Des premières estimations à la victoire de la Métropole de Lyon, jusqu'à l'annonce d'un recours pour "de nombreuses irrégularités", la soirée a été mouvementée chez Coeur lyonnais dimanche 22 mars.
Tout avait été fait éviter l'ambiance pesante du premier tour et les images virales des quelques élus et militants aux visages livides à mesure qu'étaient connus les résultats. De la musique en toile de fond, à un volume toujours plus élevé que celui de l'antenne de BFM Lyon, scrutée toute la soirée par les quelques militants et élus présents. Pas de chaises si ce n'est pour les journalistes, des bières, et surtout des portes grandes ouvertes permettant à la presse de se faufiler et d'échanger avec les membres de Cœur lyonnais présents.
La soirée débutait ainsi dans un optimisme contenu, alimentée par la vague bleue qui se dessinait en France dans les villes moyennes, symptôme selon quelques observateurs politiques présents ce soir là "d'un rejet des alliances de la gauche avec La France insoumise". "Limoges, Besançon, Poitiers, c'est très positif, toutes ces villes bascules", se réjouissait prudemment un communiquant politique. "La participation est en baisse de cinq point dans le 4e arrondissement, et en hausse dans le 6e, ça nous est favorable", observait Samuel Soulier, élu au premier tour à la tête de l'arrondissement le plus chic de Lyon.
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"La mairie en déco, le pouvoir à la Métro"
Mais les premières estimations tombent peu avant 21 h, et c'est la douche froide. Elles donnent dans un premier temps le maire écologiste sortant Grégory Doucet à 54 %. Les visages se ferment chez les militants et élus qui refusent de réagir dans l'immédiat. "C'est beaucoup trop tôt, les premières centaines de bulletins dépouillés dans les bureaux de vote qui nous remontent ne vont pas dans ce sens", assure Samuel Soulier. Les minutes passent, l'écart entre Jean-Michel Aulas et Grégory Doucet se tasse, mais l'idée d'une défaite a fait son chemin. "C'est une grande déception", confie le délégué départemental d'Horizons, Emmanuel Hamelin. Et de se désoler : "Nous avons essayé de faire comprendre aux Lyonnais que cet accord avec LFI était dangereux. Ils n'ont vraisemblablement pas entendu ce message."
"J'avoue que je n'ai pas le cœur à réagir", lance de son côté un militant scotché à la télévision, visiblement dépité. "On aurait aimé gagner cette ville. Il y avait de la place pour le faire mais on n'a pas réussi. On avait l'impression que l'on pouvait gagner. Force est de constater que peut-être à cause de notre campagne, ou d'un réveil de certains électeurs ce n'est pas le cas", déplore Ambroise Méjean, secrétaire général délégué de Renaissance. Quelques minutes plus tard, un communiqué du président écologiste sortant de la Métropole de Lyon, Bruno Bernard, reconnaissant sa défaite, et un nouveau tassement de l'écart entre Grégory Doucet et Bruno Bernard font basculer la soirée.
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"On nous présidait des scores très serrés, mais nous avons une majorité absolue solide"
"Personne ne parle de la Métropole" se désolait quelques minutes plus tôt un militant, qui finissait par exulter de joie à l'annonce de la victoire de Véronique Sarselli. La droite l'emporte dans dix des quatorze circonscriptions de la Métropole, y compris Lyon Est, Portes du Sud et Rhône Amont. Dans ces circonscriptions, le total gauche écrase les scores de Grand Cœur lyonnais, mais la division entre les Insoumis et le reste de la gauche a offert la victoire sur un plateau à la maire LR de Sainte-Foy-Lès-Lyon.
Des militants rigolent alors qu'une sympathisante de Grégory Doucet reconnaît à la télévision une "grande déception" après "la grande joie" de la victoire du maire sortant. "On nous présidait des scores très serrés, mais nous avons une majorité absolue solide", se réjouit le maire du 6e arrondissement, Samuel Soulier. La tête de liste de Lyon Est, Hélène Baronnier est accueillie comme une rock-star, elle qui réalise un exploit en remportant une circonscription imperdable pour la gauche, dès lors qu'elle ne s'auto-sabote pas. "On plonge dans l'inconnu. La Métropole n'a pas été pensée pour que le pouvoir ne soit pas aligné avec la Ville. Mais il faudra faire mieux que Bernard et travailler avec Doucet", lance un militant qui savoure la victoire.
"On ne sait pas qui a gagné Lyon"
"La mairie en déco le pouvoir à la Métro !", entonnent quelques militants de Génération Aulas dans une ambiance de parcage ultra de stade de foot. Enfiévrés par la victoire d'une Véronique Sarselli en laquelle tous n'ont pourtant pas cru, ils en oublient que leur candidat briguait bien la mairie, et qu'il est défait de peu. "La Jeune garde ce sera à Lyon mais pas à la Métropole" lance le plus agité d'entre eux, Loïs Turpin, membre du droitier syndicat étudiant de l'UNI. Jean-Michel Aulas arrivera quelques minutes plus tard au QG, alors que les estimations sont désormais arrêtées sur un score de 50,4 % pour Grégory Doucet. L'ancien patron de l'OL est acclamé et se dirige vers le pupitre au son d'un "la mairie en déco le pouvoir à la Métro" toujours aussi surprenant.
Quelques instants plus tôt, l'écologiste revendiquait une très courte victoire devant ses militants. Fidèle à sa ligne et ses méthode lorsqu'il était président de l'Olympique lyonnais, Jean-Michel Aulas évite les traditionnelles félicitations républicaines et assure qu'"on ne sait pas qui a gagné Lyon". "Doucet en rajoute, mais à sa place je ne ferai pas le fier. Les résultats semblent à peu près connus (...) Compte tenu des nombreuses irrégularités qui se sont produites durant le scrutin, nous avons déposé un recours", lance-t-il. Devancé de 2 762 voix par son adversaire Grégory Doucet, Jean-Michel Aulas conclura devant ses militants en assurant que "ce soir n'est pas une fin, c'est une étape (...) Grand Cœur lyonnais va permettre à la Métropole cette alternance et on sait tous que la Métropole est le poumon des communes, y compris de Lyon".

Comment Bruno Bernard a perdu la Métropole