Julien Dumont
Julien Dumont, directeur du musée Cinéma et Miniature de Lyon

Musée Cinéma et Miniature : "nous sommes entre le parc d'attractions et le musée patrimonial"

Julien Dumont, directeur du musée Cinéma et Miniature de Lyon, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Le musée Cinéma et Miniature de Lyon, l'un des trois musées les plus visités de la ville (le premier, si on compte en places payées par les visiteurs, explique son directeur) connaît un grand renouveau en ce printemps 2026.

L'événement du moment, c'est l'arrivée définitive de la Batmobile dans les collections. Ce qui n'était qu'un prêt éphémère en 2023 est devenu une acquisition permanente, obtenue lors d'une vente aux enchères. Pour Julien Dumont, le sémillant directeur du musée, l'enjeu dépasse le simple objet de collection : il s'agit de "parler de l'envers du décor de sa création, comment les équipes de tournage en Angleterre l'ont conçue."

Lire aussi : Lyon : la Batmobile originale du film de Tim Burton est arrivée au musée Cinéma et Miniature

Le retour des miniatures

Après plusieurs années en retrait, les miniatures, l'ADN historique du musée, font leur grand retour dans un parcours entièrement repensé. Restaurées, remises à neuf, elles s'inscrivent dans une muséographie revue pour accueillir un flux toujours plus important de visiteurs. "Nous allons atteindre environ 350 000 visiteurs cette année" confie le directeur, justifiant ces aménagements pour offrir "plus d'espace pour observer les miniatures".

Grande nouveauté du parcours, un espace entier est désormais consacré au matte painting, cette technique qui, avant l'ère numérique, permettait de peindre des extensions de décor sur des plaques de verre. Le musée possède des peintures originales issues de films comme Robocop, Star Wars ou Superman. Une rareté absolue, comme le souligne Julien Dumont : "très peu de collectionneurs ou d'institutions en acquièrent, car il est compliqué de transporter depuis Los Angeles de grandes plaques de verre de plusieurs mètres."

Un trésor caché dans les réserves

Derrière les 2 500 m² d'exposition se cache un patrimoine bien plus vaste : seulement 10 % des collections sont exposées. Le reste dort dans des réserves de plusieurs milliers de mètres carrés, où l'on trouve notamment plus de 400 costumes, des façades de bâtiments de cinéma démontées, ou encore des véhicules de tournage imposants. Parmi les pièces les plus précieuses : le parapluie original de Mary Poppins, "unique au monde", que les archives Disney elles-mêmes sont venues admirer à Lyon.

Le musée, situé dans le Vieux Lyon, affirme ainsi sa singularité : "nous sommes à la croisée de plusieurs mondes, entre le parc d'attractions et le musée patrimonial" résume Julien Dumont.

Plus de détails dans la vidéo :


La retranscription intégrale de l'entretien avec Julien Dulmont

Bonjour à tous, bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd'hui Julien Dumont, directeur du musée Cinéma et Miniature de Lyon, l’un des musées les plus visités de Lyon. Il y a quand même une grande nouveauté : en 2023, la Batmobile, la vraie, était arrivée de manière éphémère. Et là, elle vient d’arriver définitivement, elle restera au musée. Cela ne se trouve pas sur Le Bon Coin, une Batmobile. Comment avez-vous réussi cet exploit ?

Pas tout à fait. Ce serait très simple si cela se trouvait sur Le Bon Coin. L’idée, c’est que tous les musées ont des politiques d’acquisition des collections et cherchent à les enrichir en permanence. Nous avons beaucoup de chance au musée, car à peine 10 % des collections sont exposées. Mais des objets mythiques comme la Batmobile, ou des objets iconiques, sont importants. La Batmobile, mon ami me l’avait prêtée au musée lorsque nous l’avions fait venir. Quand j’ai su qu’il y avait une grande vente aux enchères, nous nous sommes dit qu’il fallait que le musée en fasse l’acquisition. Nous l’avons donc acquise pour les collections. Cela nous permet maintenant de pouvoir l’exposer lors d’événements spéciaux autour de Batman, et surtout de parler de l’envers du décor de sa création : comment les équipes de tournage en Angleterre l’ont conçue.

C’est aussi l’intérêt. Nous parlons de la Batmobile parce que c’est l’événement du mois d’avril, mais il y a tellement d’autres choses. Il y a des reconstitutions de décors en miniature, nous y reviendrons. Tout cela permet d’expliquer le making-of, les coulisses.

Exactement. Ce qui est génial au musée, c’est qu’à travers les vrais objets, on peut découvrir l’envers du décor du cinéma, comprendre comment sont créés les objets, et voir les dizaines, voire centaines d’artistes qui travaillent dans le monde pour les réaliser. Je pense notamment à Simon Weisse, le chef maquettiste de Wes Anderson, dont nous conservons les miniatures. Pour la Batmobile, c’est également exceptionnel.

