À l’occasion de l’Assomption, le père Louis Menvielle, 72 ans, chapelain du sanctuaire de Notre-Dame de Fourvière, revient pour Lyon Capitale sur le sens de cette fête chrétienne, la tradition de la procession aux flambeaux et l’attachement historique des Lyonnais à la Vierge Marie.
Lyon Capitale : Père Louis Menvielle, d'où venez-vous ?
Père Louis Menvielle : Lyon m'a accueilli il y a trois ans. Mais j'ai 44 ans de sacerdoce. J'ai été ordonné par le pape Jean-Paul II en 1982. J'ai eu plusieurs ministères, puis j'ai passé 22 ans au Vatican. Au bout de 22 ans, avec la limite d'âge, il fallait arrêter, donc je suis revenu en France. Et alors là, je n'aurais jamais imaginé que le bon Dieu me préparait ce ministère. Le sanctuaire de Lyon, c'est le paradis, puisque comme dans tous les grands sanctuaires du monde (Guadalupe, Lourdes, Fatima), la Vierge Marie agit et attire les gens, car elle a la tendresse maternelle qui est le reflet de la tendresse de Dieu. Presque tous les jours, je me dis "mais comment je peux vivre quelque chose d'aussi magnifique ?".
Pourquoi avoir choisi Lyon à votre retour en France ?
En réalité, ce n'était pas mon choix. Je fait partie d'un institut et mon responsable avait choisi pour moi après mon passage à Rome. Il voulait que je fasse de la prédication à mi-temps, et être dans un sanctuaire. Pour cela, il fallait un aéroport, une gare... Et, par hasard, même si cela n'existe pas, je suis arrivé à Lyon il y a maintenant trois ans de cela.
Expliquez-nous alors l'Assomption ? Quelle est la différence avec l'Ascension ?
C'est très simple. Jésus est le fils de Dieu. Quand ce dernier a décidé que son fils s'incarnerait, il a choisi une femme pour qu'il puisse naître. Cette femme est Marie. Elle a porté dans son sein le fils de Dieu et l'a donné à l'humanité.
Quand Jésus est mort, il est monté au ciel, car le corps de Dieu ne peut pas connaître la corruption physique (ndlr, la décomposition du corps après la mort). Il y est monté de son plein gré. C'est ce qu'on appelle l'Ascension, qui vient du mot latin Ascensius, signifiant le fait de monter activement.
Mais Marie, qui a un corps sain car elle a porté le fils de Dieu, ne pouvait pas non plus connaître la corruption. Elle est donc, elle aussi, montée au ciel avec son corps et son âme. Ça, c'est l'Assomption, l'évènement que l'on fête aujourd'hui. Cela vient d'un autre mot latin Assumptus, qui est le fait d'élever de manière passive, car c'est Dieu qui a fait monter Marie au ciel.
Mais alors pourquoi y-a-t-il une procession aux flambeaux la veille du 15 août ?
La réligion chrétienne n'est pas simplement une réligion spirituelle. Elle est très incarnée. Par exemple, les fidèles viennent voir des prêtres pour se confesser. Nous sommes un corps et une âme, donc notre prière doit aussi engager notre corps. C'est pour cela que la procession existe. À Fatima, au Portugal, les femmes et les hommes effectuent la procession à genoux pour engager pleinement leur corps dans la prière.
Dans celle que nous venons de faire ce vendredi à Lyon, nous étions d'abord tous ensemble, comme dans une église. Ensuite, nous avons prié vocalement, certes, mais nous avons aussi engagé notre corps en marchant vers le lieu le plus saint, la basilique.
D’où vient précisément ce lien si particulier entre Lyon et la Vierge Marie ?
En 1638, Louis XIII a consacré la France à la Vierge. Cinq ans plus tard, la peste touche Lyon. Les Lyonnais montent ici, à Fourvière, et disent à la vierge : "sauvez-nous. Si vous nous sauvez, on fait le vœu de revenir chaque année, de vous offrir un écu d'or et de la cire pour faire des cierges". Depuis 1643, elle les a sauvés, et ils viennent. Le 8 septembre, j'ai encore vu cet amour pour la Vierge et je trouve ça fabuleux.
Maintenant, est-ce les Lyonnais qui ont choisi la sainte Vierge, ou la Vierge qui a choisi les Lyonnais ? Je pense que ça vient d'elle. Dès qu'il y a un problème à Lyon, on monte ici.
Ces derniers mois, nous avons beaucoup évoqué un regain de la foie chrétienne. Vous l'avez aussi ressenti ?
Il se trouve que nous vivons en ce moment en France un regain unique de la foie chrétienne, après avoir connu un refroidissement énorme. Pour nous, c'est très clair : l'esprit sain travaille dans le coeur des gens. À Lyon, les gens viennent voir la vue, puis ils sont rapidement attirés par l'intérieur de la basilique. On estime qu'il y aurait 80% d'entrées dans la basilique de la part des personnes qui se rendraient à Fourvière. En entrant, beaucoup sont apaisés et sentent quelque chose qu'ils n'avaient jamais perçus dans leur cœur.
Chez les jeunes, nous avons ressenti ce phénomène un mercredi des Cendres. Lors de la messe de 17h30, la basilique était remplie de jeunes fidèles. On ne s'y attendait pas du tout ! On pense que les réseaux sociaux ont un rôle important dans ce regain, car plusieurs influenceurs incitent à se rendre dans les églises.
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