert sur l’extérieur : il est possible d’accéder à l’ensemble du domaine. Y aura-t-il des événements destinés au public lyonnais, mais aussi au-delà ?

Oui, plusieurs événements sont prévus. Comme vous le dites, le Vinatier est un immense espace vert de 73 hectares. À l’occasion de ces 150 ans, un certain nombre d’événements seront organisés, notamment la plantation de nouveaux ceps de vigne du Vinatier, non pas pour produire du vin, mais du jus de raisin.

C’est Chapoutier ?

Cette initiative sera en partie soutenue par Chapoutier. Un appel aux dons sera lancé afin de financer les ceps, et tous les mécènes pourront éventuellement y participer. Cette proposition de plantation fait écho au nom du Vinatier : il y avait encore des vignes sur l’établissement il y a quelques années.

Il y a donc un retour aux sources. J’aimerais vous poser une question, docteur Dorey. Ces dernières années, la psychiatrie s’est ouverte : on n’isole plus les gens, il n’y a plus uniquement le soin médicamenteux. Aujourd’hui, il y a aussi cette volonté de réinsérer les patients dans la ville, ce qui est très important. Mais il arrive aussi de croiser dans la rue des personnes atteintes de pathologies psychiatriques qui peuvent parfois susciter de l’inquiétude. Est-ce une évolution qui se développe de plus en plus ?

Oui. La psychiatrie cherche à se développer hors les murs. Il faut avoir à l’esprit que la majorité des personnes suivies au Vinatier ne sont pas hospitalisées. Quatre-vingt-dix pour cent des patients connus de l’établissement sont suivis uniquement en ambulatoire. L’objectif est de pouvoir apporter des soins psychiatriques au plus près des personnes concernées. C’est pour cette raison que l’établissement, comme tous les établissements psychiatriques en France, dispose de centres médico-psychologiques de proximité afin de proposer un accès facilité aux soins pour les personnes qui en ont besoin.

L’idée étant toujours d’accompagner le patient au mieux. En tout cas, merci beaucoup d’être venu sur le plateau de 6 minutes chrono. Pour plus d’informations : www.lyoncapitale.fr. À très bientôt, au revoir.

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