Sur les lignes de montage de KNDS à Roanne, la production des véhicules blindés 6×6 Griffon s’accélère.

Loire : à Roanne, l'usine KNDS incarne la militarisation de l'économie territoriale

Le site historique de fabrication de blindés a triplé sa production en cinq ans et vise l'agrandissement. Premier employeur industriel de la Loire, le fleuron franco-allemand devient l'un des symboles du réarmement français.

Au nord de Roanne, un site industriel change littéralement d'échelle. L'usine ligérienne de KNDS France est l'héritière directe de l'ex-Nexter et de la manufacture d'armes créée en 1917. Aujourd'hui, elle tourne à un rythme qu'elle n'avait pas connu depuis des décennies. En cinq ans, elle a triplé sa production de véhicules blindés du programme Scorpion. Elle a également quintuplé celle des canons Caesar. Ce renversement industriel redessine en profondeur l'économie du bassin roannais.

Le décor a totalement changé. Depuis 2017, KNDS France a investi près de 60 millions d'euros dans la transformation du site. Le projet, baptisé Nextfab, a remanié 80 % des surfaces. En outre, le groupe a reconquis entre 12 000 et 14 000 mètres carrés pour installer de nouvelles machines-outils et lignes d'intégration. Les cadences ont suivi. Ainsi, le canon Caesar, qui sortait à raison de deux exemplaires par mois avant 2022, atteint aujourd'hui un rythme mensuel de dix. Sa durée de fabrication a été divisée par deux. Elle est passée de 30 à 15 mois. Fin 2025, plus de 400 exemplaires équipaient les armées de quatorze pays. « Il y a eu une vraie métamorphose », résume Arnaud Barret, directeur de l'établissement roannais depuis 2023.

Un carnet de commandes qui rebat les cartes

Cette accélération répond à un contexte géopolitique inédit. Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, la France livre en volume à ses partenaires européens. Elle le fait en complément de ses propres commandes nationales. Par exemple, la Belgique a notifié l'achat de 474 véhicules Griffon, 60 Jaguar et 123 Serval. Le Luxembourg a commandé 38 Griffon et 16 Jaguar. La Croatie, elle, a signé pour 18 Caesar dans leur version modernisée Mk 2 et 15 Serval. D'autres pays européens ont manifesté leur intérêt, dont l'Irlande.

À l'échelle nationale, la loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit 413 milliards d'euros de dépenses de défense sur sept ans. Une part significative doit financer les commandes de véhicules produits à Roanne. En effet, sur les 3 150 véhicules Scorpion attendus par l'armée de Terre française, 1 648 avaient déjà été livrés fin 2025. Le site prépare également la montée en série du Caesar Mk 2.

Tir d'un Caesar du 68e RAA de La Valbonne

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Un pilier industriel pour tout un bassin

Pour Roanne, ces mutations industrielles ont un impact territorial massif. Le site emploie aujourd'hui 1 600 salariés, contre à peine 700 il y a dix ans. Il est ainsi devenu le premier employeur industriel du département de la Loire, devant le groupe Michelin. Autour, l'écosystème local des sous-traitants voit son activité gonfler. Cet écosystème rassemble notamment des mécaniciens de précision, des électroniciens et des spécialistes du blindage.

L'orientation du territoire s'en trouve profondément modifiée. Après plusieurs décennies marquées par le déclin du textile et un déficit d'image tenace, l'agglomération roannaise redevient un pôle industriel identifié. D'ailleurs, cette dynamique n'a pas échappé à Yves Nicolin, maire LR de Roanne et président de Roannais Agglomération, réélu en mars dernier. L'élu a d'ailleurs indiqué en mars 2026 que KNDS était « pressé de faire aboutir » son projet d'acquisition de 3,4 hectares supplémentaires. Ces surfaces doivent accueillir le développement du maintien en condition opérationnelle des véhicules.

Pousser encore les murs ?

À court terme, la question est simple : jusqu'où le site peut-il pousser ses murs ? L'autorisation préfectorale actuelle permet à Roanne de produire jusqu'à 600 véhicules par an. Cette limite représente le double de la cadence actuelle. Toutefois, cette marge reste théorique tant que les moyens industriels ne suivent pas. Ainsi, pour accompagner cette montée en charge, une nouvelle machine d'usinage à grande vitesse est actuellement en cours d'installation, tandis qu'une quatrième unité est programmée pour 2028. Une consolidation industrielle qui ancre durablement l'économie de guerre dans le bassin roannais.

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