Aux portes de Lyon, le Beaujolais a su se construire une réputation internationale grâce à son fameux beaujolais nouveau, fêté jusqu’au Japon. Mais le vignoble aujourd’hui se réinvente en mettant en lumière ses crus, qui bénéficient d’une géologie exceptionnelle. Depuis 2018, le Beaujolais a même été labellisé Géoparc mondial par l’Unesco pour la remarquable richesse de ses sols. Partons à la découverte de ce musée à ciel ouvert racontant l’histoire de la terre.
Des contreforts du Massif central à la vallée d’Azergues et jusqu’au val de Saône, s’étendant sur seulement une cinquantaine de kilomètres du nord au sud, le Beaujolais jouit d’une richesse géologique rare.
Ses sols constituent une véritable mosaïque, où toutes les ères sont représentées. Les roches les plus anciennes, qui avoisinent les quelque 500 millions d’années, ont été formées au sein de multiples environnements : archipel volcanique, massif montagneux, plaine désertique, littoral et environnement marin côtier, mer peu profonde…
En 2018, une étude qui a duré neuf ans a ainsi révélé plus de 300 types de sols différents, issus de quinze grandes familles de roches ! C’est la singularité de ce puzzle géologique qui a conduit à la labellisation Géoparc du Beaujolais avec la valorisation d’une trentaine de géosites, dévoilant les spécificités de ce terroir entre zones de pâturage, forêts et vignes.
Les sols granitiques de la terrasse de Chiroubles
Le site offre de superbes panoramas sur la côte viticole et le secteur des crus du Beaujolais. L’appellation Chiroubles est particulière puisque 100 % de ses vignes poussent sur du granit.
Cette roche provient des entrailles d’une gigantesque chaîne de montagnes aujourd’hui disparue. Depuis la terrasse, un sentier emmène le visiteur à la découverte des curiosités géologiques de ce massif granitique.
Fossilea : l’odyssée géologique du Beaujolais
Succédant à l’ancien musée des Pierres Folles depuis l’année dernière, Fossilea a ouvert ses portes à Saint-Jean-des-Vignes et constitue une riche entrée en matière pour découvrir la fabuleuse histoire géologique et préhistorique du Beaujolais.

Le musée propose un parcours immersif où les ammonites se mêlent aux moulages d’ichtyosaures en passant par les roches locales et la présentation d’outils préhistoriques. Une projection sonore et visuelle transporte, quant à elle, le visiteur dans la mer d’il y a 200 millions d’années.
La visite se poursuit en extérieur au cœur d’un grand jardin botanique de 3 hectares, où nature et géologie se rencontrent. On y découvre notamment dans un ancien site de carrière une faille géologique révélant des sédiments marins formés au temps où une mer tropicale occupait le territoire beaujolais, il y a 150 à 200 millions d’années !

Exposition : Avec l’exposition Temps passés, Gestes présents, plongez dans les océans disparus du Beaujolais à travers des œuvres d’artisans locaux. Bois, argile, métal et encre y racontent l’histoire géologique de la région, transformée en créations artistiques. Céramiques, sculptures et calligraphies évoquent les animaux marins du Jurassique. Une rencontre entre art et science, à découvrir jusqu’au 31 août 2026.

Fossilea – 116 chemin du Pinay, Saint-Jean-des-Vignes.
Ouvert du mardi au dimanche (fermé lundi). Du 29 juin au 30 août, ouvert tous les jours.
Tarifs : adulte 9 €, réduit 6,50 €, enfant 5 € (gratuit -6 ans). Visites guidées.
Réservation conseillée pour groupes et ateliers. Durée visite : 1h30.

Lumineuses carrières de Glay
Autre géosite étonnant et se prêtant à une jolie balade familiale, les carrières de Glay, à Saint-Germain-Nuelles, plongent le visiteur dans la vie passée des tailleurs et sculpteurs de pierre, qui ont approvisionné en pierre de construction tout le sud du Beaujolais jusqu’à Lyon.
Cette roche calcaire est issue des fonds marins du jurassique, datant de 175 millions d’années. Le site, dans un écrin naturel de toute beauté, est classé espace naturel sensible. Il présente une flore et une faune variées et est notamment le refuge d’une quinzaine de chauves-souris protégées.

