Amaury Dewavrin, président du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Amaury Dewavrin, président du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri, est l’invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

"Si on libérait 2 500 logements vacants, demain il n'y aurait plus de personnes dans la rue à Lyon"

Amaury Dewavrin, président du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

À quelques semaines des élections municipales et métropolitaines de mars 2026, Amaury Dewavrin, président du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri, lance un appel aux futurs élus. À la tête d'une association qui mobilise 1 000 bénévoles, 450 salariés et accompagne 10 500 personnes par an, il pointe du doigt deux priorités : changer le regard sur les personnes sans-abri et débloquer la construction de logements. Avec 2 500 personnes dormant encore dans la rue dans la métropole lyonnaise malgré 8 000 places d'hébergement, le constat est alarmant.

Changer de regard avant d'agir

Pour Amaury Dewavrin, tout commence par une prise de conscience : "Ce ne sont pas des personnes dangereuses, ce sont des personnes qui ont été abîmées par la vie", insiste-t-il. Il invite les futurs élus à venir rencontrer ces personnes dans les accueils de jour, ces lieux de proximité où "les personnes qui ont dormi dans la rue peuvent venir prendre une douche, prendre un café et, leur plus grand besoin, discuter, trouver des solutions à leurs problèmes".

Le président du Foyer Notre-Dame pointe également les lacunes de l'accompagnement psychiatrique : "Beaucoup des personnes qui sont dans nos hébergements, il y a 30 ans, ces mêmes personnes, elles auraient été en hôpital psychiatrique. L'hôpital psychiatrique aujourd'hui ne les accueille plus". En tant que président statutaire des HCL, le maire de Lyon pourrait, selon lui, faire de cet accompagnement une priorité.

Les logements vacants, un levier sous-exploité

Face aux 24 000 personnes mal logées dans la métropole, Amaury Dewavrin plaide pour une mobilisation des logements vacants. "Si on libérait 2 500 logements vacants, demain matin, il n'y aurait plus de personnes dans la rue", affirme-t-il. L'exemple de Couzon-au-Mont-d'Or, qui aurait réduit son nombre de logements vacants de 110 à 30 en un seul mandat, prouve selon lui que des solutions existent.

Son approche privilégie le dialogue avec les propriétaires : "Ce n'est pas un mailing qui va régler ces problèmes-là, c'est des rencontres avec les propriétaires pour les convaincre qu'on peut à la fois être propriétaire d'un logement et en même temps le mettre à disposition". Les associations peuvent aider à la réhabilitation via l'Anah et se porter garantes pour le paiement. La réquisition reste une option de dernier recours : "Il faut que ce soit ponctuel, mais il faut que ça puisse être en dernier recours quand on n'a pas pu trouver la solution".

Au-delà du logement, Amaury Dewavrin insiste sur l'importance du travail et de la santé dans le processus de réinsertion. Le Foyer accompagne notamment plusieurs centaines de personnes vers l'emploi via son dispositif Perle. "Il faut nouer des partenariats solides, métropole, État, association, commune", conclut-il, appelant à une mobilisation collective face à l'urgence sociale.

Plus de détails dans la vidéo :

Lire aussi : À Lyon, des immeubles municipaux vacants sont transformés en logements sociaux

Lire aussi : Lyon : la montée silencieuse des logements vacants

Lire aussi : Avec sa Foncière solidaire, la Métropole de Lyon veut transformer les logements vacants en logements solidaires

Lire aussi : Crise du logement : pourquoi l’habitat vacant n’est-il pas réquisitionné ?

Lire aussi : "Nous réquisitionnerons les logements vacants", promet Anaïs Belouassa Cherifi (LFI)


La retranscription complète de l'émission avec Amaury Dewavrin :

Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, on reçoit Amaury Dewavrin qui est président du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri. Le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri, c'est 1 000 bénévoles, 450 salariés, 10 500 personnes accompagnées annuellement par l'association. Plusieurs missions : secourir, accompagner, nourrir, accueillir les personnes en situation de grande précarité. Bonjour Amaury Dewavrin. Merci d'être venu sur notre plateau. On va rentrer dans le vif du sujet : qu'attendez-vous en priorité des futures équipes municipales et métropolitaines qui vont être élues après ce mois de mars 2026 ?

