Juliette Murtin, porte-parole du collectif Jamais Sans Toit, est l’invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Juliette Murtin : "Nous constatons une aggravation continue du sans-abrisme infantile"

Juliette Murtin, porte-parole du collectif Jamais Sans Toit, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Selon le collectif Jamais Sans Toit, 386 enfants sont actuellement sans solution d'hébergement dans la métropole de Lyon, dont 26 bébés. Un chiffre en hausse de 32 % en quatre ans, qui inquiète fortement sa porte-parole, Juliette Murtin. "Nous constatons des chiffres en aggravation continue du sans-abrisme infantile sur notre territoire", alerte-t-elle. En pleine canicule, ces enfants sont particulièrement exposés. "Les enfants sont particulièrement vulnérables en cas de chaleur puisqu'ils se déshydratent beaucoup plus rapidement que les adultes", souligne la représentante du collectif, qui rappelle que les recommandations pour se protéger des fortes chaleurs sont impossibles à appliquer lorsque l'on dort sous une tente ou dans des bâtiments précaires.

Des inquiétudes sur l'évolution de la politique métropolitaine

Alors que plusieurs dizaines de familles sont hébergées de manière informelle dans des écoles ou des bâtiments mis à disposition, le collectif s'inquiète également de la nouvelle orientation prise par la Métropole de Lyon. Juliette Murtin évoque notamment des expulsions à venir sur plusieurs sites occupés par des familles avec enfants et dénonce "une logique de détricotage progressif de ce qui avait été fait sous les mandats précédents". Elle lance également un appel aux élus métropolitains : "Acceptez de recevoir une délégation du collectif. N'ayez pas peur de nous, il faut que nous parlions."

Plus de détails dans la vidéo :

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Bonjour à tous et bienvenue dans l'émission « 6 Minutes Chrono », le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, nous allons parler du sans-abrisme des enfants à Lyon et dans la métropole de Lyon. Pour en parler, nous recevons Juliette Murtin, porte-parole du collectif Jamais Sans Toit. Bonjour Juliette Murtin.

Bonjour.

Merci d'être venue sur notre plateau. Avant de rentrer dans le vif du sujet, j'aimerais simplement réexpliquer ce qu'est Jamais Sans Toit. C'est un collectif de parents, de professeurs aussi, qui, si j'ai bien compris, laisse les écoles ouvertes le soir pour permettre d'héberger les familles qui sont à la rue. Vous nous indiquez qu'aujourd'hui, il y aurait environ 380 enfants dans les rues lyonnaises, en pleine canicule. C'est bien le chiffre que vous relevez en ce moment ?

Nous recensons effectivement 386 enfants sans solution d'hébergement sur la métropole. Parmi eux, il y a 26 bébés et c'est une augmentation de 32 % par rapport à il y a quatre ans, à la même période. Nous constatons donc des chiffres en aggravation continue du sans-abrisme infantile sur notre territoire, et cette situation est assumée.

Cette hausse est continue depuis plusieurs années ? Ce n'est pas seulement une augmentation récente, c'est une progression plus ancienne ?

C'est une montée qui date, en gros, de la fin de la période sanitaire, où les familles avaient toutes été mises à l'abri pendant le Covid, puis progressivement remises dehors.

Aujourd'hui, quels sont les risques pour ces enfants ? On l'a dit en introduction, il y a la canicule. On sort d'une séquence où il a fait plus de 41 degrés à Lyon. À quels risques ces enfants et ces familles sont-ils exposés ? Et leurs parents également ?

Il est évident que les personnes sans-abri vont être les premières victimes lors des épisodes climatiques un peu extrêmes comme celui que nous traversons. Nous l'avons tous constaté ces dernières semaines : quand la nuit reste chaude, les corps ne se refroidissent pas et ne se reposent pas. On donne beaucoup de consignes aux personnes pour maintenir leur logement au frais et tenir face à la canicule, mais c'est absolument inapplicable quand on n'a pas de logement, quand on dort dans une tente posée sur le bitume brûlant ou quand on dort dans des bâtiments qui ne sont pas isolés, ou encore dans une salle de classe transformée en dortoir de fortune.

Les enfants sont particulièrement vulnérables en cas de chaleur puisqu'ils se déshydratent beaucoup plus rapidement que les adultes. Ils régulent moins bien leur température et transpirent de façon moins efficace que les adultes.

Y a-t-il eu des situations d'urgence que vous avez relevées dans les rues lyonnaises auprès de ces enfants ?

Pas cette semaine, parce que le collectif est très mobilisé justement pour parer à l'urgence. Mais un peu partout en France, il y a effectivement eu des situations d'urgence.

J'aimerais aussi que l'on parle de ce qui va se passer cet été pour les familles hébergées par les bénévoles de Jamais Sans Toit, puisque les écoles vont définitivement fermer pendant les vacances scolaires. Qu'est-ce qui va être mis en place ? Qu'est-ce qui va se passer pour ces familles qui, jusqu'à présent, étaient hébergées de manière informelle, faute d'autre solution, dans ces écoles ?

