Depuis plusieurs semaines, la métropole lyonnaise est marquée par plusieurs épisodes de violences. Entre fusillades liées au narcotrafic ou policiers visés par des guets-apens, l’État occupe le terrain, mais seules des "solutions pérennes" pourront apporter des résultats, assure Alain Barberis, secrétaire départemental d’Alliance Police Nationale dans le Rhône.
Si ces faits divers ne datent pas d’hier, ils semblent s’intensifier depuis plusieurs semaines dans l’agglomération lyonnaise. Après des fusillades liées au narcotrafic à Vénissieux, Villeurbanne ou encore Décines-Charpieu, des policiers ciblés par des guets-apens à Rillieux-la-Pape les 22 avril et 3 mai, l’État tente d'occuper le terrain pour garantir la sécurité des riverains. À la demande de la préfète du Rhône, Fabienne Buccio, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a accordé le 5 mai une unité de CRS "en complément des deux déjà présentes dans l’agglomération lyonnaise en permanence et la CRS 83."
Malgré cette présence policière renforcée, les délinquants ne semblent plus effrayés. Encore hier, jeudi 7 mai, trois individus ont refusé d’obtempérer dans le 7e arrondissement de Lyon et n’ont pas hésité à tirer sur les forces de l’ordre avec un fusil à canons sciés. La course-poursuite s’est achevée 30 minutes plus tard, dans l’Ain. L’un des policiers a été blessé à la jambe après avoir été percuté par le véhicule mis en cause.
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"Lorsque l’on veut gagner une guerre, il nous faut une armée"
"Cette explosion de violences est multifactorielle", assure Alain Barberis, secrétaire départemental d’Alliance Police Nationale dans le Rhône. "Il y a une pression qui est mise sur les trafics de drogues, avec des opérations qui ont permis beaucoup de réussites, mais on vide l’océan avec une petite cuillère. Depuis un certain temps déjà, nous alertons sur le manque de moyens humains. Lorsque l’on veut gagner une guerre, il nous faut une armée", martèle-t-il. Le secrétaire départemental d’Alliance Police Nationale appelle une nouvelle fois à "un choc d’autorité" de la part de la justice pour lutter contre la "crise d’autorité" que connaîtrait la France. "On a franchi un nouveau cap et la réponse pénale n’est pas à la hauteur pour dissuader les délinquants. Lorsque quelqu'un s'en prend aux forces de l'ordre, c'est la prison tout de suite et pour longtemps", ajoute-t-il.
Des délinquants qui viennent désormais de l’étranger, comme cela avait été le cas en janvier dernier avec l’arrestation de cinq ressortissants colombiens soupçonnés du meurtre d'une balle dans la tête d'un homme de 23 ans à Écully, dans la banlieue de Lyon, le 12 novembre. "Le trafic de drogues génère énormément d’argent. En 2025, on l’estimait à plus de 7 milliards d’euros sur le territoire, mais je pense qu’on est bien en dessous des réalités. Un point de deal, ce sont des milliers d’euros par jours, et aujourd’hui, il y a des pieuvres qui s’implantent sur le territoire, jusque dans des territoires ruraux. C’est un vrai fléau qu’il faut combattre pour que la France ne devienne pas un narco-État", lance encore Alain Barberis.
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"L’Etat ne réagit que dans l’urgence"
Plus de moyens humains, plus d’autorité, mais surtout des moyens durables. "L’Etat ne réagit que dans l’urgence. On le voit avec l’unité de CRS envoyée en renfort récemment. Dans les jours qui suivent, ça fonctionne, bien sûr, mais ce n’est pas le but des CRS. L’État doit agir de façon de pérenne", soutient encore Alain Barberis.
Il ajoute : "Lorsque l’on met les moyens, on a des résultats. On le voit dans le quartier du Tonkin à Villeurbanne avec la présence de la brigade spécialisée de terrain (BST) qui fait un super boulot, mais encore une fois, la population est la première victime. Il faut prendre le problème à bras-le-corps. On manque de centaines de professionnels sur le terrain et la sécurité ne pourra passer que par cela", conclut-il.
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