Stéphane Thefo musée
Stéphane Thefo, consultant en sécurisation du patrimoine culturel, dans le musée d’art religieux de Fourvière © William Pham

Les musées lyonnais sont-ils vraiment prêts face aux risques de vols ?

Stéphane Thefo est consultant en sécurisation du patrimoine culturel, membre d’Icom Security (Conseil international pour la sécurité des musées).

Stéphane Thefo est spécialiste de la sécurisation du patrimoine culturel, membre d’Icom Security (Conseil international pour la sécurité des musées). Après avoir notamment œuvré au sein de la Mission sécurité du ministère de la Culture, de l’unité Œuvres d’art d’Interpol ou encore comme consultant pour l’Unesco, il exerce aujourd’hui en tant qu’expert indépendant. Il accompagne les institutions publiques et privées (musées, monuments historiques, sites religieux, bibliothèques, fondations, collections privées…) dans leurs enjeux de réduction des risques proposant des audits de sûreté ainsi que des formations adaptées sur la sécurisation des collections et des objets.

Lyon Capitale : 19 octobre 2025, quatre hommes réussissent, en sept minutes, à voler des joyaux inestimables au Louvre en passant par un balcon. Fort des sept cents audits de sécurité de lieux culturels que vous avez conduits dans votre carrière, qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans le mode opératoire des cambrioleurs ? C’était un scénario prévisible ?

Stéphane Thefo : Il avait été en tout cas envisagé dans le cadre d’un audit réalisé par une équipe de Van Cleef & Arpels, en 2018. Contrairement à ce qu’on a pu entendre, ce n’est pas un vol qui a été réalisé si facilement. Les cambrioleurs étaient plusieurs et équipés, ils ont volé une nacelle, sont arrivés outillés, avec notamment une disqueuse pour attaquer les vitrines. Ils avaient prévu leur fuite, des complices les attendaient en deux-roues. C’était un coup très bien préparé. Vous y ajoutez une bonne dose de culot et des failles de sécurité, et vous avez la recette du vol !

Mais avez-vous quand même été surpris ?

À vrai dire, pas plus que ça… il suffit de prendre l’historique des vols perpétrés au Louvre pour s’apercevoir qu’il y en a eu beaucoup par le passé. Et s’il fallait n’en retenir qu’un, ce serait celui de l’épée du sacre de Charles X, en décembre 1976, après que trois hommes armés ont escaladé un échafaudage et fracturé la même fenêtre que celle utilisée le 19 octobre dernier par les cambrioleurs pour pénétrer dans la galerie d’Apollon. Avec une épée jamais retrouvée… mais le Louvre n’est pas une exception. Dans l’histoire, de multiples disparitions majeures ont été à déplorer dans la plupart des grands musées du monde entier.

“En matière de sécurité, rien ne remplace la présence humaine”

L’audit de Van Cleef & Arpels avait précisément décrit la faille exploitée par les cambrioleurs. Comment explique-t-on que cet audit n’ait pas été suivi d’effets ? Est-ce un problème de gouvernance, de budget ou de culture institutionnelle ?

Je ne suis pas dans le secret des dieux pour savoir pourquoi l’audit n’a pas été pris en considération. Ce qui est certain, c’est qu’il aurait dû l’être ! Lorsqu’on établit des analyses de risques, on échafaude systématiquement des scenarii qu’il s’agit de contrer. Là, ça n’avait pas été fait.

Le Louvre, plus grand musée du monde, abritant des œuvres inestimables, devrait être incambriolable. Pour le visiteur, un tel lieu semble forcément surprotégé. Comment expliquer ce qui s’est passé ?

En premier lieu, le Louvre n’était pas au départ un lieu destiné à exposer des œuvres. C’était un palais royal, résidence principale de François Ier. Et puis, on est dans le gigantisme : 3 000 mètres de façade, 73 000 m2 de surface d’exposition, 14 kilomètres de couloir, plus de 400 salles, plus de 30 000 œuvres exposées. Le contexte n’est pas favorable. Conjugué à une sécurisation défaillante, tout cela explique les nombreux précédents vols : La Joconde en 1911, une peinture d’Antoine Watteau en 1939, des bijoux antiques en 1966, l’épée de Charles X en 1976, deux pièces d’armure du XVIe siècle en 1983, une toile de Renoir et des parures romaines en 1990, trois vols distincts en 1995 (deux peintures et une hallebarde) ou encore une œuvre de Corot en 1998… Nous avons la mémoire courte ! Mais avec le vol des joyaux de la Couronne, on est entré dans une autre dimension, les gens ont été sous le choc. D’autant que dans l’imaginaire, des films comme Ocean’s Twelve ou Haute Voltige laissent à penser qu’il y a des rayons laser dans toutes les salles d’exposition. Tous ces films concourent à ce que les gens soient persuadés que les musées sont hyper protégés. Le vol du Louvre aura montré qu’il y a un léger décalage entre le cinéma et la réalité…

