Dans les prochains mois la Ville de Lyon pourrait encore réduire la mise en lumière de ses bâtiments afin d’atteindre une plus grande sobriété énergétique. © Tim Douet

En 2023, la facture d’énergie de la ville de Lyon devrait passer de 20 à 40 millions d’euros

À quelques mois du début d’un hiver qui s’annonce rigoureux sur le plan de la consommation énergétique, la Ville de Lyon planche sur les moyens à court terme pour réduire sa facture, qui pourrait bondir de 20 à 40 millions d’euros en 2023 sous l’effet de la crise de l’énergie. "Toutes les options sont sur la table" assure la mairie de Lyon. 

Entre la crise du gaz liée à la guerre en Ukraine, le parc nucléaire français en grande partie à l’arrêt pour cause de maintenance, et la sécheresse qui réduit fortement la production des centrales hydroélectriques, les énergies deviennent une denrée rare et surtout de plus en plus coûteuse. Semaine après semaine, le spectre du risque de coupures d’énergie cet hiver devient de plus en plus réel et les collectivités nationales et locales ne cessent d’appeler à la sobriété. 

Pour aider les ménages les plus modestes à passer l’hiver, l’État a annoncé cette semaine le versement exceptionnel à la fin de l’année à 12 millions de foyers, soit 40% des ménages, d’un chèque énergie de 200 euros pour les 20% les plus modestes, et 100 euros pour les autres 20%. À cela, la Première ministre Elisabeth Borne a annoncé un plafonnement à 15% de la hausse des prix du gaz et de l'électricité en 2023. Un bouclier tarifaire sensé limiter la casse pour les ménages, mais aussi les copropriétés, les logements sociaux, les petites entreprises et les plus petites communes, environ deux tiers d'entre elles selon la cheffe du gouvernement. Sans ce "bouclier", les tarifs auraient augmenté de 120% d'après l'Élysée.


"La sobriété ca veut dire remettre en cause des besoins d’énergie, aller chercher ce qui est superflu et surtout prioriser", Sylvain Godinot, adjoint au maire de Lyon en charge de la Transition écologique


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La chasse au superflu

Avec un coût de 45 milliards d'euros "bruts" en 2023, mais 16 milliards d'euros en "net", pour l’État la facture de ce bouclier tarifaire s’annonce salée. Tous ne pourront néanmoins pas en bénéficier, à commencer par la Ville de Lyon dont la facture d’énergie devrait "doubler en 2023 pour atteindre 40 millions d’euros. C’est absolument énorme", alerte Sylvain Godinot, le 2e adjoint au maire de Lyon en charge de la transition écologique et du patrimoine. Selon lui, le seul moyen d’enrayer cette inflation astronomique serait que l’État permette à la Ville de "revenir à un tarif régulé" pour faire face à un "marché fou".

Le Parc de la Tête d'Or avec ses serres et son Zoo représente le plus gros poste de dépenses de la Ville de Lyon en matière d'énergie. @ William Pham

En attendant, la Ville a décidé de miser sur la sobriété pour "passer l’hiver". "Ça veut dire remettre en cause des besoins d’énergie, aller chercher ce qui est superflu et surtout prioriser", précise Sylvain Godinot. Non sans ajouter que l’heure est désormais trop tardive pour faire des travaux d’ampleur en prévision de cet hiver. Ce travail, la municipalité rappelle l’avoir engagé depuis le début de son mandat "avec une programmation de travaux de rénovation énergétique ambitieuse", mais il ne sera pas conclu tout de suite, "il faut quelques années pour que cela arrive". 

Des mesures à court terme

Pour atteindre son objectif de -10% de consommation d’ici 2024 "donné par le gouvernement", la municipalité a donc mis sur un pied un groupe de travail réunissant toutes les couleurs politiques du conseil municipal qui doit se réunir 4 fois lors des 4 prochaines semainespour plancher sur la question. "On ne peut pas faire peser l’effort sur un seul secteur, il faut qu’il soit reparti entre les acteur culturels, les acteurs du sport, l’administration de la ville, les scolaires, les usagers des crèches… On va demander à tout le monde de contribuer", prévient Sylvain Godinot. 


"On ne va pas baisser le chauffage de la même façon dans un musée, dans un crèche, dans une piscine…", Sylvain Godinot, adjoint au maire de Lyon en charge de la Transition écologique


L’élu écologiste, qui mène actuellement un travail avec les équipes techniques de la ville pour "estimer là où les marges de gain sont les plus intéressantes et les moins pénibles pour les usagers", assure que toutes les options sur la table. Le chauffage des bâtiments qui a déjà été ramené à 19°c pourrait ainsi encore être baissé, selon les équipements en tenant compte de leur spécificité, et l’éclairage du plan lumière déjà réduit 4 jours par semaine pourrait lui aussi faire les frais de cette sobriété. 

Vues de Lyon
La Ville de Lyon appelle les acteurs publics et privés à montrer l’exemple notamment dans les éclairages décoratifs. "On parle des mises en lumière des tours de la Part-Dieu, de celles pilotées par la ville, des commerces qui restent illuminés après l’heure légale", explique Sylvain Godinot.  © Romane Thevenot

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Les piscines pourraient faire les frais de la sobriété

"Des questions plus difficiles" vont aussi se poser à la municipalité dans les prochaines semaines, à savoir "la fermeture partielle ou complète d’équipements". Sylvain Godinot, l’assure la question n’aurait pas encore été tranchée, mais serait bien étudiée en solution de dernier recours. La baisse de la température et du chauffage des piscines, qui représentent aujourd’hui une dépense de 1,5 million d’euros par an en termes d’énergies, et leur fermeture partielle est donc loin d’être utopique . "On peut envisager toutes les choses", rétorque simplement l’adjoint de Grégory Doucet, "il n’y a pas de tabou". 


"À la ville de Lyon, le coût de fonctionnement des piscines est de 1,5 millions, sur une facture globale d’énergie de 20 millions d’euros (éclairage publique, carburants et fluides)", Sylvain Godinot, adjoint au maire de Lyon en charge de la Transition écologique


En plus de bâtiments culturels et administratifs très énergivores, la Ville doit aussi composer avec la gestion de la Bibliothèque de la Part-Dieu et son silo de conservation qui doit être déshumidifié est chauffé tout au long de l’année et surtout le Parc de la Tête d’Or, qui représente le plus gros poste de dépenses en termes d’énergie de la Ville de Lyon. Avec "ses serres et son Zoo, c’est une sorte d’Ovni", lâche Sylvain Godinot. 

Pour l’heure, aucune mesure n’a donc officiellement été arrêtée, mais l’élu écologiste assure que même en l’absence de consensus du groupe de travail le maire de Lyon prendra sa décision. À l’entendre l’enjeu serait trop important, "car il y a quand même la menace d’une coupure du réseau électrique et ça la plupart des Lyonnais ne l’ont jamais connu de leur vie".

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