Valentin Violet, pompier
Valentin Violet, pompier, porte parole Sud du SDMIS Lyon Rhône

Vols dans les casernes à Lyon et dans la métropole de Lyon : une filière au service des braqueurs ?

Valentin Violet, pompier et porte-parole du syndicat Sud des sapeurs-pompiers de la métropole de Lyon et du Rhône, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Depuis la mi-août, une vague de cambriolages frappe les casernes de pompiers du Rhône. Une douzaine de sites ont déjà été visés, certains à plusieurs reprises, selon Valentin Violet, porte-parole du syndicat SUD du Rhône du SDMIS (service départemental et métropolitain d'incendie et de secours).

Le mode opératoire est toujours identique : les malfaiteurs agissent la nuit et ciblent systématiquement le même butin, le matériel de désincarcération, ces outils qui permettent aux pompiers de découper des véhicules accidentés pour libérer des personnes prisonnières, ou de forcer l'accès à des entrepôts en feu. "Ce sont des outils très importants pour nous, qui nous permettent de sauver des vies", rappelle Valentin Violet.

Si les premiers vols ont eu lieu dans des casernes de volontaires, en périphérie de la métropole, un cap a été franchi le 18 septembre, à Tassin. Cette fois, des pompiers dormaient sur place au moment des faits. Une évolution qui inquiète le syndicaliste, qui redoute une confrontation directe avec les auteurs des vols.

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Des braqueurs plutôt que des amateurs

Pour le porte-parole syndical, aucun doute sur la destination de ce matériel : "Ce sont vraiment des personnes qui viennent pour faire des braquages, des cambriolages avec ça." Le phénomène, d'abord circonscrit à l'agglomération lyonnaise, s'est étendu à l'Isère puis, selon lui, à l'échelle nationale.

Une piste a été confirmée lors du cambriolage d'une station-service à Tassin : des outils de désincarcération volés ont été retrouvés dans le véhicule des suspects interpellés. Mais leur arrestation n'a pas mis fin aux vols, ce qui laisse penser à l'existence de deux réseaux distincts, des fournisseurs et des utilisateurs. "On est vraiment sur presque deux filières", résume Valentin Violet. Une enquête pour vols en bande organisée a été ouverte dès le mois d'août.

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Renforcement de la sécurité des casernes

Face à cette situation, le SDMIS et la préfecture (qui est cofinanceur, avec la Métropole de lyon, du SDMIS) ont annoncé plusieurs mesures : patrouilles de police et de gendarmerie renforcées autour des casernes, installation de vidéoprotection y compris dans les centres de volontaires, et évolutions techniques ("confidentielles") pour mieux protéger le matériel.

Des mesures jugées insuffisantes face à l'urgence. Le syndicaliste raconte l'épisode de Tassin, où des pompiers partant secourir une personne incarcérée dans un véhicule ont découvert que leurs outils avaient disparu : « Là, on a vraiment des personnes qui volent, qui deviennent assassins, en fait, qui mettent en jeu la vie des gens. »

Lire aussi: Rhône : les casernes de pompiers renforcent leur sécurité après une série de vols

Ces vols en série s'inscrivent dans un contexte de mobilisation plus large des sapeurs-pompiers, avec deux journées de grève nationale prévues les 28 et 29 septembre. Dans le Rhône, le syndicat doit rencontrer la présidente de la Métropole de Lyon le 1er octobre, Véronique Sarselli, pour réclamer des effectifs supplémentaires, plus de 100 postes manquent selon lui une revalorisation du pouvoir d'achat et de meilleures conditions de travail. Un mouvement amorcé localement dès 2024, avant de s'étendre à l'échelle nationale.

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La retranscription intégrale de l'entretien avec Valentin Violet

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd'hui Valentin Violet. Bonjour. Valentin Violet, vous êtes pompier, vous êtes le porte-parole du syndicat SUD du Rhône. Depuis début août, il y a plus d'une dizaine de casernes qui ont été cambriolées dans le Rhône, presque toujours avec le même mode opératoire : le vol de matériel de désincarcération, notamment. C'était à Tassin la semaine dernière. La caserne de pompiers a été cambriolée, avec un cap franchi puisqu'il y avait des pompiers à l'intérieur. Comment expliquez-vous une série aussi ciblée et surtout aussi longue ?

On va rappeler les événements. Depuis mi-août, on a 10 casernes qui se sont fait cambrioler, et certaines plusieurs fois. Ils ciblent toujours le même matériel. Ce sont des outils qui nous servent à couper les voitures quand il y a des personnes prisonnières dans ces voitures-là. Ces outils nous servent aussi à ouvrir des entrepôts quand il y a le feu à l'intérieur, etc. Ce sont donc des outils très importants pour nous, qui nous permettent de sauver des vies. Depuis mi-août, il y a des personnes, on pourrait même appeler ça un groupe, qui volent dans beaucoup de casernes du Rhône. C'est à chaque fois le même mode opératoire. Ils viennent la nuit. Au début, c'était dans des casernes de volontaires, donc dans des casernes hors de la métropole, et ils se servaient dans le matériel. Ils rentraient par une fenêtre, ils prenaient le matériel et ils partaient. Depuis vendredi 18 septembre, un nouveau cap a été franchi : la caserne de Tassin a été cambriolée et, cette fois-ci, il y a des pompiers qui dorment à l'intérieur. Notre inquiétude, c'est qu'il y aura forcément, un jour ou l'autre, une rencontre avec ces personnes-là. Quelle sera alors la réaction de ces personnes ?

