L’observatoire Atmo Auvergne-Rhône-Alpes a mené, pour la première fois en France, une étude à Lyon et Pierre-Bénite pour évaluer la présence de polluants éternels dans l’air.
Si leur présence dans le sol et l’eau est désormais établie depuis plusieurs années, jamais les polluants éternels, dits PFAS, n’avaient été mesurés dans l’air. En février 2025, l’observatoire Atmo Auvergne-Rhône-Alpes avait donc annoncé se pencher sur le sujet, une première en France, en initiant "des travaux pour expérimenter une méthode visant à estimer les niveaux de PFAS en concentration par mètre cube d’air respiré" dans la région. L'observatoire a dévoilé les résultats ce lundi.
Les premières investigations ont été conduites dans le bassin lyonnais entre octobre 2023 et décembre 2025, plus précisément à Lyon et à Pierre-Bénite (site urbain sous influence industrielle de producteurs de fluoropolymères situés au nord du site de mesure). Au total, 38 PFAS ont été analysés "en lien avec la liste des composés recherchés dans les mesures dans l’eau, ou identifiés dans les émissions des installations industrielles, pour chaque phase : particulaire et gazeuse", précise l’observatoire.
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Que disent les résultats ?
Concrètement, l’enquête révèle une présence de PFAS, mais "dans des proportions significativement différentes" selon les environnements. À Lyon, les concentrations dans l’air sont de l’ordre de 25 pg/m³ sur la période de mesure, quand elles sont de 244 pg/m³ sur la même période, avec des pointes observées jusqu’à 1 280 pg/m³, à Pierre-Bénite, où se trouvent notamment les sites des deux principaux industriels, Arkema et Daikin, mis en cause dans la pollution aux PFAS au sud de Lyon.
Les PFAS ?
Les "PFAS" (famille composée de plus de 4 700 molécules de synthèse) sont produits par l'homme depuis les années 40. Leurs propriétés physico-chimiques (résistantes aux chaleurs intenses ou aux acides, à l’eau et aux graisses…) expliquent leur présence dans un grand nombre de produits de consommation courante et applications industrielles. Le fait qu'ils soient très largement utilisés ( textiles, emballages alimentaires, cosmétiques, poêles anti-adhésives, mousses anti-incendie, imperméabilisants, cires à parquet, vernis et peintures, etc.), en plus de leur faible dégradation, rend ces substances omniprésentes dans l’environnement, notamment dans les cours d’eau. On parle de "polluants éternels" car ils peuvent rester dans l’environnement des décennies, voire des siècles. Le Rhône, de l'aval de Lyon jusqu'à la Méditerranée, est particulièrement touché. Selon la littérature scientifique existante, les perfluorés favoriseraient les cancers chez l’homme et les défauts de défense immunitaire des enfants.
Les molécules PFHxA et le 6:2FTS sont celles qui apparaissent "à des niveaux plus importants que les autres composés (en moyenne 61 % à Lyon centre et 88 % à Pierre Bénite de la masse totale des échantillons)", précise par ailleurs Atmo Auvergne-Rhône-Alpes. Le PFOA et le PFOS, dont l’utilisation est interdite depuis 2009 et 2020 car classés cancérogènes, ont également été retrouvés dans les résultats d’analyse, "dans des proportions beaucoup plus faibles (environ 2 %)." L’observatoire précise toutefois que les polluants de type PFOA, PFOS, PFHxA, 6 :2 FTS ont une durée de vie de plusieurs années, d’où leur présence dans ces données.
Et bien que des incinérateurs ou que des stations d’épuration peuvent aussi avoir une incidence sur les mesures en air ambiant, leurs niveaux de concentration aux points de rejet montrent des résultats "jusqu’à 100 fois plus faibles que ceux des industriels producteurs de fluoropolymères."
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L’observatoire invite à "la vigilance"
Dans son compte-rendu, l’observatoire Atmo Auvergne-Rhône-Alpes souligne qu’il n’existe pas encore de méthode de prélèvement de référence au sujet des PFAS dans l’air et que le nombre de résultats actuellement disponibles reste forcément limité (17 échantillons pour Lyon-centre et 26 pour Pierre-Bénite).
Il invite donc à "la vigilance" puisque ces derniers ne sont pas "représentatifs" de l’exposition des habitants, "mais apportent des informations très précieuses jusqu’à présent inexistantes", précise-t-il encore. Des travaux menés avec l’Institut national de l'environnement industriel et des risques (INERIS) dans le cadre du plan interministériel pour établir une méthode de référence et pour alimenter les travaux sur une norme AFNOR "devraient permettre de valider un protocole de prélèvement, et par la suite de déployer de nouvelles mesures dans la région", conclut ainsi l’observatoire.
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