Vous avez évoqué, dans l’émission de Lyon Capitale “6 minutes chrono”, une forme de “routine des musées qui peut faire oublier le danger et la menace”…

La routine, on peut l’appliquer à n’importe quelle situation. S’il ne se passe rien pendant dix ans, il y a automatiquement une baisse de la vigilance, c’est humain. Constamment, il faut mener des actions de sensibilisation auprès des personnels. Il faut montrer qu’ailleurs, il y a des vols, rappeler que ça existe, qu’il y en a éventuellement déjà eu dans l’établissement, et que ce n’est pas parce qu’il ne s’en est jamais produit que ce sera vrai demain. C’est l’essence même de la prévention, répéter, marteler encore et encore le même discours.

Sur la formation pour la protection du patrimoine culturel, quels sont les objectifs ?

Sensibiliser aux risques et expliquer comment s’en prémunir est essentiel. C’est suite au vol du Louvre que j’ai été amené à reprendre une activité dans ce domaine : j’étais jeune retraité depuis le 1er juin… Et le vol a eu lieu le 19 octobre. J’ai alors été sollicité par des institutions culturelles et des connaissances, car nous sommes très peu de spécialistes du sujet. Les formations dispensées visent à montrer que l’on peut rendre compatible l’ouverture des lieux patrimoniaux au public tout en protégeant les objets exposés. L’idée est tout d’abord de décliner les grands principes qui régissent la mise en sûreté d’un site. Pour ma part, je préfère réaliser les formations in situ. En effet, il est important de s’adapter au site et coller la formation au lieu, aux personnes, aux objets à protéger. La formation est précédée d’un diagnostic sûreté, avec une analyse des risques et une identification des vulnérabilités. Puis vient ensuite un brainstorming avec les personnels et une prise de conscience de leur part, grâce à mon œil extérieur et mon expertise.

“Avec le vol des joyaux de la Couronne, on est entré dans une autre dimension”

Quels sont les grands principes ?

Un préalable incontournable : commencer par une analyse des risques. On les identifie, on les évalue, on regarde les vulnérabilités. Puis on préconise des mesures de sûreté qui vont permettre de réduire les risques jusqu’à conserver un risque “résiduel” acceptable, sachant que le risque zéro n’existe pas. Les solutions retenues doivent être absolument adaptées à la situation et répondre à quelques grands principes, en commençant par une approche adaptée et globale de la sûreté avec une combinaison des mesures électroniques, mécaniques, humaines et organisationnelles, associées à la vidéoprotection, homogénéité et cohérence des solutions retenues, déclenchement de l’alerte le plus en amont possible en cas d’intrusion, temps de résistance des protections physiques suffisamment important, maintenance impérative des équipements, etc.

La Cour des comptes a révélé, le 6 novembre dernier, que le Louvre avait “privilégié des opérations visibles et attractives” au détriment de l’entretien de la sécurité. Est-ce que le prestige d’une institution peut devenir son talon d’Achille en matière de sécurité ?

Ce n’est pas incompatible. On peut avoir une institution prestigieuse, organisant de magnifiques expositions temporaires, avec de superbes muséographies, sans pour autant délaisser la sûreté. Pour le Louvre, il y a assurément un passif, avec un déficit d’intérêt pour la sécurité depuis des années. Il n’y a pas eu de prise de conscience suffisante des enjeux de sûreté et des risques.

Les vitrines haute sécurité ont été fracturées en moins de deux minutes à l’aide d’une disqueuse et de masses, alors qu’elles étaient censées résister à trente et soixante et onze coups de hache. C’est quoi une vitrine haute sécurité ?

Les vitrines, c’est un problème majeur sur lequel il est nécessaire d’insister. Lorsqu’on a des œuvres insignes, il faut faire en sorte qu’on ne puisse pas s’en emparer facilement. Ce sont les protections physiques qui vont faire obstacle à la saisie de l’objet par le malfaiteur. Les joyaux de la Couronne auraient dû être abrités dans une vitrine très sécurisée. Une vitrine de haute sécurité, c’est une vitrine totalement hermétique, équipée d’un système de verrouillage performant. Elle doit être dotée d’un vitrage feuilleté retardateur d’effraction, avec un temps de résistance d’au moins cinq minutes, favorisant une possible intervention une fois l’intrusion des malfaiteurs détectée. Dans le cas du Louvre, ça n’a pas été le cas. D’ailleurs, dans tous les vols survenus récemment en France, les vitrines ont été fracturées beaucoup trop rapidement, ce qui pose question. Alors c’est vrai qu’une vitrine de qualité représente un investissement important. Ça peut être plusieurs milliers d’euros. Cependant, il ne faut pas lésiner sur leur solidité, a fortiori si les objets à protéger sont de grande valeur. Le préjudice en cas de vol sera sans comparaison avec le coût de la vitrine.