Il y a The Grand Budapest Hotel. C’est vrai que l’on parle du musée Cinéma et Miniature. La signature historique du musée avait un peu disparu du parcours, car il y avait eu d’autres expositions. Aujourd’hui, c’est le grand retour des miniatures. Qu’est-ce qui a changé dans leur mise en scène ?

Cela fait 20 ans qu’elles sont exposées. C’est la création de Dan Ohlmann, qui a fondé le musée et qui est miniaturiste. Avec l’arrivée de l’exposition Laïka au dernier étage du musée, nous en avons profité pour retirer les miniatures, les restaurer, leur donner un coup de neuf, changer les câbles électriques, refaire certains collages qui n’étaient pas accessibles lorsqu’elles étaient exposées. Nous avons repensé la muséographie pour qu’elle soit plus accessible et plus fluide, car nous allons atteindre environ 350 000 visiteurs cette année. C’est énorme. Il fallait permettre un flux de visiteurs agréable, avec plus d’espace pour observer les miniatures. Nous avons vraiment repensé les parcours.

Vous avez repensé les parcours ?

Oui, tout à fait. Les espaces sont plus larges. De toute façon, vous êtes contraints par les lieux. Nous avons 2 500 mètres carrés d’exposition. C’est à la fois très grand pour un bâtiment ancien, mais les pièces en elles-mêmes imposent des contraintes. Nous devons toujours être ingénieux pour trouver les meilleurs agencements. La muséographie est donc un peu expérimentale.

Il y a le retour de l’ADN du musée Cinéma et Miniature avec les miniatures. Et vous ouvrez aussi un espace entier qui s’appelle comment ? Le matte painting ?

Oui, l’art invisible du matte painting. Avant l’arrivée de l’ordinateur, pour créer des extensions de décor, par exemple un château imaginaire, on filmait des acteurs dans un décor réel, puis on peignait sur une plaque de verre les éléments à ajouter, que l’on refilmait ensuite. C’est exceptionnel, car peu de musées présentent des matte paintings. Très peu de collectionneurs ou d’institutions en acquièrent, car il est compliqué de transporter depuis Los Angeles de grandes plaques de verre de plusieurs mètres. Il faut espérer qu’elles ne se cassent pas. Nous possédons des peintures originales de films comme Robocop, Superman, Star Wars ou encore Tarzan avec Christophe Lambert. Ce sont toutes des extensions de décor.

Avec cet espace consacré au matte painting, on est dans quelque chose de patrimonial, au final.

C’est la particularité du musée : nous sommes à la croisée de plusieurs mondes. Entre le parc d’attractions et le musée patrimonial, où l’on conserve des collections. Nous avons d’ailleurs une équipe dédiée. Dans des réserves de plusieurs milliers de mètres carrés, nous archivons toutes les collections du musée. Cela nous permet aussi de faire de la recherche sur les objets. Pouvoir présenter l’art du matte painting est assez inédit, et cela me tient particulièrement à cœur.

Vous évoquiez les réserves. Le chiffre que vous m’avez donné est impressionnant : seulement 10 % des collections sont exposées. Où sont ces réserves et que contiennent-elles ?

Dans ces réserves, nous avons par exemple récupéré des façades de bâtiments utilisées dans des films. Nous les avons démontées et conservées. Nous possédons aussi des véhicules impressionnants, comme un véhicule de tournage de 11 tonnes que nous sommes en train de rapatrier. Nous avons de tout : des miniatures, des décors, des objets variés.

Ces réserves sont-elles amenées à être renouvelées dans les expositions ?

C’est un avantage et une force du musée : nous sommes très dynamiques et pouvons renouveler régulièrement nos espaces. Nous exposons une trentaine de costumes, mais nous en possédons plus de 400. Nous pouvons donc adapter les expositions en fonction des nouveaux films, des anniversaires, et proposer des rétrospectives.

Peut-on imaginer, avec toutes ces réserves, organiser un événement exceptionnel dans un grand lieu, avec des pièces spectaculaires ?

C’est possible, mais nous le faisons déjà en partie, car le musée prête énormément d’objets. Nous prêtons par exemple au musée des Confluences, à d’autres musées de la région, mais aussi à des institutions internationales comme la Cinémathèque ou le musée du cinéma de Turin. La collection est exceptionnelle, c’est la première collection privée au monde. Par exemple, nous possédons le parapluie de Mary Poppins, qui est unique au monde. Même les archives Disney ne l’ont pas. D’ailleurs, les archives Disney sont venues au musée à Lyon pour le voir. Nous l’avons scanné en 3D et leur en avons offert une copie pour leurs archives.

Ce sera le mot de la fin. Le musée Cinéma et Miniature, qui figure parmi les trois premiers musées de Lyon, se situe dans le Vieux Lyon. Vous aurez l’occasion d’y aller, notamment pour voir la Batmobile. Cela vaut vraiment le détour. Et si Julien Dumont est présent, vous pourrez échanger avec lui pendant des heures. Merci beaucoup d’être venu sur le plateau. Merci à vous. Pour plus d’informations, rendez-vous sur lyoncapitale.fr. À très bientôt. Merci à tous.

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