Émilie Brot, directrice générale du Parc industriel de la Plaine de l'Ain (PIPA), est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Le Parc industriel de la Plaine de l'Ain (PIPA) célèbre cette année ses 50 ans. Situé à une quarantaine de minutes de Lyon, ce site de 1 000 hectares, présenté comme le plus grand parc industriel d'Auvergne-Rhône-Alpes, accueille aujourd'hui 190 entreprises et près de 8 000 salariés. Sa directrice générale, Émilie Brot, est revenue sur la genèse du parc, né dans le contexte des années 1960-1970, entre la construction de la centrale nucléaire du Bugey, les projets de villes nouvelles et la volonté de délocaliser certaines activités industrielles. "Tous ces faisceaux ont amené un éclairage sur le parc et l'ont conduit à se développer et à se construire dès les années 1975-1976."
Un modèle qui doit s'adapter
Alors que le modèle des grands parcs industriels périphériques est questionné, notamment en raison de la dépendance à la voiture ou des contraintes liées à l'artificialisation des sols, Émilie Brot défend la capacité d'adaptation du PIPA. "Il est viable si le PIPA s'adapte. C'est comme une entreprise", affirme-t-elle. Le syndicat mixte mise désormais sur la densification du foncier, la requalification de sites et la mutualisation des infrastructures. Plus récemment, le PIPA a également inauguré une centrale en autoconsommation collective. "Le modèle est viable parce qu'on va mutualiser à l'échelle d'un collectif d'entreprises", estime sa directrice générale.
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La retranscription complète de l'émission :
Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission « 6 minutes chrono », le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, on va parler de la plaine de l'Ain et même du Parc industriel de la Plaine de l'Ain, le PIPA, qui fête ses 50 ans. Le Parc industriel de la Plaine de l'Ain est situé à 40 minutes du centre-ville de Lyon.
C'est 1 000 hectares, c'est le plus grand parc industriel de la région Auvergne-Rhône-Alpes. On compte 190 entreprises et environ 8 000 personnes y travaillent chaque jour. Pour ces 50 ans, nous recevons sa directrice, Émilie Brot.
Merci d'être venue sur le plateau, Émilie Brot. Bonjour. On va rentrer dans le vif du sujet. D'abord, pour le Lyonnais moyen, qu'est-ce qu'un parc industriel ?
Un parc industriel, c'est un lieu géographique, c'est un périmètre dans lequel on va retrouver des industries, des entrepôts, des entreprises de services, des gens qui vont travailler pour ces sociétés-là, et également des services, des restaurants, des hôtels, pour pouvoir accueillir ensuite des visiteurs commerciaux, etc.
Alors, c'est dirigé par une instance qui est appelée le syndicat mixte du PIPA. Il est composé de qui ? Est-ce que vous pouvez nous expliquer un peu le détail ?
On est une entité publique mais, pour vulgariser un petit peu, on peut dire que j'ai quatre actionnaires dans mon tour de table. J'ai la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui représente 46 % de mon tour de table, la Communauté de communes de la Plaine de l'Ain, sur laquelle le PIPA est installé, qui en représente 40 %, le département de l'Ain, qui a été le financeur historique de ce territoire, et la Métropole de Lyon, qui a également 4 % de notre actionnariat.
Et vous, en quoi consiste votre rôle en tant que directrice générale du PIPA ? Quelles sont vos missions ?
On s'occupe de tout sur ce territoire-là. Mon terrain de jeu, c'est vraiment le PIPA. Dans ce terrain de jeu, on va faire l'aménagement de l'espace, la commercialisation des terrains ou leur location en fonction du modèle qui est choisi.
On va aussi assurer la gestion des infrastructures puisqu'on vend l'eau potable aux entreprises ainsi qu'aux communes environnantes. On assure l'assainissement, donc on est propriétaire d'une station d'épuration. On entretient les voiries, l'éclairage, les réseaux d'eau pluviale.
En fait, on s'occupe de tout, sauf de l'électricité et du gaz, qui sont sous la responsabilité d'Enedis et de GRDF.
C'est presque une relation propriétaire-locataire. On pourrait faire la métaphore ?
Oui, mais on n'est pas une copropriété non plus. On n'a pas une ASL, mais effectivement, on va vendre ou louer le terrain à nos entreprises et ensuite vivre en bon voisinage, finalement comme dans un espace public résidentiel.
Très bien. On vous reçoit à l'occasion de vos 50 ans, ce n'est pas rien. Est-ce que vous pouvez nous donner quelques éléments sur la genèse du parc industriel, dans quel contexte il est né, et quelques points à retenir sur l'histoire du site ?
Le développement du PIPA, ou en tout cas la réflexion autour de sa création, date des années 1965-1970. Il y a eu quatre faisceaux historiques vraiment majeurs. Le premier, c'est la construction de la centrale nucléaire du Bugey, qui n'est pas dans le périmètre du PIPA mais qui est notre grand voisin.
