Six ans après l'arrivée des écologistes, la délinquance lyonnaise est forte hausse, avec un pic est historique en 2025. Pour 52% des Lyonnais, la sécurité est la priorité absolue de ces municipales, un verdict qui ressemble à une mise en accusation.
Des chiffres qui ne trompent pas. Les faits constatés à Lyon intramuros ont bondi de 60 323 en 2021 à 71 147 en 2025, soit une progression de 18% en quatre ans. Une hausse qui s'accélère nettement sur la dernière année, faisant de 2025 l'année la plus chargée du mandat de Grégory Doucet.
Un mot sur la méthode. Nous avons fait le choix de ne pas prendre 2020 comme point de départ, année Covid, année de confinements, année où la délinquance a mécaniquement chuté, faute de déplacements. Nous avons donc choisi 2021, la première année pleine, sans confinement, sans biais. Le résultat, +18 % en quatre ans, est déjà suffisamment parlant.
+20% de violences volontaires
Ces chiffres sonnent comme un désaveu. La sécurité a longtemps été le point aveugle de l'exécutif écologiste. Et c'est sous la pression de la préfecture et d'une partie de la population qu'elle s'en est finalement emparée, en fin de mandat, quand il était déjà trop tard pour inverser la tendance.
Parmi les indicateurs les plus alarmants, les violences volontaires (+12%), les vols avec violence (+20%). Les vols à la roulotte (commis dans ou sur un véhicule) ont, quant à eux, quasiment doublé en quatre ans, passant de 7 567 en 2021 à 11 927 en 2025 (+ 58 %). Les vols à la tire (vols commis directement sur une personne, sans violence) enregistrent eux aussi une hausse sensible, atteignant 4 611 faits en 2025 contre 4 316 en 2021 (+7%)
Seuls les vols de deux-roues motorisés affichent une baisse spectaculaire (-59 %), les chiffres des vols de véhicules (plus de 2 par jour) étant peu ou prou équivalents à ceux de 2021.

Deux visions s'affrontent
Face à ces chiffres, la majorité sortante défend un bilan qu'elle juge "positif". Sandrine Runel, chef de file du parti socialiste à Lyon et représentante du maire sortant écologiste Grégory Doucet, met en avant l'augmentation du nombre de caméras de vidéosurveillance et le recrutement de policiers municipaux, se prévalant d'une densité de 12,7 caméras par kilomètre carré, ce qui ferait de Lyon "la deuxième ville de France" sur ce critère, derrière Nice... mais 5e en nombre (1 caméra pour 909 habitants), derrière Nice (1 pour 70), Paris (1 pour 480), Marseille (1 pour 543) et Toulouse (1 pour 800).
Pour le prochain mandat, la liste Union de la gauche et des écologistes du maire sortant promet de porter les effectifs de police municipale à 400 agents (contre 322, chiffres de la mairie), de créer des brigades mobiles de proximité, une brigade anti-incivilités de 50 agents, et d'installer 90 nouvelles caméras.
Pierre Oliver, maire (Les Républicains) du 2e arrondissement de Lyon et représentant du candidat Jean-Michel Aulas (Coeur lyonnais), n'est pas du même avis. Il dénonce un bilan marqué par un manque de soutien aux forces de l'ordre et une police municipale insuffisamment dotée. Son camp propose de doubler le nombre de caméras pour atteindre 1 200 (571 fixes aujourd'hui) d'ici la fin du mandat (notamment "aux abords des lieux d'enseignement" explique Jean-Michel Aulas à Lyon Capitale), de recruter 500 policiers municipaux d'ici 2033, et de construire un hôtel métropolitain des polices regroupant police nationale et police municipale pour améliorer leur coordination opérationnelle, notamment le déport actif, qui permet à la police nationale d'accéder en temps réel aux flux vidéo de la ville, sans avoir à les réquisitionner au cas par cas.
Aujourd'hui, la police nationale dispose déjà de la possibilité d’accéder jusqu’à seize flux vidéo en simultané en temps réel, explique la mairie de Lyon. "La coopération opérationnelle est donc réelle et quotidienne."
Les syndicats policiers, Un1té Rhône et Alliance, ne partagent pas la même analyse. "La mairie joue sur les mots. Le sujet n'est pas tant d'accéder à tant ou tant de flux, c'est-à-dire de caméras, mais de pouvoir les contrôler et les utiliser en temps réel lors d'une intervention. Or, aujourd'hui, il faut que le centre de commandement et d'information de la police nationale fasse une demande à la Ville de Lyon pour autoriser le centre de supervision urbain de Lyon à nous donner la main sur les caméras."
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Policiers municipaux : objectif non atteint
Le débat bute aussi sur des réalités concrètes. La mairie reconnaît n'avoir pas atteint son propre objectif de 365 policiers municipaux fixé en début de mandat, invoquant les difficultés nationales de recrutement dans ce corps.
« Il y a seulement une centaine de policiers municipaux sur le terrain à Lyon à un instant donné. Il ne peut pas y en avoir davantage en raison du roulement. Je rappelle que la police municipale de Lyon n’est pas présente 24 heures sur 24 » explique Franck Rolland, secrétaire général du syndicat des professionnels de la police municipale.
Il n'empêche : selon un sondage Ifop-Fiducial, réalisé en novembre 2025, pour Lyon Capitale, la sécurité est devenue la préoccupation prioritaire des Lyonnais, citée par 52% des sondés, et même 59% chez les 18-24 ans.
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Le narcotrafic, nouvelle ligne de fracture
Sur le terrain des stupéfiants, le tableau statistique est particulièrement parlant : les trafics ont triplé entre 2021 et 2025, tandis que les usages simples ont progressé de 74 %. Un phénomène qui touche des mineurs de plus en plus jeunes, avec des entrées dans le trafic dès 11 ou 12 ans selon Pierre Oliver. Grégory Doucet répond par un plan de prévention de 500 000 euros ciblant les 16-25 ans et la lutte contre le décrochage scolaire. Jean-Michel Aulas mise davantage sur la répression coordonnée avec la police nationale, combinée à une présence accrue sur les points de deal, comme le quartier de la Guillotière.
L'année 2023 avait offert un répit avec un reflux des faits constatés à 58 671, et des baisses notables sur les violences volontaires et les cambriolages. Une amélioration qui n'aura été que temporaire puisque dès 2024, la courbe est repartie à la hausse, avant de s'emballer en 2025 pour atteindre un pic jamais observé sur la période.
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Etonnant ce khmer qui voudrait redoubler la mise avec LFI ! Pendant ce temps Jeffe Mafia en barbecue..