Parmi les nombreux spectacles et bals programmés aux Nuits de Fourvière, quatre ont retenu notre attention autour de la danse, du cirque et de la performance.
Après son solo VanThorhout qui sondait sa masculinité et sa féminité par la manipulation à bout de bras d’un marteau souple et Foreshadow présenté lors de la Biennale de la danse 2023 où, en utilisant le mur comme partenaire de danse, il réussit à créer une gestuelle à la fois ludique et innovante, le circassien/chorégraphe belge Alexander Vantournhout revient à Lyon avec Frames.

Là encore les corps défient la contrainte (base de son travail), l’équilibre et la gravité avec un élément théâtral, le cadre, souvent considéré comme acquis et qui façonne le regard du public.
Proposée hors les murs et en déambulation, cette performance constituée de plusieurs cadres (ou tableaux) explore des architectures de corps faisant exploser les limites imposées pour faire émerger des mouvements qui résonnent avec l’environnement autour et offrir de nouvelles perspectives visuelles et émotionnelles (du 15 au 19 juillet au parc de Lacroix-Laval).

La chorégraphe Blanca Li débarque avec Le Bal de Paris, un spectacle qui a obtenu en 2021 à la 78e Mostra de Venise le prix de la meilleure expérience de réalité virtuelle et invite des spectateurs guidés par deux danseurs à un bal masqué au cœur de trois décors féeriques.
Équipés de casques de réalité virtuelle, ils sont ainsi plongés dans un jardin aux effluves merveilleux, un labyrinthe mystérieux et une salle de bal, vêtus de costumes créés par la maison Chanel tandis qu’ils ont des têtes d’animaux et interprètent des personnages en interaction. Lors de ce bal, qui a ses moments de réalité, de nombreuses danses sont proposées comme le french cancan ou la valse, la pièce se terminant dans une ambiance Moulin Rouge qui fait apparaître par la 3D les vraies danseuses du cabaret.
Le spectacle abroge la frontière entre danseurs et spectateurs puisque ceux-ci peuvent participer à la fête en rejoignant, selon leurs envies, les interprètes comme les invités déjà présents sur scène (du 9 au 11 juillet au théâtre Théo-Argence à Saint-Priest).
Ce sera peut-être un des événements des Nuits car il est rare de voir à Lyon du cirque venant d’Afrique du Sud, comme c’est le cas ici avec le Zip Zap Circus qui est plus précisément la compagnie professionnelle prolongeant l’école de cirque social Zip Zap basée au Cap depuis trente ans.
Celle-ci utilise les différentes pratiques de cet art comme levier d’épanouissement et d’émancipation pour la jeunesse sud-africaine en proie à la précarité et la violence.
Moya nous fait découvrir dix jeunes diplômés qui ont connu la rue et des difficultés pour se construire, exprimant un parcours fait d’obstacles et d’espoir, de rencontres et de fraternité. Ils déroulent un véritable show acrobatique s’appuyant sur d’innombrables techniques de cirque (sangles aériennes, roue Cyr, jonglage, balles rebonds, tissu, banquine, trapèze, portés, équilibre), auxquelles ils ajoutent le
Pantsula et le Gumboot, danses contestataires et libératrices que l’on connaît bien à Lyon.
Explorant tout un héritage culturel d’Afrique du Sud, la pièce célèbre aussi la diversité d’une nation colorée composée de onze langues, illustrant les valeurs de réunification portées par Nelson Mandela (le 6 juillet au grand théâtre de Fourvière).
Avec Orchestre vide, longing for you, le chorégraphe d’origine tunisienne Habib Ben Tanfous invente un karaoké pas comme les autres où cinq interprètes venus d’horizons différents (performance, hip-hop, danse contemporaine) expérimentent ce qu’ils sont à travers les mots de chansons d’une époque qu’ils n’ont pas connue.
Entre démesure, silence, écoute, délires gestuels et musicaux, ils s’emparent de cet espace où les corps se libèrent des contraintes pour se dévoiler sans la pression d’un jugement ou de la perfection. Ils créent des histoires qui leur sont propres, transformant le karaoké en un lieu où le passé, le présent et le futur se méangent, une expérience collective qui permet aussi aux corps marginalisés et souvent invisibilisés d’exister pleinement. La performance étant accueillie aux Subs sous la verrière, il est à noter qu’une heure avant, les spectateurs sont invités sur la terrasse à plonger dans un karaoké géant et gratuit avec les artistes (les 8 et 9 juillet à 21 h 30).