Parce que ce matériel de désincarcération est très lourd, encombrant et vaut très cher. Selon votre intime conviction, qui a intérêt à voler ce matériel ? Ce ne sont pas des particuliers ? Ce sont des équipes de braqueurs ?

On se doute que ce n'est pas pour remplir un musée ou pour faire du bricolage à la maison. Ce sont vraiment des personnes qui viennent pour faire des braquages, des cambriolages avec ça. C'est du matériel très puissant. On voit que le phénomène ne s'arrête pas et qu'il s'est même propagé en France. Il n'y a pas que Lyon. Au début, c'était très lyonnais. Ça a fait le tour de la région, avec l'Isère, et là, on est en train de partir sur la France entière.

Parce que sur la station-service de Tassin, qui a été cambriolée la semaine dernière ou il y a deux semaines, on a retrouvé ces outils-là dans la voiture.

Voilà, on a trouvé les voleurs, la voiture et les outils de désincarcération qui étaient dans la voiture. On aurait pu se dire que le phénomène s'arrêtait à ce moment-là parce qu'on avait arrêté les personnes, mais, en fait, on a juste arrêté des personnes qui s'en servaient et les vols ont continué. On est vraiment sur presque deux filières : des personnes qui fournissent et des personnes qui s'en servent.

Il y a une enquête pour vols en bande organisée qui a été ouverte en août. On l'a vu, ça continue. La préfecture a mis des moyens supplémentaires ?

La direction du SDMIS, avec la préfecture, a mis en place des actions, et ces actions, c'est plus de sécurité. Il y a des patrouilles de police et de gendarmerie qui sont renforcées autour des casernes. On a aussi de la vidéoprotection qui est mise en place. Dans les casernes du centre-ville, il y a déjà des caméras, mais elles sont mises en place aussi dans les casernes de volontaires. On a également des évolutions technologiques autour de ces outils-là et des rappels de sécurité pour les personnels des pompiers.

C'est quoi, ces outils technologiques ?

C'est vu avec le constructeur. Ce sont des choses qu'on garde confidentielles, mais il y a des choses qui évoluent pour protéger les outils.

D'accord. Parce que, quand vous me dites que les moyens supplémentaires, ce sont des patrouilles de police qui vont patrouiller autour des casernes de pompiers qui sont cambriolées, déjà, on touche le fond. Mais il ne peut pas non plus y avoir ad vitam des patrouilles de police autour de toutes les casernes.

Nous, ce qu'on espère, c'est surtout arrêter les personnes qui font ça, et les patrouilles de police servent à ça. On veut que ce fléau s'arrête. La question se pose de savoir quand. Là, ça devient vraiment une urgence d'arrêter ce phénomène-là parce que, tant que les outils sont volés... Typiquement, à Tassin, ils s'en sont rendu compte au moment d'aller sur une intervention pour une personne incarcérée dans une voiture. On avait une personne qui était entre la vie et la mort, on avait besoin de ces outils-là et, au moment de partir en intervention, ils se rendent compte qu'ils avaient été volés. Là, on a vraiment des personnes qui volent, qui deviennent assassins, en fait, qui mettent en jeu la vie des gens.

On le voit sur votre polo, les sapeurs-pompiers sont de nouveau, j'allais dire, en grève. Il y a un mouvement national. Il y a deux mouvements nationaux, les 28 et 29 septembre. De votre côté, dans le Rhône, vous rencontrez la présidente de la Métropole de Lyon le 1er octobre. Qu'est-ce que vous allez lui demander ?

On rencontre Mme Sarselli le 1er octobre, effectivement, et c'est dans la continuité des deux mouvements de grève qu'il y a eu en octobre 2024 et 2025, avec une Fête des Lumières qui avait été gâchée par les pompiers, mais c'était le but. Nous, on demande toujours les mêmes choses : toujours des effectifs, parce qu'il manque toujours plus de 100 pompiers dans le Rhône. On demande du pouvoir d'achat, parce que les pompiers n'ont pas été augmentés et subissent de plein fouet l'inflation. On demande aussi de meilleures conditions de travail. Ce mouvement local a été le déclencheur du mouvement national. C'est parti de Lyon, finalement. Lyon était précurseur, elle a eu deux ans d'avance sur ce qui se passe au niveau national.

Parce que là, vous dites qu'il manque 100 pompiers dans le Rhône. On a l'impression que ça n'en finit jamais.

Effectivement. Une des réponses apportées par la métropole d'avant a été de réduire les interventions de secours à personne, donc d'en transférer une partie au privé. On se rend compte qu'effectivement, il y a eu une cassure des interventions et que, finalement, la population continue d'augmenter. On prend l'équivalent de Givors tous les ans sur la métropole. Les interventions repartent à la hausse sans qu'on ait eu d'effectifs en plus. Nous, on demande maintenant des effectifs. C'est bon, on veut vraiment des effectifs.

Parce que je rappelle que la Métropole fait partie des financeurs du SDMIS

On a une partie du Département du Rhône et une grosse partie de la Métropole. À nos interlocuteurs, on demande maintenant des moyens financiers pour pouvoir faire nos missions.

Très bien. En tout cas, merci Valentin Violet d'être venu sur le plateau de 6 minutes chrono. Au revoir.

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