Renaud Payre
Renaud Payre

"La dérégulation ne remplacera jamais l’investissement" : Renaud Payre alerte sur la loi logement

Renaud Payre, conseiller métropolitain à la Métropole de Lyon, coprésident du groupe d'opposition Les Écologistes, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Face au projet de loi sur le logement porté par le gouvernement, Renaud Payre exprime à la fois un intérêt prudent et de fortes inquiétudes. S’il salue le retour du logement au cœur de l’agenda politique, il alerte sur le manque de clarté et surtout de moyens. "Quelle joie d'avoir un Premier ministre qui parle de logement [...] c'est une bonne nouvelle", reconnaît-il, tout en pointant rapidement les limites des annonces. Entre relance de la rénovation urbaine et objectif de construction massive, l’élu écologiste redoute un décalage entre ambition affichée et réalité budgétaire : "Quand il s'agira de dire quels sont les moyens, je crois que ce sera le temps de la désillusion."

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Inquiétudes sur la dérégulation et le logement social

Parmi les mesures envisagées, la remise sur le marché locatif des passoires thermiques cristallise ses critiques. Pour lui, l’enjeu environnemental est majeur et ne peut être contourné par des assouplissements réglementaires : "C'est une mauvaise nouvelle sur le plan environnemental [...] cela veut bien dire qu'il y a un problème." Il s’interroge également sur l’effectivité des obligations de travaux et sur l’accompagnement des locataires confrontés à des factures énergétiques élevées. Plus largement, Renaud Payre dénonce une logique de dérégulation qui, selon lui, ne remplacera jamais l’investissement public : "La dérégulation ne se substitue jamais au manque d'investissement."

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Un déséquilibre dans la représentation des acteurs

L’élu réagit aussi à la commande d’un rapport sur les relations entre locataires et propriétaires confié à un représentant de ces derniers. S’il reconnaît l’importance du parc privé, il juge la démarche déséquilibrée : "Confier un rapport [...] aux représentants des propriétaires [...] c'est pour le moins partial." Il appelle à mieux intégrer la voix des locataires, notamment dans un contexte de hausse des expulsions. "Le vrai phénomène préoccupant, ce sont les expulsions locatives [...] elles ont été multipliées par deux en moins de dix ans", insiste-t-il, appelant à des politiques publiques centrées sur le pouvoir d’achat et l’accès au logement.

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Plus de détails dans la vidéo :


Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, on va parler de logement et nous recevons pour cela Renaud Payre, qui est conseiller métropolitain à la Métropole de Lyon, coprésident du groupe d'opposition Les Écologistes et aussi ancien vice-président au logement de la Métropole de Lyon. Bonjour Renaud Payre. Bonjour Éloi Thiboud. Merci d'être venu sur notre plateau. On vous reçoit aujourd'hui pour connaître votre opinion sur le projet de loi du Premier ministre, monsieur Lecornu, qui est censé passer avant l'été. Il y a beaucoup de choses, mais il y a quand même trois propositions que je voudrais examiner avec vous. La première : la possibilité de remettre des passoires thermiques notées F et G sur le marché locatif, sous condition de travaux dans les trois ans ; mais aussi redonner du pouvoir aux maires pour attribuer des logements sociaux dans un certain contexte ; et aussi interdire à certaines personnes d'accéder à des logements sociaux en leur donnant un droit de veto. Et puis enfin, de manière générale, le projet de loi entend simplifier — on pourrait aussi dire déréguler —, c'est-à-dire limiter les contraintes réglementaires pour permettre à la construction de bâtir plus rapidement. J'imagine que ce n'est pas une direction qui ne vous satisfait pas, mais est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi ?

D'abord, quelle joie d'avoir un Premier ministre qui parle de logement. On attend cela depuis 2017, sous la présidence d'Emmanuel Macron. Cela n'était pas arrivé. Donc un Premier ministre qui met la question du logement en haut de la pile, c'est une bonne nouvelle. Oui, c'est une bonne nouvelle. Un Premier ministre qui dit : « J'ai envie de construire plus de logements » et qui annonce le chiffre de 2 millions d'ici 2030.

Je crois malheureusement que la crise au Moyen-Orient, l'augmentation des coûts de construction vont freiner ce projet, mais prenons ce qu'il y a à prendre : c'est une bonne annonce. Donc je veux quand même partir de cela. Après, beaucoup de flou, beaucoup de flou quand même. On a un Premier ministre qui nous annonce une relance de l'Agence nationale de la rénovation urbaine : très heureux. Nous nous sommes battus ici, dans la Métropole de Lyon, mais même au niveau national, pour qu'il y ait un programme de rénovation urbaine numéro 3. On est très heureux, mais comment va-t-il être financé ?

Est-ce que l'ancien 1 % patronal — vous savez, les entreprises participent à la production, à la construction de logements — va être mobilisé ? Est-ce que Action Logement va continuer à financer l'ANRU ? Le périmètre de l'ANRU, donc de la rénovation urbaine, va-t-il être le même ? Ou est-ce qu'on va enfin avancer un peu plus vers de la réhabilitation ? On a un grand dossier dans notre métropole, qui est le projet du quartier des États-Unis. Nous avons essayé de convaincre, on a plaidé pendant les deux dernières années pour qu'il y ait une prise en compte. On ne sait pas si c'est dans le spectre, en tout cas dans l'attention du Premier ministre.

