LFI conquiert Vaulx-en-Velin et Vénissieux sur le PC et le PS. Derrière ces victoires, un vote localiste et une question qui dérange : le rôle du fait religieux. Entretien avec Daniel Navrot, politiste.
Lyon Capitale : Ces victoires de LFI à Vaulx et Vénissieux disent-elles quelque chose de nouveau sur la recomposition de la gauche ?
Daniel Navrot : C’est les deux à la fois : la continuation logique des résultats des quatre ou cinq dernières années et, en même temps, quelque chose de significatif. Ce qui est frappant, c’est que ces deux conquêtes sont internes à la gauche : l’une prise au Parti communiste, l’autre au Parti socialiste. Si l’on raisonne en termes d’union des gauches, c’est un jeu à somme nulle. Et si l’on prend de la distance, on voit un parti qui confirme vouloir absorber les autres.
Est-ce un vote d’adhésion à LFI ou un vote plus localiste ?
C’est un vote très localiste que LFI va peut-être chercher à habiller en vote politique d’adhésion ; ce qui n’est pas forcément le cas. On a longtemps parlé d’un vote protestataire pour le Front national ; non fondé sur l’adhésion. On peut se demander si LFI ne bénéficie pas d’un phénomène similaire.
Le risque de communautarisation est-il réel ?
Ces villes ont une sociologie très singulière : des taux de logements sociaux deux à trois fois supérieurs à la moyenne nationale, une population immigrée dans les mêmes proportions, un taux de pauvreté très élevé. Tout cela génère, de facto, une certaine forme de communautarisme que La France insoumise cherche à politiser. Mais le pari n’est pas totalement gagné : les taux de participation restent très faibles, 37 % à 38 %. Il existe encore un important réservoir d’abstentionnistes qui ne la suivent pas.
"Dans de nombreuses villes conquises par LFI, des élus font le constat qu"ils n’ont pas su accompagner ces nouvelles populations et se sont appuyés sur des structures religieuses."
André Gerin évoque le risque d’islamisation. Est-ce un fantasme ?
C’est une réalité. Les communistes n’ont pas été les seuls à commettre cette erreur, les socialistes aussi. Dans de nombreuses villes aujourd’hui conquises par LFI, des élus font le même constat que Gerin : ils n’ont pas su accompagner ces nouvelles populations et se sont appuyés sur des structures religieuses. Ils ont ainsi ouvert la voie à la situation dont bénéficie LFI aujourd’hui.
Ces mairies seront-elles des laboratoires de LFI ?
Laissons les nouveaux édiles gouverner. Ce qui est certain, c’est qu’il faudra observer si les maires disposent d’une vraie autonomie dans la gestion municipale, ce qui ne correspond pas nécessairement à la culture de La France insoumise. Les deux sont possibles. Vénissieux, Vaulx-en-Velin et Saint-Fons constituent désormais le bastion le plus important de LFI après la Seine-Saint-Denis. Il y aura une volonté de s’implanter durablement. Avec peut-être des élus locaux adoptant une posture plus modérée que les positions nationales du parti.
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