Sofia Soula-Michal, avocate au barreau de Lyon, dont le livre sera adapté au théâtre des Célestins

"Je voulais parler de la vraie justice, loin des clichés" plaide Me Sofia Soula-Michal

Et si pour comprendre la justice, il suffisait d'écouter Baudelaire, Rimbaud, Jacques Brel ou Dalida ?C'est le pari audacieux de Me Sofia Soula-Michal, avocate au Barreau de Lyon, dont le recueil Je défends… ! Le barreau inspté par les maîtres (mots) prend vie sur les planches du théâtre des Célestins, lundi 22 juin, avec dix-huit étudiants en droit de Lyon III. Si la justice m'était contée, un spectacle inédit mêlant droit, musique et poésie.

Un livre né d'une mobilisation

L'histoire commence en 2020, lors de la mobilisation des barreaux de France contre la réforme des retraites. Pour alerter sur les risques pesant sur l'accès au droit, Me Soula-Michal écrit un premier pastiche littéraire : Je défends. L'exercice lui plaît, elle continue. Naît alors un recueil de textes détournés : du Zola, du Victor Hugo, du Rimbaud, du Baudelaire, du Goldman, du Gainsbourg, du Souchon, (etc.), tous réécris à la lumière du droit et de la justice.
"L'idée était de raconter la justice, mais la vraie justice, loin des clichés, d'une manière distrayante et un peu légère." explique l'avocate, qui assume volontiers ce format décalé pour aborder un sujet souvent perçu comme austère.

La justice, loin des clichés

Les sondages sont sans appel : plus de six Français sur dix estiment que la justice est lente et s'en méfient. Sofia Soula-Michal ne balaie pas ces critiques d'un revers de main, la lenteur de l'institution est, selon elle, un fait incontestable. Mais elle tient à rectifier d'autres idées reçues, notamment celle d'une justice laxiste ou politisée. "Les responsables politiques se plaignent du laxisme de la justice jusqu'au moment où eux-mêmes sont concernés" observe-t-elle, soulignant que les récentes décisions rendues contre d'anciens dirigeants ont
démenti cette réputation. Son livre, et désormais le spectacle, veut combler ce fossé entre les justiciables et une institution qui, rappelle-t-elle, est au cœur de la vie de chacun : divorce, licenciement, litige commercial… personne n'y échappe vraiment.

Sur scène : Brel, Vian et Rimbaud en robe d'avocat

Le spectacle Si la justice m'était contée est co-écrit par Me Yanina Castelli, Chrystelle Gazeau (directrice du Collège de droit de Lyon III) et Me Soula-Michal. Il raconte le parcours d'une étudiante qui rêve de devenir avocate, embrasse la profession, en découvre la réalité et fait face aux désillusions, portée par sa passion. Dix-huit étudiants du Collège de droit, la double licence droit et sciences politiques, monteront sur les planches, accompagnés de comédiens professionnels des Célestins et d'un groupe de musiciens.

Au programme, 21 œuvres revisitées : Ne me quitte pas de Brel devient
Ne me coupe pas, Le Déserteur de Boris Vian se transforme en Le Défenseur, le Dormeur du val de Rimbaud inspire Le Plaideur social, et Dalida prête sa voix à un plaidoyer intitulé Laissez-moi plaider.
Sélectionnés lors d'auditions organisées à l'université, ces futurs juristes sont venus avec leur voix, leurs instruments, et surtout leur talent. "Nous avons été assez ébahis, confie Sofia Soula-Michal, de voir une jeunesse qui, au-delà de ses études, déborde de talent.

Un spectacle engagé et solidaire

Au-delà de l'aspect artistique, le projet porte une dimension sociale forte. L'intégralité des recettes sera reversée à des initiatives facilitant l'accès au droit : le Bus du droit lyonnais et arménien, le Fonds de dotation du Barreau, et diverses associations. Des jeunes issus de MJC, d'écoles et de lycées participant au projet d'éloquence Ô Parleurs… sont également invités, pour élargir l'accès à la culture.
Conçu en partenariat avec l'Université Lyon III, le Barreau de Lyon et la Ville de Lyon, le spectacle réunit ainsi étudiants, juges, avocats et grand public dans un même projet : raconter la justice autrement, avec humour, émotion et pédagogie.