Là, on parlait des moyens, mais tout de même sur les objectifs et sur les outils qui sont développés ?

Après, moi je suis assez inquiet sur un certain nombre de choses. Notamment remettre en location les passoires énergétiques, les « bouilloires thermiques », les étiquettes G et F, sur le marché. Les remettre en location. Tout le monde pourrait se dire qu'il y a un manque de logements en location, que c'est une bonne nouvelle. C'est une mauvaise nouvelle sur le plan environnemental, parce que si ce sont des passoires énergétiques, si elles l'ont été et si elles ont été évaluées comme telles, cela veut bien dire qu'il y a un problème. Or c'est un vrai enjeu aujourd'hui : le logement participe à la production de gaz à effet de serre, donc c'est une vraie question.

Il y a un compromis : c'est sous condition de travaux dans les trois années après la remise en location.

Aujourd'hui, c'est normal, on n'en est qu'au stade des annonces. On ne comprend pas tout à fait comment on va avoir la garantie que le propriétaire fera bien les travaux. Est-ce que c'est simplement le fait qu'on peut produire des devis ? J'ai envie de dire : et qu'on les fera dans cinq, six, sept ans, ou peut-être jamais ?

Ce n'est pas très concret.

Ce n'est pas très concret, mais par ailleurs c'est le quotidien des locataires qui est affecté. Allons-nous aider les locataires qui vont dépenser plus à la fin du mois à cause de leur facture, parce qu'ils sont dans les étiquettes énergétiques les plus basses, G et F ? Est-ce qu'on va les aider ? Est-ce qu'on va aider les propriétaires, et notamment les plus modestes, à faire des travaux ? C'est notamment un des enjeux de l'Agence nationale de l'habitat.

Or aujourd'hui, son sort est menacé, son budget est menacé. Donc vous voyez, il peut y avoir beaucoup d'annonces, mais quand il s'agira de dire quels sont les moyens, je crois que ce sera le temps de la désillusion. Donc il faut faire attention aux effets d'annonce. Je suis très heureux qu'il y ait des annonces gouvernementales sur le logement. Je crains malheureusement que la dérégulation ne se substitue pas, comme elle ne s'y substitue jamais, au manque d'investissement.

Très bien, la balle sera dans le budget à venir et la bataille s'annonce rude.

Depuis le début du premier mandat d'Emmanuel Macron, il n'y a jamais eu d'investissement en faveur du logement.

Donc ce sera peut-être la première fois. On arrive vers la fin de l'émission. Simplement, il y a aussi une actualité nationale, mais qui nous touche à Lyon, puisque le gouvernement a demandé à la Cour des comptes la rédaction d'un rapport sur la relation entre locataires et propriétaires. Il a été confié à monsieur Sylvain Grataloup, que l'on connaît à Lyon puisqu'il est le président en France de l'UNPI, mais aussi localement. C'est un Lyonnais et il a été longtemps — et peut-être qu'il l'est encore d'ailleurs — au sein du comité local. C'est donc un organisme qui représente les propriétaires. Pour vous, comment avez-vous reçu cette annonce, cette nomination ?

D'abord, quand on demande un rapport sur le parc privé, c'est très important. En effet, le parc privé, le logement privé, a un rôle très important dans l'ensemble de l'offre de logements et dans la relation aux locataires. C'est donc très important. Confier un rapport orienté sur la relation locataires-propriétaires aux représentants des propriétaires de l'UNPI, qui est le principal groupement de représentants des propriétaires, c'est pour le moins partial.

Peut-être eux qui ont la clé aussi pour débloquer le marché locatif...

D'accord, pourquoi ne pas le confier également aux représentants des locataires, qui ont leur mot à dire ? Et puis j'ai envie de vous dire, au-delà de cela, c'est l'obsession de plusieurs ministres. C'était le cas du ministre du Logement, Kasbarian. C'est le cas aujourd'hui du ministre du Logement, Jean Brun. L'obsession tourne autour des impayés de loyers. Mais je veux rappeler une chose : aujourd'hui, le vrai phénomène préoccupant, ce sont les expulsions locatives. 200 000 en 2025. Elles ont été multipliées par deux en moins de dix ans, sans parler des personnes qui partent avant qu'il y ait recours à la force.

Se dire que s'il y a une expulsion locative, c'est qu'il y a un problème. Et le problème, nous le connaissons toutes et tous : c'est que le logement coûte de plus en plus cher. Il faut aider les locataires à faire face, et j'ai envie de dire les Français et les Françaises, à faire face au coût du logement et à la part du logement dans leur budget. C'est cela, une des vraies propositions que nous serons amenés à apporter, les uns et les autres, dans nos différents mandats.

Merci beaucoup, Renaud Payre. Le message est passé. C'était les 6 minutes chrono. Quant à vous, merci d'avoir suivi cette émission. Plus de détails sur l'actualité locale sur le site lyoncapitale.fr. Je vous dis à très bientôt.

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