Emblématique mont Brouilly
Prenez un peu de hauteur depuis le mont Brouilly ! À son sommet, à 484 mètres, un belvédère invite à découvrir l’histoire et la diversité géologique du Beaujolais tandis que deux sentiers d’interprétation permettent d’apprécier les contrastes paysagers du territoire. La roche bleue qui compose le mont est l’une des plus anciennes du territoire. Extrêmement dure et résistante à l’érosion, elle conditionne la morphologie de cette colline plantée de vignes.

Se laisser bercer par “Les Murmures du Temps”
Au cœur du pays de l’Arbresle, trois circuits jalonnés d’œuvres d’art vous révéleront les paysages du Beaujolais autrement. Allant de 3 à 9 kilomètres, ces boucles embrassent différentes thématiques (patrimoine viticole ou historique) ou privilégient des parcours, nature ou davantage urbains. Sur la boucle facile “La croisée des chemins” au val des Chenevières, vous pourrez ainsi découvrir la sculpture monumentale Le Grand Rocher, œuvre pleine de poésie du plasticien Laurent Pernot, qui s’est s’intéressé aux crues ayant marqué la mémoire des habitants.

Vers des beaujolais premiers crus ?
La variété des terres du Beaujolais n’a pas échappé aux vignerons d’hier et d’aujourd’hui. Il n’est donc pas étonnant qu’avec une des géologies les plus complexes de France, les vins de Beaujolais – à partir du seul cépage gamay – soient aussi différents, d’une appellation à une autre mais également d’un lieu-dit à l’autre.
Et si, suite au succès interplanétaire du beaujolais nouveau, l’étiquette d’un vin gouleyant, facile à boire lui a longtemps collé à la peau, depuis une vingtaine d’années, un tranquille revirement s’opère, avec une montée en gamme dans la qualité des vins et une valorisation des dix crus de Juliénas à Brouilly en passant par Fleurie et Morgon.
Au sein même de ces appellations, des vignerons portent le projet de doter certains vins de la mention premier cru. Leur motivation ? Le souhait que l’on considère les lieux-dits remarquables du Beaujolais à leur juste valeur et que leurs spécificités soient désormais reconnues.
Les vignerons de Fleurie – avec des lieux-dits comme Poncié, Les Moriers, Grille-Midi, La Chapelle des Bois… – ont ouvert la voie des candidatures aux premiers crus en 2023, une réflexion également engagée par les appellations Moulin-à-Vent et Brouilly. Un dossier a été déposé à l’étude à l’Inao, mais patience ! La procédure peut prendre plus de dix ans ! Quoi qu’il en soit, cette démarche – gage de qualité – témoigne de la dynamique dans la volonté de montée en gamme du vignoble tout entier.

Château de Poncié : laisser parler le terroir
En 2020, l’entrepreneur lyonnais Jean-Loup Rogé, à la tête d’Implid, rachète le château de Poncié, à Fleurie, dans le nord du Beaujolais. Ce domaine millénaire (les premières archives remonteraient à 949 – date qui a d’ailleurs donné le nom d’une des cuvées emblématiques du domaine) est composé d’une centaine d’hectares dont 32 de vignes.
Autour de la bâtisse historique, le château de Poncié dispose d’un parcellaire singulier, avec des sols composés à 90 % de granite rose en décomposition. L’érosion disparate du granite, combinée à des sols de profondeurs différentes selon les lieux-dits, confère aux vins des profils variés selon les parcelles et les millésimes.
Un terroir exceptionnel qu’Eddie Lachaux, chef de culture et maître de chai, souhaite valoriser en minimisant au maximum les interventions humaines : “L’histoire du domaine est longue mais celle des vins est à construire avec une montée en gamme correspondant à la qualité exceptionnelle des terroirs cultivés. Nous avons la chance de travailler des terroirs emblématiques de l’appellation. Ceux de Poncié et des Moriers sont candidats auprès de l’Inao pour une demande de classement en premier cru”, explique-t-il. “Sur une trentaine d’hectares en appellation Fleurie, on arrive à avoir des profils de cuvée vraiment différenciés, parce que les terroirs, l’âge des vignes, la géologie, les expositions varient et ces micro-variations se retrouvent dans les vins”, complète Alexis Cuzenard, responsable commercial au château de Poncié.
Certifié bio depuis 2020, le domaine pratique également l’agroforesterie (association d’arbres, bosquets ou haies à la culture de la vigne favorisant la biodiversité et la fertilité des sols) et le viti-pastoralisme. Treize moutons paissent ainsi dans les vignes afin de désherber naturellement les parcelles et enrichir les sols.
Entretien
“Le Beaujolais est devenu la terre promise de jeunes vignerons ”

