Mémorial
Le « mémorial du génocide des Arméniens et de tous les crimes contre l’humanité », à Lyon, place Antonin Poncet

Brouilles autour de la commémoration du génocide des Arméniens à Lyon

La communauté arménienne de la métropole de Lyon "en colère" et "blessée" par l'horaire choisi par le maire de Lyon.

Si la France reconnaît le génocide arménien depuis 2001, ce n'est qu'en 2019 qu'Emmanuel Macron a décidé de faire du 24 avril un jour de commémoration annuelle du génocide de 1915, honorant ainsi une promesse faite lors de sa campagne électorale de 2017.

Cette date célèbre l'anniversaire de la rafle, ordonnée par le ministre de l'intérieur Talaat Pacha du gouvernement Jeunes-Turcs,  de 235 à 270 intellectuels arméniens à Constantinople, avant l’extermination de plus d'1,2 million d’Arméniens.

"En rendant hommage aux victimes du génocide arménien, la France est fidèle à elle-même, fidèle à ses valeurs, c’est son honneur que de l’assumer, avait alors déclaré le Premier ministre et chef du gouvernement Edouard Philippe, qui présidait à Paris la première commémoration officielle. Elle ne se laissera impressionner par aucune pression ni par aucun mensonge. Ce que nous recherchons, c’est l’exactitude historique, et la réconciliation."

Calendrier républicain

Dans le décret présidentiel relatif à la commémoration annuelle du génocide arménien de 1915, on pouvait lire : "Chaque année, à cette date, une cérémonie est organisée à Paris. Une cérémonie analogue peut être organisée dans chaque département à l’initiative du préfet."

Cette "journée nationale" se déroule à Lyon, depuis  le 24 avril 2019.  Lyon est alors encore à l'ère Collomb. La commémoration se déroule comme d'habitude. Les deux formats (cérémonie officielle et rassemblement de la communauté arménienne) se font dans le même temps,  comme un grand rassemblement régional.

En 2020, le Covid est passé par là. Lyon pratique son premier confinement. Gérard Collomb, qui vit ses dernières semaines en tant que maire (Grégory Doucet a remporté les élections municipales de mars mais ne sera officiellement élu que le 6 juillet), le préfet du Rhône et le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) organisent une cérémonie a minima, avec très peu d'invités. La situation sanitaire oblige les églises à imposer des jauges.

En 2021, La France et Lyon vivent leur troisième confinement. C'est la première commémoration que Grégory Doucet préside en tant que maire de Lyon.  La célébration est fixée en fin de matinée, avec une jauge de trente personnes. "L'usage veut que les trois cultes, juif, musulman et chrétien, soient invités, explique une figure de la communauté arménienne lyonnaise. Ils ont refusé. Et Georges Képénékian, ancien maire de Lyon dont on connaît le fort engagement dans la reconnaissance du génocide arménien, n'a été invité qu'au dernier moment, sous la pression des Arméniens de la métropole." Le CCAF organise tout de même une célébration religieuse avec une vingtaine de parlementaires et une marche partant du consulat de Turquie jusqu’au mémorial du génocide arménien, place Antonin Poncet.

Cette année 2022, pour le 107e anniversaire du génocide des Arméniens, deux temps sont prévus, dimanche 24 avril. A 11h00, place Antonin Poncet, devant le "Mémorial du Génocide des Arméniens et de tous les crimes contre l'humanité", une commémoration républicaine est portée par la Ville de Lyon, la préfecture du Rhône et le Conseil de coordination des organisations arméniennes de France.

Selon le CCAF, une soisantaine de personnes a été invitée.


Le mémorial de Lyon

Il est composé de trente-six stèles, feuilles de pierres blanches, qui émergent du bitume et s'élevent à 3,38 mètres du sol. C'est l'oeuvre de l'architecte Léonardo Basmadyian. Les stèles, placées en suivant le positionnement des notes sur la partition d'une messe arménienne composée par Komitas, sont orientées à l'Ouest en signe de remerciement adressé en l'occurrence à la ville de Lyon qui accueille ce mémorial. Le mémorial a été inauguré en 2006 par le maire de Lyon Gérard Collomb et le ministre des transports Dominique Perben (candidat déclaré aux municipales de 2008), représentant le président de la République.


Un autre temps, celui de la communauté arménienne, est organisé. A 14h30, se tiendra un office religieux à l'église arménienne de Lyon (3e arrondissement). Grégory Doucet ne participera pas à cette traditionnelle célébration religieuse.

A 16h00, partira de l'église une marche pour rallier le mémorial (2e arrondissement). Cette marche symbolise les "marches de la mort", la déportation dans le désert des Arméniens, livrés aux assassinats et aux violences.

"la Ville de Lyon fait une cérémonie a minima"

L'horaire choisi pour la cérémonie officielle semble avoir mis le feu aux poudres. "Le maire a imposé 11h00, quand tout le monde est à l'église. Une demi-douzaine de réunions se sont tenues, à croire qu'elles n'ont pas servi à grand chose" s'attriste un ancien, 84 ans, qui a oeuvré pour l'installation du mémorial à Lyon. Les associations arméniennes s'émeuvent de la "très forte probabilité qu'il y ait très peu de monde" lors de la commémoration républicaine de 11h00.

"Cette année, la Ville de Lyon ne fait qu'une cérémonie strictement protocolaire, une célébration a minima, purement locale, lyonno-lyonnaise. Le temps du grand rassemblement historique régional de fraternité et de solidarité n'existe désormais plus. Cela nous met en colère et nous blesse beaucoup." renchérit un petit groupe d'Arméniens très écoutés  dans la communauté métropolitaine.

La mairie de Lyon précise que comme toute cérémonie officielle, les parlementaires, l'ensemble des associations à travers le CCAF ont été invités.

 

Pour aller plus loin :

  • L'enquête de Lyon Capitale : L’inéluctable assimilation des Arméniens
  • Le point de vue de la sociologue Laurence Ritter, dont la thèse de doctorat porte sur "Les recompositions de l’identité arménienne, diaspora/Arménie : de la victime au sujet" : "L’identité arménienne est devenue plurielle"

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