Il y a beaucoup de situations différentes. D'une part, il y a l'école désaffectée du parc Blandan, dans laquelle nous sommes installés depuis le mois de janvier. Nous avons installé beaucoup de familles à cet endroit, avec la bienveillance de la mairie, qui a accepté que nous restions.

Il reste actuellement 60 enfants qui vivent sur place et qui, eux, vont rester cet été dans ce bâtiment. Ensuite, il y a 15 écoles et collèges qui sont occupés tous les soirs pour mettre à l'abri des dizaines et des dizaines d'enfants dans des conditions un peu étouffantes mais, comme vous l'avez dit, c'est la seule alternative au danger de la rue. Pour ces familles-là, le collectif négocie avec les municipalités concernées des solutions de fortune afin qu'elles ne soient pas remises à la rue pendant les grandes vacances.

Par exemple, à Lyon et à Villeurbanne, les villes vont financer des nuitées d'hôtel pour ces familles pendant tout l'été.

Pour les familles pour lesquelles nous n'avons pas mis en place d'hébergement citoyen, c'est-à-dire les familles que nous ne prenons pas chez nous, il va y avoir, à Vénissieux, un maintien des occupations d'écoles. À Vaulx-en-Velin, le collectif est en train de négocier avec les élus des solutions alternatives.

D'accord, mais lesquelles ? Qu'est-ce qui peut être mis sur la table ?

Essayer de trouver des bâtiments à mettre à disposition des familles en les faisant conventionner.

Parlons aussi de ce que vous demandez aux autorités publiques. On rappelle que l'hébergement d'urgence est avant tout une compétence de l'État, même si les municipalités se mobilisent également. J'aimerais maintenant parler de la Métropole de Lyon, qui a changé de majorité. Elle était auparavant sous mandat écologiste jusqu'en mars 2026 et elle est désormais dirigée par une majorité de droite autour des équipes de Véronique Sarselli. Constatez-vous un changement sur le terrain dans la conception et la politique de l'hébergement d'urgence, notamment pour ces personnes hébergées de manière informelle ?

Oui, nous sommes relativement inquiets d'un certain nombre de décisions qui ont été prises ces derniers jours et ces dernières semaines dans ce contexte caniculaire un peu catastrophique, et qui vont aboutir à des mises à la rue de très nombreux enfants ou au maintien dans la rue d'autres enfants.

Je pense notamment au démantèlement imminent de deux campements : celui de la rue de l'Université et celui de Gerland. À Gerland, plus de 30 enfants vivent sur place.

Je pense aussi à la place de Milan, où 80 enfants sont mis à l'abri depuis le mois de mars. Ils sont actuellement sur la sellette, en attente d'une décision de justice.

Ce n'était pas le cas avec la précédente majorité ?

Non. La précédente majorité avait accepté que l'immeuble soit occupé par toutes ces familles.

Nous sommes également très inquiets pour l'immeuble de la rue du Croizat, à Villeurbanne, pour lequel il existait jusqu'à présent une convention avec la Métropole. Cette convention s'arrête et la Métropole souhaite désormais expulser une dizaine d'enfants scolarisés dans les écoles de Villeurbanne, qui risquent de retourner à la rue cette semaine.

Pour l'instant, ce que nous constatons au niveau de la Métropole, c'est qu'elle cherche à appliquer toutes les décisions de justice qui lui permettent d'expulser et, lorsqu'elle n'a pas de décision de justice, elle lance des procédures, dans une logique de détricotage progressif de ce qui avait été fait sous les mandats précédents.

Nous aimerions pouvoir en parler avec elle. Pour l'instant, la Métropole n'a pas souhaité nous recevoir.

Si elle nous regarde, je m'adresse à elle, je m'adresse à Mme Poussin, élue au logement, et à Mme Frié, élue aux solidarités et à la petite enfance : acceptez de recevoir une délégation du collectif. N'ayez pas peur de nous, il faut que nous parlions.

Juste avant de conclure, quelle est la compétence de la Métropole concernant l'hébergement de ces familles ?

La Métropole a des compétences en matière d'hébergement. Elle doit mettre à l'abri les femmes enceintes et les mères isolées qui ont des enfants de moins de trois ans.

Avec leurs enfants ?

Avec leurs enfants, bien sûr, avec leurs familles. Elle dispose également d'un patrimoine immobilier. Et c'est précisément de ce patrimoine qu'elle essaie régulièrement de déloger des familles, alors même que la situation est déjà assez terrible à Lyon.

Très bien, ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup, Juliette Murtin, d'être venue sur notre plateau nous expliquer ces difficultés. Le message est passé, je l'espère, auprès des équipes de la Métropole.

Quant à vous, je vous remercie d'avoir suivi cette émission. Vous pouvez retrouver plus de détails sur le site lyoncapitale.fr. Je vous dis à très bientôt.

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