Franck Rolland, secrétaire général du syndicat des professionnels de la police municipale, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
À quelques semaines des élections municipales, Franck Rolland, secrétaire général du Syndicat des professionnels de la police municipale, a passé au crible les propositions sécuritaires des candidats à la mairie de Lyon. Son analyse est sans détour.
Des promesses d'embauche à relativiser
Les chiffres annoncés sont ambitieux : 400 policiers municipaux pour Grégory Doucet, 500 pour Jean-Michel Aulas, et jusqu'à 1 000 pour Alexandre Dupalais, candidat UDR soutenu par le RN. Actuellement, Lyon compte environ 350 à 360 agents. Franck Rolland rappelle que ces effectifs ont un coût : chaque policier municipal représente environ 45 000 euros par an pour la collectivité. Porter l'effectif à 500 agents coûterait ainsi près de 8,5 millions d'euros supplémentaires annuels.
Mais au-delà des chiffres, le syndicaliste pointe un problème structurel souvent occulté : la fidélisation des agents. À Lyon, le taux de départ atteint 10 % par an. "Le problème n'est pas seulement d'embaucher, il faut que les policiers restent en postes", insiste-t-il.
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Un bilan municipal contrasté
Si Grégory Doucet peut se targuer de 197 embauches en six ans, dixit le SPPM, son bilan est terni par d'autres aspects. Toutefois, cet effort financier répond à des départs massifs. Les agents ne restent pas."Avant Grégory Doucet, les dimanches travaillés étaient rémunérés en heures supplémentaires, soit environ 300 euros par dimanche pour un policier municipal, ce qui représentait une somme significative. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. La prime annuelle de 1 000 euros, instauré en juin 2025 pour certains personnels travaillant de nuit, ne compense pas ces pertes."
Par ailleurs, Franck Rolland dénonce la pratique de réquisition orale des grévistes, qu'il juge "illégale".
Entre les tensions récurrentes place de la Guillotière et les récents meurtres dans le 7ᵉ arrondissement, la question sécuritaire s'impose dans la campagne. Pour Franck Rolland, elle reste insuffisamment traitée dans les programmes. Un constat qui, à quelques semaines du scrutin, interpelle les candidats comme les électeurs.
La restranscription intégrale de l'entretien avec Franck Rolland
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui Franck Rolland.
Bonjour.
Vous êtes secrétaire général du Syndicat des professionnels de la police municipale. À quelques semaines des élections municipales, vous avez passé au crible les propositions sécuritaires de tous les candidats à la mairie de Lyon. Quel est votre verdict général ? Les candidats lyonnais ont-ils vraiment compris les problèmes de la police municipale ?
Merci de m’avoir invité. Effectivement, il y a beaucoup à dire sur les propositions politiques des candidats. Certains se détachent avec des propositions en accord avec celles des syndicats et avec les enjeux sécuritaires. D’autres sont très timorés, voire à contre-courant, avec des propositions totalement farfelues.
Jean-Michel Aulas veut 500 policiers municipaux, Grégory Doucet en veut 400, Alexandre Dupalais, candidat UDR soutenu par le RN en veut 1 000. Aujourd’hui, on est à environ 350 à 360. Ces chiffres tiennent-ils la route ou s’agit-il d’affichage électoral ?
Il peut y avoir, derrière ces chiffres, une véritable volonté politique d’augmenter les effectifs de la police municipale de Lyon, ce qui est louable. De mon côté, j’ai réalisé un travail de chiffrage à partir d’un rapport de la Cour des comptes de 2011. La Cour des comptes indiquait qu’un policier municipal coûtait 45 000 euros par an à la collectivité, charges sociales comprises.
Concernant Grégory Doucet, il fixe l’objectif à 400 agents, soit 89 policiers supplémentaires. En janvier 2026, il y a 311 policiers municipaux payés par la mairie. Certains sont absents, malades ou en formation, donc non présents sur le terrain. Si l’on prend 311 agents et qu’on divise par trois, c’est le maximum mobilisable simultanément, soit une centaine de policiers sur le terrain à un instant donné. Il ne peut pas y en avoir davantage en raison du roulement. Je rappelle que la police municipale de Lyon n’est pas présente 24 heures sur 24.
Les 89 policiers supplémentaires représenteraient environ 4 millions d’euros par an, charges comprises. Grégory Doucet a toutefois réalisé un effort durant son mandat avec 197 embauches en six ans, ce qui est conséquent.
S’agissant de Jean-Michel Aulas, qui souhaite porter l’effectif à 500, cela impliquerait 189 policiers supplémentaires. On atteindrait alors environ 8,5 millions d’euros supplémentaires par an, charges comprises. C’est un budget important.
C’est un budget conséquent. Mais en tant que représentant syndical, plus un candidat annonce d’embauches, plus vous êtes satisfait, non ?
Oui et non. Le problème n’est pas seulement d’embaucher, il faut que les policiers municipaux restent en poste. C’est le grand souci de la profession : la déperdition est énorme. À Lyon, elle est d’environ 10 % par an. Au niveau national également, beaucoup de policiers ne restent pas en fonction.
C’est en effet un problème majeur : la pérennisation des policiers municipaux sur leur territoire. Les dimanches, les primes, les réquisitions de grévistes que vous estimez contraires à la loi : comment Grégory Doucet peut-il promettre ce qu’il n’a pas fait en six ans ?
La réquisition de personnel gréviste est totalement illégale, car elle relève de la préfecture. À Lyon, lorsque les policiers municipaux sont grévistes, ils sont réquisitionnés oralement, sans arrêté municipal. Cela devrait pourtant faire l’objet d’un arrêté écrit. Il existe donc un décalage entre le discours de proximité envers les agents et la réalité, qui porte atteinte au droit de grève.
Il y a néanmoins eu des avancées mises en place par la mairie écologiste pour les policiers municipaux.
En juin 2025, la mairie de Lyon a instauré une prime annuelle de 1 000 euros pour certains personnels travaillant de nuit. Toutefois, cet effort financier répond à des départs massifs. Les agents ne restent pas.
Avant Grégory Doucet, les dimanches travaillés étaient rémunérés en heures supplémentaires, soit environ 300 euros par dimanche pour un policier municipal, ce qui représentait une somme significative. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. La prime de 1 000 euros par an ne compense pas ces pertes.
Dernière question, je vous demanderai de répondre brièvement : pour vous, l’enjeu de la sécurité et de la police municipale reste-t-il le parent pauvre des programmes ?
L’enjeu sécuritaire est extrêmement important pour une ville comme Lyon. On n’est pas élu uniquement sur cette question, mais elle compte. Il existe un véritable sujet sécuritaire à Lyon. On peut évoquer la Guillotière ou les meurtres récents dans le 7ᵉ arrondissement. C’est un sujet qui intéresse les Lyonnais.
Merci Franck Rolland d’être venu sur le plateau de 6 minutes chrono. Vous pourrez retrouver davantage d’éléments dans l’article qui accompagne cette vidéo. À très bientôt. Au revoir.