L’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels a recensé neuf vols dans les musées en 2023, vingt en 2024. Assiste-t-on à une professionnalisation du crime organisé visant spécifiquement le patrimoine culturel ?

Le crime organisé ? Il s’agit davantage de “coups” réalisés par des auteurs aux profils différents. Les organisations criminelles se livrent pour leur part à des activités continues et structurées sur des segments autres tels que le trafic de drogue, la traite d’êtres humains, le trafic de marchandises et d’armes illicites ou encore la contrefaçon. Ce qui intéresse les voleurs aujourd’hui, ce sont particulièrement les objets en or qu’ils peuvent aisément écouler, en fondant l’or et le revendant. Le gramme est aujourd’hui autour de 125 euros. Quand le Muséum national d’histoire naturelle de Paris a été délesté, dans la nuit du 15 au 16 septembre dernier, de pépites d’or d’un poids total de six kilos, le préjudice est évalué à plus de 600 000 euros.

“À Lyon, les responsables des musées ont bien pris la mesure des enjeux, adoptant une démarche proactive de réduction des risques”

Est-ce qu’une bijouterie est souvent mieux protégée qu’un musée ?

À l’évidence oui. Le musée est une cible dite “molle”, contrairement aux banques ou aux grands joailliers. Pourquoi ? Tout simplement parce que la vocation d’un musée est d’être ouvert à un large public et de montrer les œuvres. Depuis quelques années, on a d’ailleurs ouvert les réserves des musées à la visite du public. Parfois, il est même autorisé à toucher certaines œuvres. De nombreux événements privatifs sont organisés dans les espaces d’exposition. Il y a aussi des expositions “hors les murs”. Dès lors, on comprend qu’il soit bien plus compliqué de protéger un musée qu’une bijouterie ou une banque.

A-t-on tiré les leçons des vols commis par le passé dans les musées ?

Malheureusement, pas vraiment ! Or, comme je le disais, de nombreux vols majeurs n’ont pas épargné certains des plus grands musées de la planète. Juste deux exemples : le musée Kunsthal de Rotterdam tout d’abord. En 2012, deux jeunes en déshérence passent par une issue de secours et volent sept toiles de maîtres en deux minutes. En 2010, cinq toiles de Picasso, Matisse, Modigliani, Braque et Léger sont volées au musée d’Art moderne de la ville de Paris par un homme seul, ayant agi tranquillement. Elles n’ont jamais été retrouvées.

Le casse du Louvre va-t-il permettre de rehausser le niveau de sécurité de manière générale ?

Vu l’électrochoc créé par le vol du Louvre, il est certain que la sécurité des lieux culturels va être mieux prise en compte, au moins à court terme. Le Premier ministre a d’ailleurs confié une mission au député du Loir-et-Cher, Christophe Marion, en vue de proposer des pistes pour améliorer la sécurisation des établissements culturels. C’est une excellente chose.

Comment évaluez-vous le niveau moyen de sécurité des musées français en 2026 ?

On peut difficilement évoquer un niveau moyen. Les disparités entre les musées sont en effet tellement importantes : grands établissements publics, musées nationaux, musées labellisés “musées de France”, petits musées de province, etc., avec des collections de nature différente qui déterminent la hauteur du risque et donc le niveau de sécurisation requis.

Faut-il repenser la formation des conservateurs et des directeurs de musées pour y intégrer une véritable culture de la sécurité ?

Des formations en matière de sûreté sont déjà intégrées dans le cursus de la formation initiale des conservateurs, à l’Institut national du patrimoine, dans le cadre de la formation continue également, ainsi que dans des écoles de l’enseignement supérieur. Mais pendant longtemps, la conservation préventive n’a peut-être pas pris suffisamment en compte le volet sécurisation des objets, se focalisant avant tout sur la manière d’éviter et de minimiser les détériorations et altérations du temps. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

La ministre de la Culture, Rachida Dati, a promis 80 millions d’euros rien que pour les caméras au Louvre. Au-delà des caméras, quelles sont les vraies priorités ?

Il y a encore beaucoup de gens qui pensent que les caméras vont tout résoudre. La vidéo reste, dans l’imaginaire, la solution à tout, donnant l’impression de tout contrôler. Or, ça peut instaurer au contraire une fausse sécurité. Il serait cependant stupide de s’en passer, elle a toute son utilité dans une démarche globale de sécurisation. Pour le Louvre, une des priorités était de mettre toute la sûreté sous l’autorité d’une seule personne, la sûreté étant jusqu’à présent sectorisée : lacune en passe d’être comblée avec la création d’un poste de coordinateur.

