Près de 37 ans après sa sortie de prison, l’artiste Didier Chamizo est revenu dans le tunnel qui reliait autrefois les prisons Saint-Paul et Saint-Joseph, à Lyon. L’artiste, qui a passé 17 ans derrière les barreaux, y a retrouvé certaines de ses œuvres peintes durant son incarcération.
Dans ce tunnel reliant les anciennes prisons Saint-Paul et Saint-Joseph (Lyon 2e), les souvenirs ressurgissent. "Ça me rappelle les copains de la prison, en particulier ceux qui sont malheureusement décédés", nous confie l'artiste peintre Didier Chamizo. L’atmosphère du lieu contraste avec les guirlandes installées aujourd’hui et les sublimes peintures. "Il faut s’imaginer qu’on arrivait avec notre paquetage dans un tunnel très sombre, pas propre, très humide, et avec l’idée qu’une fois arrivé au bout, on n’en sortirait pas pendant un long moment." L’humidité se fait encore énormément ressentir, avec une chaleur presque étouffante.

Sur les murs, certaines œuvres de Chamizo témoignent encore de cette période. "Ce sont des tableaux que j’ai peints lors de mon incarcération", explique l’artiste. L’un d’eux a aujourd’hui trouvé une place aux côtés d’œuvres de grands noms de l’histoire de l’art. "Ils m’ont mis à côté de Picasso, c’est pas mal, non ?" Avec humour, Chamizo compare son style à celui d’un autre artiste urbain célèbre : "Ces tableaux ressemblent à du Banksy en couleur. Sauf que c’est plutôt du Chamizo en noir et blanc."

Un robinet qui fait couler les droits de l’Homme
Au bout du tunnel, derrière une porte appartenant aujourd’hui à un local technique de l’UCLy, se trouve une autre œuvre réalisée pendant son incarcération : un robinet ouvert. Mais au lieu de l’eau, ce sont les mots de l’article 3 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui semblent couler (ndlr, "tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne"). "J’en ai fait un flot en l’écrivant en français, en espagnol, en russe et même en chinois, histoire que le personnel de la prison mette du temps à comprendre ce que j’écrivais sur les murs", nous dit-il en riant.

Même si les prisons ont disparu, le passé reste visible sur les parois du tunnel. Les anciennes traces laissées par les chariots de nourriture sont encore perceptibles. Faute d’espace, les chariots devaient longer les murs pour circuler. Des marques sont restées.
"Ça m’a laissé une trace"
Revenir dans ce lieu n’est pas anodin pour l’artiste. Les années d’incarcération ont laissé des séquelles qu’il évoque avec recul. "Ça m’a laissé une trace. Je suis devenu agoraphobe et un peu claustrophobe." Pour autant, Chamizo assure ne pas vivre tourné vers cette période de sa vie. "En dehors de ça, je n’y repense jamais. Je me dis toujours qu’il ne faut pas s’attarder sur le passé. Après tout, quand on conduit, on regarde plus devant que dans le rétroviseur !"

À noter que son exposition "Sans les murs" est à retrouver au sein de l'UCLy jusqu'au 19 novembre prochain.
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