Pierre Rauzada, président de l’association Les Droits du piéton du Rhône, est l’invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Face aux projets de réouverture à la circulation de certains axes du centre-ville de Lyon, l’association Les Droits du piéton du Rhône tire la sonnette d’alarme. Son président, Pierre Rauzada, critique vivement la possible remise en cause de la zone à trafic limité (ZTL) et la réouverture de la rue Grenette (Lyon 2) aux voitures. "On a bien peur qu’elle devienne une zone à trafic illimité", déplore-t-il, estimant qu’un tel choix irait à contre-courant des grandes villes européennes. Pour lui, revenir en arrière serait synonyme d’une dégradation de la qualité de l’air et des conditions de vie des habitants : "Supprimer la ZTL pour retrouver une circulation massive serait non seulement à l’encontre des piétons et de l’air que l’on respire, mais aussi très ringard."
Une vision opposée des mobilités
Au-delà de la seule rue Grenette (Lyon 2), Pierre Rauzada dénonce une orientation politique qu’il juge favorable à la voiture au détriment des piétons. Il rappelle qu’avant les aménagements, près de 10 000 véhicules transitaient chaque jour par cet axe, avec des conséquences directes sur la pollution et le bruit. "Revenir à 10 000 voitures, c’est une réaction pire qu’un conservatisme", affirme-t-il, pointant une idéologie "pro-voiture" qui négligerait les usagers les plus vulnérables. Selon lui, les décisions à venir devraient prioritairement protéger les piétons, qu’il qualifie de "plus nombreux et plus fragiles" en milieu urbain.
Le piéton au cœur des priorités
Interrogé sur les priorités du nouvel exécutif métropolitain, le président de l’association appelle à un changement de paradigme. "Le piéton doit être au cœur des mobilités, c’est lui le numéro un", insiste-t-il, tout en se disant prêt à travailler avec les élus pour proposer des solutions. Il nuance également l’argument économique souvent avancé en faveur de la voiture : "Les voitures amènent des clients, mais les trottoirs élargis en amènent aussi." Un point de vue qui s’appuie sur l’exemple de commerces bénéficiant d’un flux piétonnier accru depuis les aménagements.
Plus de détails dans la vidéo :
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La retranscription de l'émission avec Pierre Rauzada :
Bonjour à tous, bienvenue dans l’émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous recevons Pierre Rauzada, président de l’association Les Droits du piéton du Rhône, qui défend les intérêts des piétons et leur sécurité dans les rues de Lyon et de la métropole de Lyon. Bonjour Pierre Rauzada.
Un grand bonjour à vous.
Merci d’être venu sur notre plateau. On va entrer dans le vif du sujet pour parler des projets d’aménagement des nouvelles équipes municipales et métropolitaines. On le rappelle : les écologistes ont de nouveau remporté la ville de Lyon, et la droite la métropole de Lyon, avec une nouvelle présidente issue du parti Les Républicains, Véronique Sarselli. On va lister les projets qui vous concernent directement. La métropole souhaite réaménager, voire peut-être supprimer la ZTL, la zone à trafic limité, qui a été initiée par la majorité écologiste et qui permettait une piétonnisation progressive, ou du moins une régulation du trafic en cœur de Presqu’île. Véronique Sarselli a déjà annoncé son souhait de rouvrir la rue Grenette aux voitures. Comment recevez-vous ces annonces et quelle est votre opinion dans votre association ?
Alors, pour la zone à trafic limité, on a bien peur qu’elle devienne une zone à trafic illimité. Ce serait assez ringard de la part de Madame Sarselli de faire cela. Dans toutes les grandes capitales d’Europe, dans des villes comme Turin, Milan ou Barcelone, il y a des ZTL, c’est-à-dire qu’on encadre la voiture. On ne fait pas en sorte que cette voiture soit de masse. Donc, si Lyon faisait cela, supprimer la ZTL pour retrouver une circulation massive, ce serait non seulement à l’encontre des piétons et de l’air que l’on respire, mais ce serait aussi très ringard par rapport à ce qui se fait dans les grandes villes européennes.
On parle surtout de la rue Grenette actuellement. Même s’il y a eu ces débats pendant la campagne, la majorité du grand cœur lyonnais n’a pas tranché sur la suppression de la ZTL. Il s’agirait plutôt de rouvrir la rue Grenette aux voitures, donc probablement de mélanger bus et voitures. On ne sait pas encore exactement comment cela se ferait. Dès qu’il y a les bus sur la partie nord de la rue de la République, qui est aujourd’hui piétonne — elle a été piétonnisée il y a quelques années sous le mandat de Bruno Bernard —, pour vous ce serait un recul de rouvrir cette partie nord actuellement piétonne ?