“Le musée de Fourvière a été rénové et, dans ce cadre, la sûreté a clairement été prise en compte” @William Pham

Le Louvre a supprimé deux cents emplois de surveillance en quinze ans, alors que la fréquentation a été multipliée par 1,5. La technologie peut-elle vraiment remplacer la présence humaine ?

Rien ne remplace la présence humaine. Dans un excellent livre intitulé Museum security - La sécurité dans les musées publié par l’Icom (Conseil international des musées), en 1977, on pouvait lire : “La vigilance humaine est la base de la sécurité dans les musées, les systèmes mécaniques et électroniques ne pouvant que la compléter mais jamais la remplacer.” Ce constat reste valable aujourd’hui. Pour évoquer à nouveau le vol du musée Kunsthal, à Rotterdam, le directeur avait expliqué a posteriori que le bâtiment n’avait pas de gardien sur place la nuit du vol mais qu’il bénéficiait d’un dispositif de sûreté high-tech de plusieurs millions d’euros, approuvé par les assureurs. Tout est dit.

Certains musées ont décidé de ne plus exposer les originaux mais des copies pour garantir la sécurité. Est-ce le début d’une dérive ?

C’est le danger parce que ce n’est pas le but. La finalité, c’est de montrer au public les œuvres originales. Si ça devait se généraliser, oui, on pourrait parler de dérive. Mais connaissant les conservateurs, ce ne sera jamais leur choix premier. Il y a des choses qui paraissent a priori incompatibles mais on peut malgré tout toujours trouver des solutions qui rendent les choses conciliables. Les vitrines d’exposition y contribuent par exemple.

Quelles sont vos astuces de sécurité qui ne coûtent rien ?

En voici deux ou trois : dans beaucoup de musées, on trouve encore des œuvres accrochées avec un simple crochet coudé… et ce alors que de petits dispositifs sécurisés à 2 euros existent ! Autre exemple : équiper les agents de surveillance d’un sifflet, il peut créer un effet de sidération chez le voleur et le dissuader d’agir. Il peut en outre alerter. Par ailleurs, quand on installe un dispositif d’alarme, la sirène ne doit pas être trop basse pour éviter que le voleur ne l’étouffe avec une mousse expansive. Positionner les écrans vidéo hors du champ de vision du public est une autre mesure qui ne coûte rien.

À Lyon, huit ans après le cambriolage de 2017 au musée d’Art religieux de Fourvière, qu’est-ce qui a changé ?

Le musée a été rénové et, dans ce cadre, la sûreté a clairement été prise en compte. Il y a eu une démarche cohérente, avec toute la panoplie des solutions de sécurisation possibles. Parmi celles-ci, des portes intérieures offrant structurellement une très bonne résistance à l’effraction et dotées de systèmes de verrouillage performants. Le niveau de sûreté du musée a ainsi été élevé par rapport à avant.

Les musées lyonnais sont-ils prêts à faire face à un commando organisé comme celui qui a agi au musée du Louvre ?

À Lyon, nous avons de très belles institutions, le musée des Confluences, des Beaux-Arts, Lugdunum ou encore Gadagne pour ne citer qu’eux. Et je sais que ce sujet de la sécurisation est bien ancré dans la tête de leurs responsables. Ces derniers ont bien pris la mesure des enjeux, adoptant une démarche proactive de réduction des risques, avec notamment une sensibilisation permanente de leurs personnels à la vigilance.

Quel est le rôle des collectivités et de la préfecture dans la sécurisation des musées ?

Les musées jugés sensibles, notamment au regard de leurs collections, sont directement reliés à la police nationale via un système nommé R@MSES. La police reçoit les alarmes en direct et peut intervenir immédiatement sur le site en cas d’alerte. Sinon, il faut savoir que chaque musée est autonome et gère sa sécurité comme il l’entend. Les quelque 1 200 musées labellisés “musées de France” sont cependant tenus, dans le cadre de la convention qui les lie à l’État, de veiller à la sûreté de leurs objets.

Peut-on être raisonnablement confiant pour la sécurité de notre patrimoine culturel ?

On peut l’être dès lors qu’il y a eu une véritable prise de conscience des risques. Le vol du Louvre a permis, malheureusement à ses dépens, de faire un grand pas dans ce sens. Une fois les risques identifiés, on peut toujours améliorer la sûreté et élever son niveau, même dans les situations les plus difficiles : ni défaitisme ni fatalisme. Quant à être “raisonnablement confiant”, oui, mais tout en restant lucide. Une réflexion d’un ex-président de l’Icom est là pour nous le rappeler : “C’est un vrai miracle qu’on n’assiste pas quotidiennement à des vols importants dans les musées et galeries. Leur relative rareté conduit à une situation où nous espérons le meilleur tout en sachant qu’il faut nous préparer au pire !”

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