Merci de me recevoir. Je pense que dans la métropole, et comme peut-être ailleurs en France, on a un vrai problème pour regarder, changer de regard sur les personnes sans-abri. Je dis aux personnes qui seront élues : venez les rencontrer, venez discuter avec eux, ce ne sont pas des personnes dangereuses, ce sont des personnes qui ont été abîmées par la vie. Changer de regard, c'est la première chose. Et quand on change de regard, on s'aperçoit en regardant les chiffres qu'il y a 24 000 personnes mal logées, qu'il y a 2 500 personnes qui dorment dans la rue dans la métropole de Lyon. Et ça, il faut s'en occuper. Donc la première chose que je demande, c'est changer de regard, et la deuxième, c'est qu'il faut construire plus de logements. Aujourd'hui, il y a 8 000 places d'hébergement, mais ça ne suffit pas puisqu'il reste 2 500 personnes dans la rue. Sans doute, il faut que ces personnes qui sont en hébergement puissent aller vers du logement, du logement social. Et donc je dis : débloquer, débloquer la construction de logements, c'est absolument nécessaire. Selon les chiffres, selon les sources, on dit que ça a été divisé par deux ou par trois depuis le Covid, mais en réalité, il y a des moyens de débloquer ça. Et si on se disait, au lieu d'avoir un projet immobilier qui dure quatre à cinq ans, qu'il durait deux à trois ans, ce serait quand même faisable. Et si on regardait les logements vacants, ce qui se passe, et qu'on essayait qu'il y en ait moins... Si on libérait 2 500 logements vacants, demain matin, il n'y aurait plus de personnes dans la rue.

Si vous voulez, on peut rentrer un petit peu dans le sujet des logements vacants longue durée, disons. On ne parle pas des logements vacants pendant six mois. On parle de logements vacants de plus de deux ans, voire plus de cinq ans. Ça se compte en quelques milliers sur la ville de Lyon et un peu plus, je crois que c'est peut-être une dizaine de milliers à l'échelle de la métropole de Lyon. Les chiffres sont incertains, il y a beaucoup de calculs. Cependant, il y a quand même des idées qui circulent dans le débat politique, notamment sur la réquisition du logement vacant. C'est une compétence qu'a la préfète du Rhône et de la région, et aussi les communes. Est-ce que vous, au Foyer Notre-Dame des Sans-Abri, vous êtes dans une position dans laquelle vous défendez qu'on puisse réquisitionner sous certaines conditions – bien sûr, c'est très encadré par la loi – les logements vacants en longue durée ?

Je vais vous prendre un exemple, c'est la ville de Couzon-au-Mont-d'Or Il y avait 110 logements vacants au début du précédent mandat. Aujourd'hui, il n'y en a plus que 30. Alors pourquoi, finalement, le problème peut se résoudre ? Et c'est ça que je veux dire : il peut se résoudre parce qu'il y a eu un dialogue, parce que le maire a vraiment saisi cette question et qu'après discussion, on trouve des solutions. Parce que pourquoi les logements sont vacants de manière longue, comme vous dites ? Parce que peut-être les gens ont peur de louer, ils ont peur que le logement soit abîmé, ils n'ont pas les moyens de le réhabiliter, etc. Il y a des solutions à tout ça. Pour réhabiliter, il y a des associations qui aident à faire les dossiers à l'Anah. Pour garantir le paiement, il y a des associations qui se portent garantes. Et donc, rendons-nous compte et communiquons. Je pense que c'est dans le détail, c'est un travail de terrain, de détail. Et puis, si des réquisitions doivent être faites, bien sûr qu'elles soient faites. Mais après avoir communiqué, expliqué en détail. Ce n'est pas un mailing qui va régler ces problèmes-là, c'est des rencontres avec les propriétaires pour les convaincre qu'on peut à la fois être propriétaire d'un logement et en même temps le mettre à disposition. Pas forcément d'ailleurs de personnes dans la rue, parce qu'un logement libère un logement qui permet de sortir quelqu'un de la rue. Et c'est ça la fluidité qui est nécessaire.