À l'époque, cette centrale devait avoir une durée de vie de 20 ans, peut-être 30, et les élus se sont dit qu'au terme de sa fermeture, il allait falloir trouver un outil de développement économique qui accueille tant les emplois que la fiscalité et qui prolonge la manne financière développée par la centrale nucléaire du Bugey.
Le deuxième événement, c'est que, dans les années 1965, on est dans l'après-guerre, avec le développement des villes. L'État a une politique d'aménagement de villes nouvelles. Par exemple, entre Lyon et Grenoble, il y a L'Isle-d'Abeau qui est créée et, entre Lyon et Genève, il y avait l'objectif de créer une autre ville nouvelle qui devait être la Plaine de l'Ain.
Le troisième faisceau historique, c'est l'accident de Feyzin, en 1966, me semble-t-il, avec l'idée de délocaliser la chimie, qui était considérée comme beaucoup trop proche de Lyon ; les industries lourdes étaient beaucoup trop proches de Lyon.
Enfin, dernier faisceau historique : la recherche d'une implantation de raffinerie de pétrole en 1971. Le choc pétrolier intervient en 1973 et le projet n'a pas vu le jour.
Mais, en tout cas, la chimie ne s'est pas tant délocalisée que cela parce qu'elle n'est pas sur roulettes, le choc pétrolier a eu lieu, le projet de raffinerie a été abandonné, la centrale nucléaire du Bugey est toujours là, la politique de ville nouvelle ne s'est pas concrétisée sur le PIPA, mais tous ces faisceaux ont amené un éclairage sur le parc et l'ont conduit à se développer et à se construire dès les années 1975-1976.
D'accord. Justement, en parlant de modèles de développement, est-ce qu'on peut aussi interroger aujourd'hui ce type de site ? Ma question est la suivante : ce modèle est-il toujours viable en 2026 ? On est quand même à 40 minutes du centre-ville de Lyon, en pleine campagne. Quand on regarde la carte, aux alentours ce sont des champs. Cela oblige aussi à des mouvements pendulaires de salariés qui sont dépendants de leur voiture. Il y a quand même des inconvénients dans un modèle qui a été pensé il y a plus de 50 ans. Les mentalités ont changé et les développements économiques aussi. Pourquoi est-ce que, pour vous, cela reste actuel ?
En fait, il est viable si le PIPA s'adapte. C'est comme une entreprise, comme tout. Si on continuait à développer le PIPA comme on le faisait dans les années 1980, c'est sûr que, pour moi, sa fin serait très rapide.
Aujourd'hui, on travaille sur des sujets de densification du foncier, sur des sujets de requalification de sites. On mutualise aussi les infrastructures : on ne fait pas une route ou une station d'épuration pour quelques entreprises, on les fait pour les 190 d'aujourd'hui, peut-être 200 ou 230 demain. En plus, on fait évoluer nos métiers, c'est-à-dire qu'un parc industriel ne se résume plus à amener de l'eau et de l'électricité ; je schématise un peu.
Aujourd'hui, on a récemment inauguré une centrale en autoconsommation collective. On produit de l'électricité que l'on revend à nos entreprises. Pour moi, le modèle est viable parce qu'on va mutualiser à l'échelle d'un collectif d'entreprises, et cela, on peut le faire et le rationaliser si on a un nombre suffisant de sociétés.
Et les lois qui viendraient limiter l'artificialisation des sols ne vont pas forcément dans le sens d'un étalement infini du site. Comment est-ce que vous pouvez vous accommoder de ces nouvelles contraintes, même si elles ont été nuancées ces derniers mois ?
En fait, on challenge nos pratiques, tout simplement. On ne fait pas que vendre, maintenant on fait de la location, on fait ce qu'on appelle des baux à construction, on va densifier. Avant, on travaillait beaucoup sur les espaces verts ; on continue à travailler sur les espaces verts, mais désormais on va travailler sur leur qualité en intégrant des coefficients de biotope.
En fait, on n'a pas d'autre choix que de s'adapter. C'est la réglementation. Il faut le voir comme un levier d'opportunité. Le rôle du gestionnaire et du syndicat mixte est justement de faire avec cette multiplicité de réglementations tout en continuant à faire avancer un parc qui est aujourd'hui mature et qui a également des entreprises qui poussent derrière.
Très bien, ce sera le mot de la fin. On arrive déjà au bout des « Six minutes chrono ». Merci d'être venue sur notre plateau. Vous avez raison puisque la question était : le modèle est-il toujours viable ? En tout cas, il attire de grosses entreprises.
Avant de conclure, je signale juste que Safran est en train de s'installer sur votre site et que les équipes de l'EPR2, sur le site nucléaire de la centrale du Bugey, arrivent également. Merci en tout cas d'être venue sur notre plateau, merci d'avoir suivi cette émission. Plus de détails sur le développement économique du territoire sur le site lyoncapitale.fr. Je vous dis à très bientôt.
