La Comédie-Odéon accueille de nouveau l’adaptation théâtrale du roman d’Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles, signée par Victoire Berger-Perrin. Un spectacle poétique et touchant.
Sorti au début de l’année 2016 des presses de la modeste maison d’édition bordelaise Finitude, En attendant Bojangles, le premier roman d’Olivier Bourdeaut, a connu un succès inattendu alliant un formidable bouche-à-oreille à une palanquée de critiques enthousiastes.
Édité à 10 000 exemplaires au départ, le roman a été vendu à plus de 700 000 exemplaires et traduit en trente-deux langues !
Le jeune auteur, qui avait envoyé son manuscrit par la poste, ne s’attendait pas à pareille fête. Dans un contexte morose – qui a empiré depuis ! –, ce roman d’amour plein de gaieté et de fantaisie fut accueilli comme un “happy book” salvateur. Appelant une lecture joyeuse… mais incomplète.
En effet, le livre décrit d’abord un trio nageant littéralement dans un bonheur fait de danse et d’élégance chaloupée. Père, mère et fils (pas encore sorti de l’enfance) combattent les aléas du quotidien en se créant un monde en grande partie imaginaire, où l’amour, l’humour, la musique, la fantaisie et l’ivresse sont des vertus cardinales et des occupations à temps complet.
On rit, on danse avec une élégance surannée, un peu comme chez Francis Scott Fitzgerald. Le morceau de Nina Simone, Mr Bojangles, est une manière de viatique sans cesse rejoué. Rien ne semble pouvoir s’opposer aux jours heureux. Ni les aléas administratifs : les factures sont ignorées. Ni les obligations sociales : l’école pour le garçon, le travail pour le père et la mère sont réduits à une portion si congrue qu’ils semblent inexistants.
Hélas, cette félicité d’apparence éternelle dissimule une fêlure dont la béance n’aura de cesse de s’agrandir dans la seconde moitié du livre. Pas si joyeux que ça donc. Mais d’autant plus poignant. Lorsque, inexorablement, l’ivresse devient alcoolisme et que la fantaisie se transforme, pour la jeune femme, en folie suicidaire… L’écriture, musicale et poétique, d’Olivier Bourdeaut épouse à merveille l’atmosphère enchantée des débuts aussi bien que celle, plus sombre, qui lui succède.
On retrouve les étapes décisives et contrastées du livre dans son adaptation pour la scène réalisée par Victoire Berger-Perrin. Mais ce qui est encore plus remarquable, c’est qu’elle parvient aussi à traduire sur le plateau la poésie et la drôlerie désespérée qui caractérisent la plume d’Olivier Bourdeaut. Il est vrai que, sur le plateau, Charlie Dupont et Tania Garbarski incarnent à merveille le couple heureux puis malheureux, sous l’œil émerveillé puis épouvanté de leur fils, Jérémie Petrus.
La version théâtrale est reprise à la Comédie-Odéon. Courez-y !
En attendant Bojangles – Du 25 mars au 11 avril à la Comédie-Odéon
En attendant Bojangles – Olivier Bourdeaut, éditions Finitude, 160 p., 15,50 €.
