Entre l’automne 1945 et l’automne 1946, dans une ville en ruine qui fut dix ans plus tôt le théâtre de la montée du nazisme, Nuremberg, le plus important procès du XXe siècle entend juger vingt-quatre des principaux responsables du IIIe Reich et du désastre qu’il a initié.
Pourquoi vouloir faire un roman de ce moment d’histoire sur lequel tout a été dit par Annette Wieviorka, Joseph Kessel, Frédéric Rossif (le célèbre documentaire De Nuremberg à Nuremberg) ? La question, son auteur Alfred de Montesquiou, reporter de formation (il a couvert le génocide au Darfour), se l’est posée. C’était en fait la seule manière de passer derrière tous ces grands noms, tous les historiens qui ont fait le travail, et de le faire avec une certaine humilité.
En s’y attelant, Montesquiou s’est aussi souvenu de Kessel qui, à Nuremberg, quittait parfois ses habits de journaliste à France-Soir pour couvrir le procès du point de vue de l’écrivain. C’est ce que fait ici Montesquiou, au prix d’une documentation invraisemblable, d’un roman où tout est vrai, l’auteur nous fait vivre les coulisses du procès à travers les yeux des reporters qui le couvrent : Kessel, donc, mais aussi Martha Gellhorn, John Dos Passos, Elsa Triolet et d’autres moins connus. Ils sont entassés dans les dortoirs du château Faber-Castell, dans des conditions spartiates, tentent de se supporter et se débattent avec ce qu’ils entendent et voient dans la journée (les images des camps, notamment, qui font basculer certains dans l’alcoolisme).
En raccordant la grande histoire à la petite, à ceux qui en ont témoigné, à une poignée d’humains, Montesquiou livre un grand livre (prix Renaudot essai) qui offre à la froide vérité factuelle la possibilité de se doubler d’une dimension émotionnelle qui touche au cœur.
Le Crépuscule des hommes – Alfred de Montesquiou, éditions Robert Laffont, 384 p., 22 €.