Le 2 décembre, 617 classes sont fermées dans l’Académie de Lyon. (Photo Hadrien Jame)

Covid-19 : à Lyon, une directrice d'école témoigne sur le casse-tête des classes fermées

À l'heure où le variant Omicron inquiète les autorités sanitaires, les écoles de l'académie de Lyon sont touchées de plein fouet par la cinquième vague dû au variant Delta. Entre protocoles sanitaires, contestation des familles et tests salivaires, une chef d'établissement nous livre son témoignage.

Dans une école privée du 6e arrondissement de Lyon, la cinquième vague frappe de plein fouet l'établissement. En moins d'une semaine, la directrice de l'établissement a dû fermer six classes de son école, dont deux ont pu rouvrir au bout de deux jours.  Cette dernière met en application les nouvelles mesures gouvernementales entrées en vigueur lundi 29 novembre. Désormais, un enfant testé positif doit être isolé pendant 10 jours et tous ses camarades ont l'obligation de présenter un test négatif pour revenir en classe. Autre mesure : si trois cas sont détectés au sein de la même classe sur une période de 7 jours, la classe doit fermer. Au sein de cette école, quatre classes sont actuellement concernées. Des chiffres qui se répercutent directement à l'échelle départementale. L'académie de Lyon (départements de la Loire, du Rhône, de l'Ain) compte ce vendredi 3 décembre 617 classes fermées, le nombre le plus important de France.

Un protocole trop compliqué

La chef d'établissement scolaire est donc contrainte de s'adapter et de "ne plus faire (son) vrai métier". "Je reçois toute la journée des centaines de résultats de tests positifs et négatifs. En fonction, je ferme, puis ouvre, puis referme des classes. C'est du grand n'importe quoi", soupire la directrice, qui faisait en septembre sa septième rentrée dans l'établissement. Dans un premier temps, elle s'était occupée de commander les tests salivaires auprès des laboratoires "comme le souhaite le protocole", puis faire cracher les élèves et attendre le résultat disponible dans la journée. Depuis quelques jours, "j'ai arrêté et je demande aux parents de tester leur(s) enfant(s). J'ai fait ça de 7h30 à 19 heures pendant un temps, mais ça n'était plus possible. Mon métier n'était plus d'être directrice, j'étais devenu laborantine" sourit-elle amèrement.


"Je reçois toute la journée des centaines de résultats de tests positifs et négatifs. En fonction, je ferme, puis ouvre, puis referme des classes. C'est du grand n'importe quoi",
une chef d'établissement du 1er degré du 6e arrondissement de Lyon. 


"Le protocole souhaite que l'on commande des tests aux laboratoires, mais c'est impossible à mettre en place. Comment fait-on si les tests doivent être faits le mercredi ou le samedi, alors que les élèves ne sont pas à l'école ? Qui s'en occupe ? On revient tous à l'école ?", questionne la directrice.

Cependant, cette décision de stopper les tests salivaires à l'école lui a été reprochée par certains parents. "J'ai reçu des emails très agressifs de parents d'élèves ne comprenant pas cette décision. Ils m'expliquent qu'ils ont un métier et qu'ils n'ont pas le temps de s'occuper de tester leur enfant. Le souci, c'est que moi aussi, j'ai un métier et que ça n'est pas celui-ci", fustige la chef d'établissement.

À Lyon, au lundi 29 novembre, le taux d'incidence est de 503 pour 100 000 habitants, le nombre de cas de Covid-19 a triplé en deux semaines dans le département (voir le décryptage de Lyon Capitale ici).

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Le 2 décembre, 617 classes sont fermées dans l'Académie de Lyon. (Photo Hadrien Jame)

La directrice de l'école doit alors jongler entre la contestation des parents, l'excitation des élèves décuplée par cette situation inédite, des résultats de tests "reçus parfois jusqu'à 23 heures" et les nouvelles mesures gouvernementales "pas assez fortes", selon elle. Cerise sur le gâteau : une enseignante a été testée positive et est contrainte à l'isolement depuis une semaine.

Des décisions plus locales

Si les nouvelles mesures des instances gouvernementales ne sont pas vraiment comprises, c'est aussi et surtout qu'elles sont "éloignées de la réalité du terrain", selon la directrice. "Le souci que l'on a désormais, ce sont les classes ouvertes, mais vidées par l’absentéisme des cas contacts négatifs".


"Le souci que l'on a désormais, ce sont les classes ouvertes, mais vidées par l’absentéisme des cas contacts négatifs",
témoignage d'une chef d'établissement scolaire


Effectivement, un élève cas contact au sein de son foyer familial est contraint d'être éloigné des salles de classe pendant une période de 17 jours. "Un vrai casse-tête pour les enseignants qui font classe aux présents et aux absents", conclu la chef d'établissement. Cette dernière recommande alors de prendre des mesures plus locales, "qui autorisent que la direction de l'établissement, en accord avec l'inspecteur de circonscription [rattaché à l'académie, nldr], puisse prendre la décision de fermer, ou non, l'école".

Cependant, la directrice a tenu à rassurer : "ce ne sont que quelques parents d'élèves qui me posent problème. La plupart des familles sont très compréhensives et comprennent que je fais de mon mieux". À Lyon, le casse-tête sanitaire n'est décidément pas résolu.

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