C’est lié à la rue Grenette. On reviendrait à la situation d’avant. Je la rappelle : 10 000 voitures empruntaient la rue Grenette, dont 9 000 en transit. Moi, je marchais souvent dans cette rue, et je le dis clairement, excusez-moi du mot : ça sent l’essence, ça pollue, ça cancérise. Finalement, pour qui ? Pour du transit. Est-ce que Madame Sarselli ira demander aux habitants de la rue Grenette ? On parle beaucoup des commerçants, qui d’ailleurs n’y habitent pas toujours, mais ira-t-elle demander aux habitants, ceux qui ont des fenêtres sur la rue, si depuis que cette rue a été apaisée, ils sont contents d’avoir un air plus sain et beaucoup moins de bruit ? Revenir à 10 000 voitures, c’est une réaction pire qu’un conservatisme. J’avoue être très dubitatif sur le début de cette mandature. On voit bien une revanche politique, mais elle est aussi basée sur une idéologie. Tout le monde a une idéologie, y compris dans les mobilités. Et celle-ci est très claire : elle est pro-voiture. C’est une logique conservatrice, ultra-conservatrice. J’ai une voiture, je suis le roi, je pars quand je veux, je roule où je veux. Mais qu’en est-il des piétons ? Quel air respirent-ils ? Quelle accidentologie subissent-ils ? J’ai bien peur que, pour certains responsables conservateurs, la sécurité des piétons et la qualité de l’air soient le cadet de leurs soucis.
Dans le détail, la Métropole peut imposer à la Ville de Lyon — qui n’est pas de la même couleur politique — ces deux projets dont on a parlé. On va aussi évoquer un axe moins structurant : la montée du chemin Neuf, pour accéder à la colline de Fourvière. La métropole souhaiterait rouvrir cet axe aux voitures. C’est un axe moins important, avec moins de circulation.
Oui, absolument. Mais il faut rappeler que la montée du chemin Neuf était auparavant ouverte aux voitures dans le sens de la descente, et non de la montée. Pour descendre, les voitures peuvent emprunter la montée de Choulans, avec deux voies de circulation.
Pour vous, l’alternative est déjà suffisante ?
On voit l’aspect très politique, malheureusement. Je le dis avec tristesse, gravité, et même un peu de colère. On oublie les habitants. Or, les plus nombreux sont les piétons. En ville, ce sont eux les plus nombreux et les plus fragiles. Chaque année en France, des dizaines de piétons sont écrasés. Par qui ? Pas par d’autres piétons, ni par des cyclistes, mais surtout par des voitures et des camions. J’aimerais que Madame Sarselli, élue de manière légitime, pense aux plus nombreux et aux plus fragiles : les piétons.
Je pense que le message est passé. On arrive à la fin de l’émission, c’est toujours trop court. Quelles seraient, selon vous, les priorités pour ce nouvel exécutif métropolitain qui a la charge de la voirie ? Quelle devrait être la priorité en matière de sécurité et de défense des intérêts des piétons ?
Si la nouvelle équipe dirigeante veut mettre en place un programme vraiment positif, le piéton doit être au cœur des mobilités. C’est lui le numéro un. Nous sommes prêts à faire des propositions à Madame Sarselli et à son vice-président aux mobilités. Nous sommes prêts à travailler et à construire, comme nous l’avons fait durant la mandature précédente.
Malgré les enjeux économiques, notamment pour le tourisme et le commerce, souvent mis en avant ? Les voitures amènent des clients.
Absolument, les voitures amènent des clients, mais des trottoirs élargis en amènent aussi. Je rappelle que rue Grenette, les trottoirs ont été élargis. Certains commerces ne s’en plaignent pas, notamment le commerce « Aux Merveilleux », ce pâtissier où l’on voit une file impressionnante de piétons venus acheter leurs très bons gâteaux.
Très bien, ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup Pierre Rauzada d’être venu sur notre plateau et de nous avoir présenté l’opinion de votre association. Quant à vous, merci d’avoir suivi cette émission. Vous pouvez retrouver plus de détails sur les mobilités sur le site lyoncapitale.fr. À très bientôt.

Réélire Doucet a été un recul. Un conseil municipal à 50% en opposition dont LFI d'extrème gauche et un budget 4 fois inferieur ceux de la métropole et de la région, toutes 2 à droite. Un recul on vous dit !