Ricochets, de Jérôme Donna, au parc de la Tête d’Or. (Photo DR)

Fête des lumières 2021 à Lyon : à l’origine des "Ricochets" du Parc de la Tête d’Or, reportage

Attendu, le retour de la Fête des lumières à Lyon s’accompagne d’un investissement plus important du Parc de la Tête d’Or. Du 8 au 11 décembre, trois oeuvres lumineuses seront projetées de la porte du Rhône au bout du lac, où des ricochets lumineux se formeront à la surface de l’eau avant de se répercuter sur le feuillage des arbres. Plongée dans les coulisses d’une oeuvre réalisée par les agents de la ville de Lyon. 

Jamais la lumière n’était allée aussi loin dans les entrailles du Parc de la Tête d’Or. Plutôt habituées au passage des canards, des pédalos et des ricochets des enfants, les eaux du bout du lac, devant le Vélodrome, sont le théâtre depuis une semaine d’un curieux ballet d’hommes en jaune montés sur des barques. Dans leur sillage, ils entraînent de petites structures rondes, reliées les unes aux autres, avant de les disposer de manière éparse sur le plan d’eau. 

Au total une centaine de "modules" flottent sur le lac du Parc de la Tête d'Or afin de donner naissance à l'oeuvre "Ricochets" de Jérôme Donna. (Photo Hadrien Jame)

Jeudi 2 décembre, à moins d’une semaine du début de la Fête des lumières, ils sont une dizaine à s’activer sur les bords du lac pour installer le cadre de Ricochets, une oeuvre pensée par l’éclairagiste de la ville de Lyon, Jérôme Donna, et les équipes de l’éclairage urbain. Plus habitués à concevoir l’éclairage des bâtiments publics et à changer les lampes qui illuminent les rues à la tombée du jour, ces agents municipaux travaillent d’arrache-pied pour donner forme au projet, très personnel, de Jérôme Donna qui s’est plongé dans son enfance et s’est inspiré du lieu pour imaginer ces ricochets de métal.  


"J’avais envie de montrer la beauté du Parc de la Tête d’Or. Il était donc intéressant d’avoir un dialogue entre l’installation flottante et l’installation végétale. Que je puisse jouer avec les deux éléments" Jérome Donna, concepteur de "Ricochets"


Une centaine de ricochets installés sur le lac

Le 8 décembre, dès 19 heures, une centaine d’entre eux s’allumeront de concert pour donner naissance à des ricochets de lumière sur le lac, qui viendront se répercuter sur la canopée végétale entourant la rive. "J’avais envie de montrer la beauté du Parc de la Tête d’Or. Il était donc intéressant d’avoir un dialogue entre l’installation flottante et l’installation végétale déjà présente, que je puisse jouer avec les deux éléments", glisse Jérôme Donna, en gardant un oeil sur le travail de ses équipes présentes sur des barques. 

En six minutes, les spectateurs présents sur la berge, située du côté de la Roseraie, pourront voir une nuée d’oiseaux s’envoler de la canopée végétale, dérangés par les ricochets, avant que des animaux ne fassent irruption dans la toile de fond, comme un clin d’oeil aux occupants du Zoo situé un peu plus loin. "Peut-être que l’un d’eux va s’énerver un peu et resouffler tous les ricochets de l’autre côte de la berge, en direction du public. Un peu plus tard, à l’approche d’un gros nuage, quelques gouttes d’eau vont tomber et du coup je vais faire danser les ondes pour que l’on ait vraiment la sensation que le plan d’eau vibre. Finalement, lorsque l’on fait un ricochet on voit le résultat de la lumière qui vibre sur le plan d’eau", explique, le concepteur de l’illumination sans dévoiler toute la trame de l’oeuvre pour garder une part de surprise. 

Toujours innover et surprendre

Le "module" qui permet de créer les ricochets pèse environ 7 kilos et flotte sur l'eau à l'aide d'une simple chambre à air. Un ruban led est installé sur le tour de la structure pour générer la lumière. (Photo Hadrien Jame)

Car, aujourd’hui, au regard de la multitude d’oeuvres installées à Lyon depuis les débuts de la Fête des Lumières, la plus grande difficulté est sans doute de "rester créatif et de surprendre les spectateurs. Ça l’est d’autant plus pour moi que j’en fais chaque année", assure celui qui participe à la fête depuis 2004. L’événement ne doit à Jérôme Donna rien de moins que "15 ou 16 projets", difficile de garder le compte les années passant, mais cela n’a finalement rien de surprenant lorsque l’on sait qu’il a fait ses débuts chez les Éclairagistes associés, là "où la Fête des Lumières s’est créée. J’ai toujours baigné dedans", lâche-t-il dans un sourire. 

