Image d’illustration école (Photo by MARTIN BUREAU / AFP)

Grève dans le Rhône : avec 60 à 75 % de grévistes attendus, une école sur trois pourrait être fermée le jeudi 13 janvier

Jeudi 13 janvier, une large intersyndicale allant des syndicats de personnels, de chefs d'établissements, d'inspecteurs et de parents d'élèves appellent à la grève dans les écoles. Dans le Rhône, une très large mobilisation se profile.

Depuis la rentrée le 3 janvier 2022, le protocole sanitaire a déjà changé trois fois dans les écoles pour faire face à la nouvelle vague de covid-19. Les élèves, comme les professeurs sont nombreux à se retrouver positifs au Covid-19 ou cas contact dans les établissements scolaires. Une situation qui vient désorganiser complètement les écoles : classes sans professeurs, professeurs sans élèves. Et les personnels sont en colère. Ils demandent des remplaçants pour les professeurs malades et plus de protections face au virus. Une grève a été appelée par plusieurs syndicats en France et dans le Rhône.

Le SNUIPP-FSU estime que 70 à 75 % des personnels pourraient être grévistes dans les écoles maternelles et primaires, et Sud Education estime ce chiffre à 60 % dans le primaire, et 40 % dans le secondaire. Des chiffres "historique" selon ces syndicats, qui n'ont jamais connu une telle mobilisation. C'est près d'une école sur trois qui pourrait être fermée dans le département.

"On veut garder les écoles ouvertes, mais qui sécurisent les personnels, les enfants et les familles" 

Syndicats d'enseignants, de chefs d'établissements, et même d'inspecteurs ont appelé à la grève ou la soutiennent. Une mobilisation sans précédent. Les grévistes dénoncent l'absence de protections fournies aux personnels face au covid, comme les masques FFP2, les purificateurs d'air ou les capteurs de CO2. Deuxième revendication majeure : le recrutement de personnel pour remplacer les enseignants malades ou à l'isolement. "Les collègues sont épuisés, il y a des centaines de classes où il n'y pas d'enseignants, des centaines de classes où il n'y pas d'élèves ou qu'une partie des élèves, et ils ne peuvent pas réellement avancer", explique Benjamin Grandener, directeur d'école et représentant départemental du syndicat SNUIPP FSU 69.


"Les collègues sont épuisés, il y a des centaines de classes où il n'y pas d'enseignants, des centaines de classes où il n'y pas d'élèves ou qu'une partie des élèves, et ils ne peuvent pas réellement avancer", explique Benjamin Grandener, directeur d'école et représentant départemental du syndicat SNUIPP FSU 69.


"Nous on veut garder les écoles ouvertes, mais des écoles qui sécurisent les personnels, les enfants et les familles. On veut des masques, des protocoles de tests clairs, qui ne changent pas tous les trois jours. On parle de masques FFP2, ce n'est pas le bout du monde ! ", peste Paul Sesboüé du syndicat Sud Education 69. Il estime que la mobilisation sera particulièrement forte. 

Du côté des collèges et lycées, les revendications sont les mêmes : des protections, et des remplaçants. Face à l'explosion des contaminations, délivrer un enseignement aux élèves devient particulièrement compliqué. "Il y a une discontinuité pédagogique dans le second degré. Il n'est pas rare qu'un quart des enseignants soient absents dans un établissement. Les élèves sont malades, ou vont se faire tester et reviennent, c'est un peu l'enfer dans les classes", témoigne Rindala Younes, secrétaire académique du SNES-FSU. 

Des personnels très remontés

Dans la voix de Benjamin Grandener, l'agacement et la lassitude se font ressentir. Le directeur d'école n'en peut plus de devoir gérer le "chaos" dans son école. "J'ai 20 ans de carrière, jamais je n'ai fait une grève annoncée seulement d'une semaine sur l'autre. Ça n'existait pas avant 2022, Jean-Michel Blanquer et le covid", tempête-t-il. Car son syndicat a annoncé son appel à la grève seulement la semaine précédent le 13 janvier, comme le reste de l'intersyndicale. 


"On ne fait pas grève pour seulement demander des masques chirurgicaux. Il y a une exaspération, une colère face au mépris qu'on essuie. Le Ministère de l'Éducation Nationale qui parle "d'absentéisme" des professeurs (malades du covid ou cas contact, ndlr), ça rend les collègues fous de rage", s'indigne Rindala Younes du syndicat SNES-FSU.


L'épuisement règne, mais aussi l'indignation face au "mépris" du gouvernement. "La communication du ministre ne s'est faite que sur les médias privés depuis 2 ans, on découvre les protocoles à la télévision. (...) Jean-Michel Blanquer montre aussi de la défiance et du mépris envers les personnels. C'est humiliant", pointe du doigt, Paul Sesboüé du syndicat Sud Education 69. Au delà du covid-19, il dénonce un "véritable épuisement" qui date d'avant la crise sanitaire et veut défendre une école "solidaire, publique et laïque".

Chez les syndicats des collèges et lycées, même son de cloche. "On ne fait pas grève pour seulement demander des masques chirurgicaux. Il y a une exaspération, une colère face au mépris qu'on essuie. Le Ministère de l'Éducation Nationale qui parle "d'absentéisme" des professeurs (malades du covid ou cas contact, ndlr), ça rend les collègues fous de rage", s'indigne Rindala Younes. En témoignent les prévisions record de participation à la grève. 

À Lyon, une grève suivie à la marge par les agents

Les enseignants ne sont pas les seuls à faire grève. Tous les agents des écoles, comme les ATSEM, les AVS ou les personnels des cantines, sont également appelés à la mobilisation. À Lyon, selon les chiffres données par la Ville, qui emploie ces agents, seulement 5 % se sont déclarés. Cela représente environ 110 agents, ce qui entraînera des perturbations dans 58 écoles sur 207.

Et le covid-19 touche particulièrement les agents des écoles selon les syndicats. "Ce qui se passe dans les écoles, c'est qu'il y a un tel taux d’absence chez les agents... Ça tombe comme des mouches, c’est fou", s'exclame Sébastien Douillet de la CGT Ville de Lyon. "On en est à un point où même les remplaçants tombent malades", poursuit-il. Et la charge de travail se reporte donc sur les agents restants. Selon l'UNSA, 220 agents manquaient déjà il y a quinze jours. 


"Ce qui se passe dans les écoles, c'est qu'il y a un tel taux d’absence chez les agents... Ça tombe comme des mouches, c’est fou. On en est à un point où même les remplaçants tombent malades", s'exclame Sébastien Douillet de la CGT Ville de Lyon.


Pour autant, le taux de gréviste n'est pas particulièrement élevé. La faute à une note encadrant le droit de grève prise par la mairie de Lyon en août 2021, selon les syndicats. Les agents des écoles doivent se déclarer 48h à l'avance et doivent faire grève toute la journée, et plus seulement quelques heures, ce qui entraîne une plus grosse perte de salaire.

"On voit des agents très très fatigués, ils sont au bout du rouleau. Ils sont tellement occupés avec les tâches quotidiennes, l'application des protocoles sanitaires et d'hygiène... Avec la nouvelle note, s’ils oublient de prévenir 48h à l’avance, c’est compliqué pour faire grève", explique Rabiâa Vincent permanente du syndicat UNSA, et élu au CHSCT. Le syndicat a réclamé à la Ville de Lyon des masques FFP2 pour les agents, et l'octroi de jours de congés supplémentaires. Des revendications et une grève même soutenue par les parents d'élèves, puisque la FCPE (fédération de parents d'élèves) appelé les parents à ne pas mettre leurs enfants à l'école. 

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