Tribunal judiciaire de Lyon. (Photo : Nathan Chaize)

L'Olympique Lyonnais devant la justice pour "discrimination sexuelle"

Après le non-renouvellement de sa licence par l'OL, une ancienne joueuse s'estime victime de discrimination sexuelle et réclame au club deux millions d'euros.

Il est 15h30, la salle d'audience n°15 du Tribunal judiciaire de Lyon se vide peu à peu. Après le passage de 13 dossiers, la présidente du tribunal appelle les derniers avocats présents, l'un représentant l'Olympique Lyonnais (OL), l'autre une ancienne joueuse du club. Au moment du résumé des faits, Lina S., la plaignante, ne parvient pas a retenir ses larmes.

Les faits remontent à 2017. Après avoir été sélectionnée par les recruteurs, Lina, 15 ans, quitte l'Alsace et intègre le centre de formation de l'OL. Rapidement, l'un des formateurs a des comportements inappropriés envers plusieurs joueuses, qu'elle finit par dénoncer. L'entraîneur démissionne et est condamné par la suite à six mois de prison avec sursis. Mais une fois la saison terminée, les parents de la jeune fille sont avertis par téléphone qu'elle ne sera pas gardée l'année suivante en raison de ses performances. Estimant leur fille victime d'une injustice, ils saisissent la justice à deux reprises sans obtenir gain de cause.

"Le cœur du problème, c'est l'absence de convention de formation"

C'est ce qu'affirme devant le tribunal maître Ben Achour, avocat de Lina et sa famille. Selon lui, la différence de traitement entre les filles et les garçons au moment des faits constitue une discrimination sexuelle. Il est appuyé sur ce point par le défenseur des droits présent à l'audience.

En effet, avant juin dernier, seuls les garçons bénéficiaient de conventions de formation. Cela leur assurait des avantages nombreux pendant leurs trois années au centre. La réglementation a aujourd'hui évolué, mais pour Lina et ses parents, cette inégalité a facilité son renvoi, leur causant un préjudice moral et financier important. Il s'agit, pour maître Ben Achour, d'une "perte de chance" au regard de l'avenir professionnel qui attendait la jeune fille.

Par ailleurs, l'avocat assure que l'OL a évincé la joueuse pour avoir dénoncé son formateur, et non en raison de ses qualités sportives. "On la surnommait la petite Messi. Mais ça, c’était avant que l’Olympique Lyonnais ne la détruise complètement", insiste-t-il. De plus, il évoque des menaces proférées par le club au père de Lina, ainsi que plusieurs manquements légaux et procéduriers.

Un argumentaire réfuté par l'avocat de la défense

Pour maître Bidal, avocat du club lyonnais, il n'y a eu aucune violation légale de la part de l'OL, qui n'a fait que respecter la loi en vigueur en 2017. "On vient chercher l'OL sur une organisation qui était systémique", considère celui-ci. Le principe de non-discrimination admet quelques exceptions, dans les cas prévus par la loi. Maître Bidal estime que la différence de traitement entre les filles et les garçons était prévue dans le Code du sport, ce qui la rendait justifiée. Il reconnait cependant que "le système du foot féminin n'était pas à la hauteur" et que les améliorations sont survenues tardivement.

Également, l'avocat réfute l'argument des représailles envers Lina, en rappelant que les deux jeunes filles qui avaient fait l'objet d'avances par leur formateur sont désormais des joueuses professionnelles. À ses yeux, bien que les sentiments de Lina et ses parents soient compréhensibles, il s'agit ni plus ni moins d'une "déception" les menant à l'usage de "termes excessifs". Il insiste notamment sur le fait que l'entrée dans un centre de formation, aussi excellent soit-il, ne garantit pas un avenir professionnel dans le football. "C'est le rêve de tous les gamins aujourd'hui", invoque l'avocat de la défense, ajoutant que, en réalité, Lina était la seule des joueuses à avoir des évaluations défavorables.

Le délibéré sera ainsi rendu le 22 novembre, un jugement très attendu par Lina et son avocat, qui se disent prêts à aller en appel et aussi loin que nécessaire pour obtenir réparation.

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