L’exposition Gabrielle Hébert. Amour fou à la Villa Médicis, présentée au musée Hébert de La Tronche en Isère jusqu’au 31 mai, est l’occasion de redécouvrir Gabrielle Hébert, une figure méconnue de l’histoire de la photographie. Conçue en partenariat avec le musée d’Orsay, elle réunit plus de cent trente de ses œuvres.
Dans un intérieur bourgeois, devant un rideau blanc en guise de fond, Sarah Bernhardt, icône du théâtre français, pose face à l’objectif de Gabrielle Hébert. La comédienne, vêtue d’une robe sombre est assise sur l’accoudoir d’un fauteuil, tandis que la photographe capture l’instant, saisissant son visage souriant légèrement flou, dans un mouvement presque cinématographique…
Cette image, prise en 1893 à Rome dans le studio aménagé d’un des frères Primoli, figures incontournables de la vie artistique romaine fait partie des photographies exposées au musée Hébert, qui réunit plus de cent trente œuvres de Gabrielle Hébert.
L’épouse du peintre Ernest Hébert n’était pas destinée à devenir une pionnière de la photographie. Pourtant, à partir de 1888, elle s’empare de cet art naissant avec une passion qui la conduira à produire plus de deux mille clichés, principalement à la Villa Médicis, où son mari dirige l’Académie de France. Son œuvre, longtemps éclipsée par celle de son époux, révèle aujourd’hui une artiste libérée de certains codes de représentation de l’époque.
La Villa Médicis, un laboratoire artistique et mondain
La Villa Médicis, nichée au cœur de Rome, est alors un carrefour culturel où se croisent artistes, aristocrates et intellectuels. L’épouse du directeur y occupe une place particulière. Ni pensionnaire, ni simple spectatrice, elle est une observatrice qui, par son objectif, documente la vie quotidienne de ce microcosme artistique.

Ses instantanés saisissent les pensionnaires au travail, les modèles posant dans les jardins, les réceptions mondaines et les instants volés à la vie privée. À la manière d’un journal intime visuel, où se mêlent sensibilité et modernité.
Son œuvre est aussi marquée par son amour inconditionnel pour Ernest Hébert, qu’elle surnomme “Mein Alles” (“Mon Tout” en allemand). Elle en fait l’un des sujets privilégiés de ses photographies. Ernest, de quarante ans son aîné, est pour elle à la fois un mentor, un modèle et un compagnon. À travers ses clichés, Gabrielle construit une mémoire visuelle de leur vie commune

Voyages en Italie et en Espagne, terrains d’exploration
Les voyages de Gabrielle et Ernest Hébert en Italie, puis en Espagne, sont l’occasion pour elle de continuer son exploration de la photographie. En Italie, elle capte les paysages, les monuments, mais aussi les habitants, au-delà des barrières sociales. Ses images de la Sicile, de Taormine ou de Brindisi révèlent une artiste attentive à la culture populaire, capable de saisir la beauté dans le quotidien.

Paris, musée national Ernest Hébert © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Alexis
Brandt
En Espagne, en 1898, son regard évolue. Elle adopte des cadrages plus dynamiques, inspirés par le cinématographe naissant : mouvements, flou et bougé, ombres, visages en contre-jour… Ce voyage marque l’apogée de sa pratique photographique, avant qu’elle ne cesse brutalement après la mort d’Ernest en 1908.
Le parcours de l’exposition, organisé en sept sections, invite le visiteur à plonger dans l’univers de Gabrielle Hébert : Gabrielle Hébert. Amour fou à la Villa Médicis,Une femme sous influence, Un art de la joie, Mein Alles (Mon Tout), Voyages en Italie, En Espagne, un regard cinématographique, Le tombeau d’un artiste. Chaque section révèle une facette de son œuvre, mettant en lumière sa liberté, sa sensibilité et son rôle de témoin à l'aube d'un nouveau monde.
Gabrielle Hébert. Amour fou à la Villa Médicis, au Musée Hébert du 7 mars au 31 mai 2026 – La Tronche (Grenoble) – musees.isere.fr – Entrée gratuite