Trois questions à Benoist Simmat, auteur de L’Incroyable Histoire du vin. Illustré par Daniel Casanave, le livre, traduit en douze langues, s’est vendu à plus de 150 000 exemplaires. En 2024, un nouveau chapitre de 40 pages, dédié au beaujolais, est venu enrichir cette saga du vin en BD.
Lyon Capitale : Pourquoi avez-vous choisi de spécifiquement dédier un chapitre aux vins du Beaujolais ?
Benoist Simmat : Le livre avait déjà fait l’objet de trois rajouts abordant trois grandes thématiques : les vins écolos, rosés et à bulles. Nous avions envie pour la quatrième édition de parler d’une région. Le Beaujolais est à la fois connu dans le monde entier comme les vins de Bordeaux, de la Bourgogne, de la Champagne ou de Cognac tout en étant une région sous-estimée. C’est ce double aspect – l’histoire de l’opération marketing du beaujolais nouveau, mondialement connu, donnant lieu à des événements bachiques, et son histoire méconnue – qui a paru sympa à raconter.
Les vins nature, qui connaissent un grand succès aujourd’hui, sont nés dans le Beaujolais. Comment expliquer ce phénomène ?
Marcel Lapierre, dont le domaine a été repris par son fils Mathieu, produit un des vins nature les plus recherchés au monde. Les premières expériences de vins nature, nées dans le Beaujolais, ont émergé en réaction aux beaujolais nouveaux industriels : il fallait produire beaucoup pour arroser beaucoup. En réaction à ces vins industriels, les vins nature recherchent une certaine pureté dans le goût du fruit parfait. Aujourd’hui, de nouvelles générations de vignerons ont repris la tradition du beaujolais nouveau et le réinventent en vin nature. Le Beaujolais, avec des terres moins onéreuses qu’ailleurs, est devenu la terre promise de jeunes vignerons qui s’installent.
Quels sont vos coups de cœur en Beaujolais ?
Je pense à Fabien Duperray, un grand marchand de vin bourguignon, qui s’est pris d’amour pour les paysages du Beaujolais.
Il ambitionne de produire des bouteilles à 100 euros et prétend que le gamay, sur des parcelles précises, peut produire des vins extraordinaires, à la hauteur des grands vins de Bourgogne. Il nous a conduits sur des parcelles présentant une diversité géologique étonnante qui se voit parfois de mètre en mètre.
Il y a également l’extraordinaire propriété familiale du château de Javernand, qui a inspiré la nouvelle couverture du livre. Très encaissé, entouré d’une montagne très boisée, le domaine pratique l’agroforesterie et a recréé une forêt dans le vignoble. La perspective de la vigne est sans cesse cassée par celle des arbres. On dirait un petit jardin d’Eden en haut de la montagne, qui alimente une biosphère locale.
Infos pratiques
Où loger ?
• Le Pavillon des Capitans, au cœur des vignes, à Juliénas lepavillondescapitans.com
• La Maison et l’Orangerie, bâtisse du XVIIIe dans un grand parc, à Saint-Jean-des-Vignes – lamaisonetlorangerie.com/
• Hôtel 4* Villa Alexandre, au cœur des vignes, à Régnié-Durette – hotelvilla-alexandre.com
Où se restaurer ?
• La Maison des Beaujolais, restaurant à la cuisine locale et faite maison et cave à vin avec plus de 600 références – lamaisondesbeaujolais.fr
• Auberge du Pont des Samsons, à Quincié-en-Beaujolais – 04 82 83 89 69
• Auberge de Clochemerle, 1* Michelin, à Vaux-en-Beaujolais aubergedeclochemerle.fr
À ne pas manquer
• 10e Fête de la carrière de Glay, les 30 et 31 mai, ateliers et animations autour du travail de la pierre, à Saint-Germain-Nuelles
• Sur les traces des géopatrimoines, visite ludique sur les roches et reliefs, le 22 juillet, à 15 h 30, à Beaujeu
• Les cinq sens du granite, balade le long du sentier des 10 crus suivie d’une dégustation et d’un mâchon, de mai à août
Plus d’informations : geopark-beaujolais.com
