Ce mercredi 14 octobre, au parc de l’Europe-Jean-Monnet à Villeurbanne, Yannick Deslandes, ancien détenu, présente une cellule de prison reconstituée pour déconstruire les idées reçues sur l’incarcération et sensibiliser les jeunes aux conséquences de la délinquance.
Huit mètres carrés, des lits superposés, une toilette sans intimité, un bureau, quelques affaires personnelles et, surtout, un bruit permanent diffusé par des enceintes… Ce mercredi 14 octobre, une cellule de prison mobile s’est garée au parc de l’Europe-Jean-Monnet, dans le quartier du Tonkin à Villeurbanne. Yannick Deslandes et l’association Mur’mures invitent les habitants et les jeunes du quartier à découvrir cette reconstitution des conditions de détention d’une maison d’arrêt.
"On a voulu reproduire une cellule de huit mètres carrés d’une ancienne maison d’arrêt, parce que ce sont les établissements les plus nombreux en France", explique celui qui a passé 22 ans de sa vie en prison. L’objectif est de montrer l’envers du décor, loin de l’image parfois véhiculée sur les réseaux sociaux d’une prison confortable. "La prison, ce n’est pas le Club Med".

"La prison n’a rien réparé, elle m’a puni"
La cellule reproduit l’un des espaces dans lesquels Yannick Deslandes a vécu pendant son incarcération. "À cause de la surpopulation carcérale, on se retrouve avec deux personnes dans un 8 m²", souligne-t-il. Les murs sont couverts de messages, souvent marqués par la colère ou la détresse. Un miroir brisé porte cette inscription : "Je vous aime, a dieu". Elle fait référence à un jeune ayant travaillé avec l’association Mur’mures, qui avait tenté de mettre fin à ses jours après avoir appris la mort de son frère en prison.

L’immersion passe aussi par le son. Des bruits de portes, des voix et des échanges entre détenus rythment la visite. Après une dizaine de minutes, cette ambiance devient pesante pour nous. Yannick Deslandes, lui, l’a vécu pendant des années. "Dès le matin, quand les portes commencent à s’ouvrir, on entend ce bruit de détenus qui parlent, qui s’insultent parfois", raconte-t-il. L’ancien détenu reconnaît lui-même que cette reconstitution peut raviver des souvenirs difficiles. "Il y a peu de temps, en rangeant des affaires avec ce bruit, je me suis revu dans ma cellule. Ce n’était plus l’intervenant, mais le détenu qui ressortait."

Trois anciens détenus ont participé à la conception de la cellule, aux côtés de dix jeunes de la Protection judiciaire de la jeunesse, d’une ancienne sans-abri et épouse de détenu, ainsi que d’un artiste-peintre dont le père était un ancien gangster.

Le message que souhaite faire passer Yannick Deslandes n’est pas de nier la fonction punitive de la prison, mais de questionner ses effets. "La prison n’a rien réparé, elle m’a puni", résume-t-il. Il s’interroge notamment sur les humiliations quotidiennes imposées aux détenus : "Comment peut-on espérer changer les gens, en faire de bons citoyens, s’ils vivent ce genre d’humiliations au quotidien ?"

De 22 ans de prison à la prévention de la délinquance
Âgé de 57 ans, Yannick Deslandes a grandi à Barbès, dans le 18e arrondissement de Paris, au sein d’un environnement familial marqué par la précarité et la violence de son père. Placé en foyer pendant son enfance, il raconte avoir subi des violences au sein de l’institution "censée le protéger". À 16 ans, il est incarcéré pour une affaire de cambriolage. La prison ne met pas fin à son parcours délinquant, puisqu’il s’engage ensuite dans le trafic international de stupéfiants et est condamné à 17 ans de prison le jour de ses 40 ans.

Derrière les barreaux, plusieurs rencontres vont toutefois modifier sa trajectoire. Un détenu lui apprend à lire et à écrire. Une psychologue l’aide à travailler sur son enfance. Après une tentative de suicide, l’intervention d’un surveillant contribue également à le pousser à reprendre sa thérapie et ses études. "Il m’a dit : tu as le droit d'avoir envie d'en finir, mais tu n'as pas le droit de laisser un tel héritage. Ça m'a bouleversé. Je me suis battu, j'ai repris la thérapie, les études et j'ai travaillé".
Aujourd’hui, il transforme cette expérience en outil de prévention. Fondateur de l’association Mur’mures, il intervient dans toute la France avec cette cellule mobile et différents ateliers consacrés aux mécanismes de la délinquance, aux promesses de l’argent facile et aux réalités de l’incarcération. Auteur de l’autobiographie Au-delà des murs, Yannick Deslandes souhaite désormais sensibiliser les plus jeunes.
Un projet qui entre dans le cadre des actions menées par la ville de Villeurbanne
Ces dernières années, le quartier du Tonkin a été au cœur de l'actualité, sur fond de narcotrafic. De nombreuses fusillades ont été recensées, en plus d’un trafic de drogue omniprésent. Face à cela, la municipalité de Villeurbanne, emmenée par Cédric Van Styvendael, en a fait l'une de ses priorités du premier mandat. Une brigade spécialisée de terrain (BST), composée de 13 agents, avait notamment été déployée dans ce quartier. La cellule mobile présentée ce mercredi entre dans cette lutte, mais surtout dans le programme "Prévenir la participation des jeunes aux trafics de stupéfiants" mis en place par la Ville de Villeurbanne et financé par la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives). Mardi, une journée d’échanges sur le recrutement des jeunes dans les réseaux de narcotrafic a eu lieu à l’Espace Tonkin avec des professionnels, des associations ou encore des jeunes.
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