©Grégoire Gindre – Lyon Capitale

Reportage à Lyon : plusieurs milliers de grévistes mobilisés pour l'amélioration des conditions de travail

Ce mardi 5 octobre, 6000 grévistes (selon les syndicats, 2500 selon la police) ont déambulé dans les rues de Lyon. Ils réclament des meilleures conditions de travail. Reportage.

Journée de grève massive en France et à Lyon. Plusieurs milliers de manifestants ont déambulé sur le Cours Gambetta entre la Manufacture des Tabacs et la place Bellecour ce mardi 5 octobre à Lyon. "C'est la plus forte mobilisation interprofessionnelle depuis la crise sanitaire" souligne Jérome Bathion, organisateur de la manifestation et membre de l'UD-CGT Rhône.

La convergence des luttes au coeur de la mobilisation

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Il est 11H30 lorsque le cortège commence sa marche en direction du centre-ville de Lyon. Sous la grisaille lyonnaise, soignants, cheminots, électriciens, étudiants, tous viennent dénoncer leurs conditions de travail. "C'est la convergence des luttes" répète sans-cesse une vingtaine de jeunes au milieu du cortège. A la tête du petit groupe, Karel Talali, président de l'UNEF Lyon, et étudiant en master 1 de droit public à Lyon 2 justifie la présence d'étudiants. "Nous nous devions, en tant que futurs actifs, de venir faire converger ce mouvement pour que la lutte se maintienne".

 


"Il faut réfléchir à de vrais enjeux plutôt que d'agiter des chiffons pour essayer de se faire de la pub pour les élections de 2022"
Xavier, auxiliaire de vie à temps partiel


"Tous ensemble, tous ensemble, grève !" crie au micro un des organisateurs de la manifestation. Repris par la foule, les contestataires continuent la mobilisation en marquant des arrêts occasionnels, comme pour regrouper un cortège très largement éparpillé sur le Cours Gambetta. En fin de file, c'est le chant révolutionnaire Bella Ciao qui est largement crié par les manifestants. Une ambiance festive qui ne fait cependant pas oublier les revendications du jour.

Xavier, auxiliaire de vie gréviste le 5 octobre, tient une pancarte. ©Grégoire Gindre - Lyon Capitale

Xavier, auxiliaire de vie à temps partiel, n'est pas satisfait de son augmentation de 50 euros en huit ans. "On a vraiment de quoi avoir peur. Ils nous agitent le spectre de l'islam alors que les problématiques doivent être l'environnement, la vieillesse et surtout la précarité. Les messages que l'on nous envoie ne sont franchement pas rassurants". Très remonté, l'aidant continue son plaidoyer en agitant sa pancarte "il faut réfléchir à de vrais enjeux plutôt que d'agiter des chiffons pour essayer de se faire de la pub pour les élections de 2022".

Chômage, salaires et réforme des retraites dans le viseur

"Au lendemain d'une crise sanitaire, qui se transforme en crise social, le "quoi qu'il en coûte" dont on a tellement entendu parler n'a pas être payé par les salariés" martèle Laurent Aubeleau, cheminot à Perrache et représentant régional CGT. "Les cheminots, les sans-emplois, les salariés du secteur public et privé ont plein de revendications en commun. En tête de liste, il y a la réforme de l'assurance-chômage, ils s'en prennent aux chômeurs en voulant faire diminuer les indemnités" selon Laurent Abeleau. Entrée en vigueur vendredi dernier, la réforme de l'assurance-chômage prévoit notamment de réduire les indemnités des chômeurs « permittents », enchaînant contrats courts et périodes de chômage.

Au niveau de Saxe-Gambetta, face à une escorte de gendarmes, l'ambiance festive de début de mobilisation se dissout au profit des chants "anti-police". Ils s'estomperont eux-aussi quelques minutes plus tard pour que le cortège reprenne en chœur les slogans sur la "mobilisation interprofessionnelle". Parmi leurs revendications, les grévistes réclament plus de pouvoir d'achat et dénoncent "les prix toujours plus importants des tarifs du gaz".


"Dans l'agenda politique, on n'entend pas parler des salaires, des retraites, du chômage, des problèmes de formations chez les jeunes et de la difficulté d'accès à l'université. Nos gouvernants préfèrent seulement parler d'immigration et montent les gens les uns contre les autres"
Gaelle, doctorante


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L'enjeu "de la hiérarchie des problématiques gouvernementales"

Aux alentours de 13h30 sur le pont de la Guillotière, les manifestants dégoupillent plusieurs fumigènes en redonnant de la voix, devant des passants, visiblement pas au courant de la mobilisation du jour. Outre la revalorisation générale des salaires, Gaëlle doctorante non-lyonnaise, vient surtout dénoncer "la hiérarchie des enjeux et problématiques" du gouvernement d'Emmanuel Macron. "Dans l'agenda politique, on n'entend pas parler des salaires, des retraites, du chômage, des problèmes de formations chez les jeunes et de la difficulté d'accès à l'université. Nos gouvernants préfèrent seulement parler d'immigration et montent les gens les uns contre les autres", soutient Gaëlle.

À Lyon, c'est définitivement le sujets mis en avant par le gouvernement, plutôt que d'autres, qui ne passent pas. Le représentant régional de la CGT, Laurent Abeleau, ne comprend pas pourquoi "doubler le nombre de policiers sur la voie publique" (NDLR : Emmanuel Macron a annoncé vouloir doubler les effectifs de police sur la voie publique sur 10 ans. Mesure prise suite au Beauvau de la Sécurité). Au lendemain d'une crise sanitaire, le syndicaliste souhaiterait "doubler le nombre de postes d'infirmiers ou d'aides-soignants."

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Le pass sanitaire également visé

L'arrivée place Bellecour marque la fin de la mobilisation pour les milliers de grévistes. Là, Pierre, aide-soignant libéral, soulève un ultime sujet. Il est suspendu car il refuse la vaccination. "Je me mobilise depuis la loi sur l'obligation vaccinale et le pass sanitaire pour tous. C'est important d'être dans la rue pour manifester son mécontentement et exprimer la colère du milieu soignant", conclut-il.

Réforme des retraites, revalorisation salariale, réforme de l'assurance-chômage et même pass sanitaire, la convergence des luttes étaient bien présente ce mardi 5 octobre dans les rues de Lyon.

Lire : Grève du 5 octobre : manifestation, écoles, transports, quelques perturbations à Lyon

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