Le 29 juillet, Yves Casas, placé en unité de soins de longue durée, est décédé au centre hospitalier de La Tour-du-Pin de suffocation. Sa famille dénonce de graves dysfonctionnements dans les minutes ayant précédé sa mort.
Les faits se sont produits le 29 juillet dernier. Yves Casas est mort au centre hospitalier de La Tour-du-Pin (Isère), au sud-est de Lyon, de suffocation. Atteint de sclérose en plaques depuis plusieurs années, il avait intégré l’unité de soins de longue durée (USLD) de l’établissement le 17 juin dernier. Un dysfonctionnement au sein du personnel soignant aurait anéanti les chances de survie du patient.
Sa fille, Séverine Casas, et son épouse Nicole étaient présentes le soir du 29 juillet. Elles ont découvert leur proche dans un état de santé fortement dégradé, placé sous oxygène et rencontrant d’importantes difficultés respiratoires. La famille affirme avoir été informée par le personnel que la saturation en oxygène d’Yves Casas était descendue à 86 %. Selon le récit transmis par sa fille à Lyon Capitale, aucun membre de la famille n’avait toutefois été prévenu de cette dégradation au cours de la journée.
"Nous voulons savoir pourquoi notre père, alors qu’il présentait une détresse respiratoire manifeste, s’est retrouvé sans professionnel auprès de lui au moment où son état s’est brutalement aggravé", écrit Séverine Casas dans un courrier adressé à la direction de l’établissement.
Lire aussi : A Lyon, l'hôpital privé Natecia n'est plus certifié par la Haute autorité de santé
"Personne n’est venu"
Selon le témoignage de la famille, Séverine aurait interrogé une professionnelle sur la prise en charge de son père. Elle aurait notamment demandé si une radiographie des poumons avait été réalisée. Il lui aurait été répondu que l’établissement ne disposait pas du matériel nécessaire et qu’une décision médicale devait être prise le lendemain matin.
La famille s’interroge également sur l’administration d’un antibiotique par voie orale, avec de la compote, alors que le patient souffrait, selon elle, de difficultés respiratoires et avait des antécédents de fausses routes. "Les soignants lui ont donné un antibiotique par voie orale alors qu’il était en train de s’étouffer avec ses glaires. Ce n’est pas normal", témoigne son fils Matthieu Casas à notre rédaction.
Vers 19h30, la situation aurait brutalement dégénéré. Yves Casas aurait commencé à suffoquer avant de ne plus respirer. Les deux femmes affirment alors avoir appelé à l’aide à plusieurs reprises, utilisé la sonnette de la chambre et parcouru les couloirs à la recherche de personnel. "Elles ont cherché de l'aide pendant 20 minutes dans le service. Ma mère hurlait et courrait dans tout le service pour trouver de l'aide, mais mon père est mort en suffoquant, car personne n'est venu. Imaginez un instant la scène horrible qui s'est produite...", explique Matthieu Casas.
"J'ai eu ma mère en pleurs au téléphone. Elle me disait : 'papa est en train de mourir'. Elle courrait partout en hurlant, c'était très choquant. Ma mère n'en dort plus, car elle a vu mon père mourrir sous ses yeux", ajoute le fils du défunt.
Un médecin serait ensuite venu et aurait reconnu des "dysfonctionnements" au cours de la soirée. La famille affirme également qu’il leur aurait demandé l’heure à laquelle Yves Casas était décédé, faute, selon elle, d’une heure de décès qui lui aurait été transmise par le personnel.
Lire aussi : Hôpital Lyon Sud : l’auteur de l’agression au couteau contre un étudiant en médecine hospitalisé sous contrainte
La famille demande une enquête "approfondie"
Le lendemain, 30 juillet, Séverine et sa mère seraient revenues dans l’établissement pour récupérer les affaires du défunt. Elles rapportent avoir échangé avec une infirmière qui aurait dans un premier temps affirmé avoir été présente dans l’étage au moment des faits, avant de reconnaître, après 15 minutes de discussion, qu’elle était en réalité en train de former quelqu’un dans un autre service.
Dans leur courrier, les proches demandent que cet élément, comme l’ensemble des circonstances de la soirée, soit vérifié à partir d’éléments objectifs : dossier médical, constantes, prescriptions, administration des traitements, transmissions, plannings et horaires des personnels notamment. "Nous voulons comprendre si cette situation aurait pu être anticipée, prise en charge différemment ou évitée", écrit Séverine Casas.
Des signalements au procureur de la République et à l’Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes ont été transmis par lettres recommandées. Lyon Capitale a également sollicité le procureur afin de connaître les éventuelles suites données à cette démarche. Le parquet n’a pas répondu à nos sollicitations à ce stade.
L’hôpital invoque le secret médical
Contactée par nos soins, la direction du centre hospitalier de La Tour-du-Pin indique comprendre "pleinement la peine des proches de Monsieur Yves Casas" et s’associer "à leur douleur". L’établissement rappelle qu’un échange téléphonique a eu lieu entre le directeur délégué de territoire et la famille peu après le décès et indique que ces échanges peuvent se poursuivre afin de leur permettre "de mieux comprendre sa prise en charge et le contexte de sa fin de vie".
Mais l’hôpital ne souhaite pas répondre précisément aux accusations formulées par la famille. "En raison du secret médical et de l’obligation de confidentialité qui s’impose à tout établissement de santé, nous ne pouvons pas fournir d’informations médicales ou relatives à la prise en charge d’un de nos patients ni à son parcours de soins", explique la direction.
Pour les proches, cette réponse ne suffit pas. Ils souhaitent désormais que les circonstances précises de la mort d’Yves Casas puissent être établies. "Notre volonté première demeure aujourd’hui d’obtenir de votre établissement la vérité sur les circonstances dans lesquelles notre père a passé les dernières heures de sa vie", écrit sa fille. "Ce qui s’est produit le 29 juillet 2026 ne doit pas pouvoir se reproduire."
Lire aussi : C’est quoi la légionellose, cette maladie qui a causé trois décès en Auvergne-Rhône-Alpes depuis juin ?