C'est un travail de fourmi presque, vous demandez, avec, si vraiment il y a trop de problèmes, l'utilisation de la réquisition ?

Beaucoup de méthodes et un travail de fourmi. En effet, sur les logements vacants, il faut identifier, dialoguer, montrer des solutions, les encourager, travailler avec les associations, avec les mairies, les mairies d'arrondissement à Lyon. Ce travail de détail, il peut être fait, il doit être fait. Que parfois il se termine par une réquisition, c'est possible. Mais de manière générale, ça n'est évidemment pas souhaitable. On ne va pas rentrer dans une guerre à Lyon et des conflits permanents sur les réquisitions. Il faut que ce soit ponctuel, mais il faut que ça puisse être en dernier recours quand on n'a pas pu trouver la solution. Il y a une autre solution. Je vous fais remarquer que les maires peuvent déclarer un logement impropre à la location et ça, ça contraint à faire des travaux. C'est long. Les rythmes de l'immobilier sont longs. Donc il faut s'en occuper dès le début du mandat.

J'ai une dernière question. On arrive aussi à la fin. Est-ce que vous avez l'impression que les associations compensent les manques de l'action publique aussi sur l'hébergement d'urgence ? C'est quand même compétence d'État de pouvoir gérer l'hébergement d'urgence. Je sais que le Foyer Notre-Dame des Sans-Abri participe à cet effort aussi avec d'autres. Est-ce que vous avez l'impression qu'on vous délègue un petit peu ce chantier ?

Avec d'autres associations qui sont aussi dans le domaine de l'hébergement, nous avons fait des vœux pour 2026 avec des priorités. On a parlé de l'immobilier et du logement. Il faut parler aussi du travail, parce qu'il y a des dispositifs. Ce n'est pas seulement au niveau de France Travail et des lois françaises, c'est aussi au niveau local. Soutenir les actions qui permettent de remettre les gens en selle. Et il y en a beaucoup. On en a au Foyer avec Perle. On met plusieurs centaines de personnes à l'emploi. Il y a la santé. Avoir un travail d'accompagnement, de détail et permettre... Je vous fais remarquer que le président des HCL, vous savez qui c'est ? C'est le maire de Lyon, statutairement. Donc le maire de Lyon, en tant que président des HCL, il peut dire : écoutez, on veut prioritairement qu'on fasse attention aux personnes très fragiles. Et notamment dans l'accompagnement psychiatrique qui a disparu. Beaucoup des personnes qui sont dans nos hébergements, il y a 30 ans, ces mêmes personnes, elles auraient été en hôpital psychiatrique. L'hôpital psychiatrique aujourd'hui ne les accueille plus. Qu'ils puissent au moins les accompagner, ça, ce serait quand même le minimum. Et le président des HCL peut demander ça. Et puis, il y a, bien sûr, le fait de changer de regard. C'est ce que je disais au début. Changeons de regard. Les élus, venez, venez discuter avec des personnes sans-abri. Nous avons des accueils de jour. Et je voudrais insister sur ce point. Les accueils de jour, c'est le lieu dans lequel, avec de la proximité, les personnes qui ont dormi dans la rue peuvent venir prendre une douche, prendre un café et, leur plus grand besoin, discuter, trouver des solutions à leurs problèmes. Eh bien venez, venez les élus. Nous avons envie de vous accueillir. Il y a plusieurs associations qui ont des accueils de jour. Et bien sûr, ce sera avec plaisir qu'on essaiera de construire ensemble des solutions. Et je veux rajouter que l'État est un partenaire. L'État, on n'est pas en opposition avec lui. Bien sûr, c'est difficile. L'État devrait héberger tout le monde, mais on est partenaire. Et moi, je pense qu'il faut nouer des partenariats solides, métropole, État, association, commune.

Très bien, ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup d'être venu sur notre plateau. Le message est passé. Les candidats, venez visiter les associations qui sont en première ligne. Merci d'avoir suivi cette émission. Plus de détails sur le site lyoncapitale.fr. Je vous dis à très bientôt.

Laisser un commentaire

réseaux sociaux
X Facebook youtube Linkedin Instagram Tiktok
d'heure en heure
d'heure en heure
Faire défiler vers le haut