(Photo by JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

Vers une nouvelle épidémie de variole du singe ? Un médecin infectiologue répond à Lyon Capitale

Alors que neuf cas de variole du singe ont été détectés dans la région Auvergne-Rhône-Alpes et plus de 2 000 dans le monde, le spectre d'une nouvelle épidémie inquiète. Doit-on s'en méfier ? Quels risques et quels symptômes ? Le Dr. Thomas Perpoint de l'hôpital de la Croix-Rousse répond à Lyon Capitale.


Le Dr. Thomas Perpoint est chef de service adjoint au service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital de la Croix-Rousse. Il travaille donc dans le service spécialisé des maladies infectieuses et tropicales et dans le diagnostic et la prise en charge de toutes les pathologies infectieuses d’origine bactérienne, virale, fongique ou parasitaire. Il traite également les pathologies liées aux voyages (prévention et pathologies du retour).

LYON CAPITALE : Qu'est ce que la variole du singe et d'où nous vient-elle ?

DR. THOMAS PERPOINT : Aujourd'hui, on l'appelle variole du singe puisque l'on fait référence à la description d'une maladie connue en Afrique, en particulier en Afrique centrale et en Afrique de l'ouest. C'est une maladie virale avec un virus à ADN qui va infecter l'humain puisque celui-ci rencontre ce virus au contact du monde animal. Il s'infecte au contact en particulier de rongeurs et de primates, donc éventuellement des écureuils et des singes non-humains. On connaît cette maladie qui a été décrite depuis la fin des années 50 puis bien décrite dans les années 70 avec des variants de virus qui ont été découverts. Avec une forme clinique très précise avec de la fièvre, une éruption qui est connue sur des images qui ont été partagées dans des médias récemment. Tout cela a bien été décrit.

Ce qu'il se passe aujourd'hui avec cette nouvelle épidémie, c'est qu'il y a encore beaucoup de choses à construire. On utilise encore le même nom "variole du singe" mais ce nom va très probablement changer d'ici quelques jours à la demande de l'OMS et de la communauté médicale puisque l'on est face à une identité un peu différente. On est face à une distribution inter-humaine, c'est-à-dire un risque de contaminations inter-humaines. Cela avait déjà été décrit avec ce virus sous son identité africaine. Mais dans des proportions aujourd'hui où la maladie circule entre les hommes alors qu'elle n'est probablement pas encore présente dans le règne animal à l'échelle latitude-nord.

L'ARS déclare 9 cas en Auvergne-Rhône-Alpes au vendredi 17 juin, dans quelles mesures est-ce inquiétant ? Peut-on et doit-on faire un parallèle avec la crise sanitaire liée à la covid-19 connue ces dernières années ? 

Je ne pense pas qu'il faille faire un parallèle avec ce qu'il s'est passé pendant la pandémie covid. On peut simplement faire un parallèle qu'aujourd'hui, à l'échelle planétaire, les maladies se partagent, émergent, se présentent différemment dans différents territoires. C'est ce qu'on appelle le concept de maladies émergentes. En fait, les concepts sont assez proches mais par rapport à la réponse de vulgarisation sur le risque inhérent de la variole dite "du singe" aujourd'hui, ce n'est pas du tout comparable avec ce qu'il s'est passé avec un virus de transmission respiratoire. Aujourd'hui, on n'attend pas une diffusion sur la population générale de la maladie de la variole du singe. On reste très prudent mais ça n'est pas du tout le modèle qui est attendu sur comment ça va se passer. Il y a effectivement aujourd'hui 2 000 cas dans le monde et 9 cas en Rhône-Alpes. Aujourd'hui, cela concerne une certaine communauté de gens, d'habitudes. On n'a pas de preuve de dissémination dans la population générale, on reste prudent. On n'a pas de preuve dans la population animale, ce qui pourrait être un concept possible. Aujourd'hui, le modèle ne va pas vers ce risque-là.

Vous parlez de dissémination mais comment la maladie se transmet-elle ? 

Elle se transmet essentiellement par contact peau à peau entre une personne infectée et une personne non-infectée. Je dis peau à peau mais ça peut être peau-muqueuse, muqueuse-muqueuse. Et donc peau à peau lorsque la personne infectée à des lésions de type varioleuse, qui sont des lésions ulcérées à partir de vésicules qui formeront plus tard des croûtes. Ces lésions-là sont effectivement très contagieuses mais il faut un contact direct entre les deux personnes. Il peut également avoir une transmission - mais elle est probablement beaucoup plus faible - par voie de sécrétions de micro gouttelettes qui pourraient être contaminées. Mais on est sur un risque de transmission faible sur ce mécanisme-là. Il faut vraiment être sous le même toit pendant longtemps pour avoir ce risque.

Hôpital de la Croix-Rousse @WilliamPham

Quels sont les symptômes de la variole du singe et dans quelles mesures cette maladie est-elle grave pour l'homme ? 

Sur la description que l'on connaît, les symptômes sont une fièvre après une incubation d'une quinzaine de jours usuellement, qui est souvent accompagnée d'une douleur de gorge. Apparaissent secondairement un rash de type varioleux (éruption cutanée, ndlr) avec des vésicules qui vont devenir des croûtes ensuite. Aujourd'hui, on se rend compte que les gens qui sont infectés peuvent faire peu de boutons et avoir des maladies qui s'expriment en plusieurs poussées. On affine la description. À ce jour, on n'a eu aucune forme sévère à l'échelle mondiale par rapport à cette nouvelle épidémie. Ça fait réfléchir à comment est ce virus : est-ce que c'est le même véritablement ? Comment sont les populations qui le reçoivent ? On est un peu plus prudent chez les enfants, les femmes enceintes et les personnes immuno-déprimées puisque l'on sait que ce sont des thèmes à formes graves. Il y aurait beaucoup plus de lésions sur la peau qui est le témoin d'une forme potentiellement grave, s'il y a beaucoup de lésions. Il peut y avoir des manifestations touchant des organes en particulier le cerveau, le poumon ou d'autres organes nobles avec des formes qui pourraient exiger des prises en charge médicales complexes. Mais ça n'est pas le cas aujourd'hui chez les patients qui ont été malades.

Ça ne va pas vers des formes graves. Elle reste une maladie contagieuse avec des gens qui se contaminent entre eux mais ne développent pas de formes graves. Ensuite, on apprend tous les jours à décrire et faire face à cette nouvelle forme clinique. Donc il faut que l'on voit comment les choses évoluent, mais nous ne sommes pas préoccupés dans l'immédiat.

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