À l'origine de cette oeuvre, Jérôme Donna est l'éclairagiste de la ville de Lyon. (Photo Hadrien Jame)

Adepte des créations qui mélangent une installation plastique lumineuse et un support graphique ou vidéo, Jérôme Donna n’a pas dérogé à son principe pour concevoir Ricochets, où il joue entre un support végétal et de petites structures en aluminium d’1m60 d’envergure et 7 kilos, qui reposent sur une chambre à air gonflée. Un travail artisanal qui s'accompagne d’un show vidéo et d’un peu de mapping, mais pas trop, car "le mapping pur est parfois un peu rigide et prévisible pour le public". À l’inverse, le rebond des ricochets piloté de manière électronique depuis la berge se veut "souple, presque naturel et organique". 


"Sur un projet comme ça, il y a plus de retour et c’est gratifiant, cela donne du sens à ce qu’ils font." Jérome Donna, concepteur de "Ricochets"


De l’ombre à la lumière

Pour les agents de la direction de l’éclairage urbain, cette "pièce finale qui vient conclure le parcours de la fête à l’intérieur du parc" est l’occasion de pousser le "curseur créatif plus loin. On raconte une histoire pour emmener les gens dans un monde, après ils accrochent, ou pas, mais on peut aller plus loin", fait valoir Jérôme Donna dont on peut observer le travail d’éclairage tout au long de l’année sur l’ancien Palais de justice, la passerelle Masaryk ou encore la voûte de Landine. Une dernière création, située sous la gare Perrache, où la créativité ne manque pas, mais reste contenue même si depuis son arrivée à la Ville Jérôme Donna reconnaît avoir apporté sa touche personnelle dans le travail du quotidien et que les mises en lumières sont désormais "moins classiques".

Une dizaine d'agents de la direction de l'éclairage urbain de Lyon sont mobilisés depuis une semaine pour installer les ricochets sur le lac du Parc de la Tête d'Or. (Photo Hadrien Jame)

Au-delà de l’intérêt créatif, pour son équipe, la Fête des lumières est aussi "l’aboutissement" d’une année passée à oeuvrer dans l’ombre pour illuminer la ville. "C’est intéressant de mettre en avant le travail des agents de la maintenance. Là ils peuvent participer à un projet où il y a un retour immédiat avec le public. Au quotidien quand ils changent une lampe ce n’est pas souvent que l’on va leur dire, « C’est bien, on est content de ce que vous faites ». Là, sur un projet comme ça, il y a plus de retour et c’est gratifiant, cela donne du sens à ce qu’ils font.", se réjouit Jérôme Donna. 


"Notre quotidien c’est quand même de s’occuper de la scénographie et de la mise en lumière de la Ville de Lyon." Jérome Donna, concepteur de "Ricochets"


Les dizaines de lignes qui reposent sur l'eau ne font pas la même longueur et ne sont pas exactement alignées pour donner un sentiment de mouvement aux ricochets une fois que les modules s'allumeront. L'installation ne s'est pas faite sans accroc, l'une des structures ayant coulée dès le début après l'explosion d'une chambre à air. (Photo Hadrien Jame)

Un savoir-faire lyonnais

"Plus vivante, plus fun, plus festive", l’oeuvre réalisée chaque année par les agents de la ville est aussi la première vitrine du talent lyonnais en matière d’illumination. Avec le temps, l’éclairagiste en chef estime même qu’"une petite attente, une renommée", s’est créée autour du travail de ses équipes alors que "beaucoup de Fêtes des lumières à travers le monde ou en France viennent faire leur marché des artistes à Lyon, chercher un savoir-faire ici". Derrière, l’idée est aussi de pouvoir faire voyager les oeuvres présentées, "les autres artistes le font beaucoup, nous moins parce que notre quotidien c’est quand même de s’occuper de la scénographie et de la mise en lumière de la Ville de Lyon", souligne Jérôme Donna qui a tout de même pu exporter l’une de ses créations pour la Ville à Quito, en Équateur, et à Genève.


"Beaucoup de Fêtes des lumières à travers le monde ou en France viennent faire leur marché des artistes à Lyon, chercher un savoir-faire ici." Jérome Donna, concepteur de "Ricochets"


Mais avant de rêver à un éventuel voyage pour sa nouvelle oeuvre, il s’agira déjà de faire voyager les spectateurs qui se réuniront dès mercredi soir sur la berge du lac de la Tête d’Or. D’ailleurs, Jérôme Donna sera aux premières loges pour scruter les réactions devant son souvenir d’enfance mis en lumière, car "tant que la première boucle n’a pas joué et que le public n’a pas exprimé une première émotion je suis prudent sur ma proposition", glisse-t-il avec modestie en allant retrouver ses équipes.

C'est de cet espace que les visiteurs pourront assister à la naissance des ricochets sur le lac, avant qu'ils ne viennent se répercuter sur la canopée visible en toile de fond. (Photo Hadrien Jame)

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