Lundi 22 juin 2026 à 20h
Théâtre des Célestins — 4 rue Charles Dullin, Lyon 2e
Billetterie : billetterie.theatredescelestins.com


La retranscirption intégrale de l'entretien avec Sofia Soula-Michal

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui Maître Sofia Soula Michal. Bonjour et merci d’être venue sur le plateau de 6 minutes chrono. Vous avez publié il y a quelques mois ce livre, Je défends le barreau inspiré par les maîtres mots. Un ouvrage en écho au “J’accuse” de Zola, sous-titré Le barreau inspiré par les maîtres mots. C’est un recueil de textes écrit sous forme de pastiches. Vous réécrivez des textes de littérature, mais aussi des chansons : il y a du Souchon, du Rimbaud, du Baudelaire, du Zola, du Victor Hugo, du Jean-Jacques Goldman, du Gainsbourg. Ma première question est simple : d’où vous est venue l’idée d’écrire ce livre de pastiches juridiques et pourquoi avoir choisi Dalida, Rimbaud ou Baudelaire ?

L’idée est venue avec le premier texte que j’ai écrit, Je défends, à l’occasion de la mobilisation de tous les barreaux de France en 2020 contre la réforme des retraites. La forme me paraissait appropriée. La profession s’était vraiment émue, pour ne pas dire scandalisée, de cette réforme qui allait aboutir non seulement à la fermeture d’un certain nombre de cabinets d’avocats, mais surtout à limiter l’accès au droit, qui est au cœur de nos préoccupations. C’est le premier texte que j’ai écrit, puis j’ai continué sur cette lancée. L’idée était de raconter la justice, de parler de la justice, mais de la vraie justice, loin des clichés extrêmement nombreux sur le sujet, d’une manière distrayante et un peu légère, parce que ce n’est pas un sujet facile à aborder.

Vous parliez justement des clichés autour de la justice. Tous les sondages depuis plus d’une décennie montrent qu’il existe un éloignement entre les justiciables et la justice. Il y a une incompréhension, qu’elle soit fondée ou non, c’est multifactoriel. Mais plus de six ou sept Français sur dix estiment que la justice est lente et ne croient plus en elle. Que répondez-vous à ces clichés, qui restent très tenaces ?

Je comprends les justiciables, qui ont des raisons non pas de ne pas avoir confiance en la justice de leur pays, mais qui souffrent de sa lenteur. Cela, c’est un fait incontestable. En revanche, certaines choses sont inexactes, notamment concernant le prétendu laxisme des juges ou le fait que la justice serait extrêmement politisée.

C’est une critique qui revient souvent.

Oui, mais vous aurez remarqué que les responsables politiques se plaignent du laxisme de la justice jusqu’au moment où eux-mêmes sont concernés. Et l’on a pu constater, avec les dernières décisions rendues concernant l’ancien président de la République notamment, qu’elle était loin d’être laxiste.

Le fait de mettre les mots du droit en musique et en poésie, comme vous le faites, est-ce une manière de dire que la justice peut être trop éloignée des gens ? Par exemple, lorsque vous écrivez sur l’air de La groupie du pianiste de Michel Berger : “Il a de la classe, on l’admire, il sait plaire, il sait ébahir, l’avocat pénaliste.” C’est très bien fait. Est-ce aussi une façon de faire passer ce message ?

Merci de me dire que c’est bien fait. C’est une manière de parler de la justice sur des airs qui vont parler à tout le monde. La justice paraît éloignée, mais chaque profession véhicule des idées reçues, comme les experts-comptables par exemple. C’est le propre de chaque métier. Nous avons aussi notre langage, et la justice a son décorum, ce qui peut donner une impression de distance.
Mais elle est au cœur de la vie des gens. Aujourd’hui, je ne connais personne qui ne soit pas concerné, à un moment ou un autre, par une affaire devant le juge aux affaires familiales, le conseil de prud’hommes, le tribunal de commerce ou une autre juridiction.

Vous faites une transition parfaite. Vous dites que la justice est au cœur de nos vies et de la société. Ce livre que vous avez écrit va être mis en scène au Théâtre des Célestins le 22 juin, avec des étudiants en droit de Lyon 3 qui vont l’interpréter sur scène. Comment se passe cette transmission entre une avocate et de futurs juristes ?

C’est une belle histoire. Lorsque l’idée est née, nous avons organisé des auditions à l’université Lyon 3, au Collège de droit, qui correspond à la double licence droit et sciences politiques. Les étudiants sont venus avec leur voix, certains avec leurs instruments de musique. Nous leur avions laissé le libre choix du texte. Ils n’étaient pas contraints de chanter un extrait du livre, qu’ils ne connaissaient d’ailleurs pas forcément. Mais surtout, ils sont venus avec leur talent. Nous avons été assez ébahis. Cela fait plaisir de voir une jeunesse qui, au-delà de ses études, fait d’autres choses et déborde de talent. Ils savent chanter, danser et jouer des instruments de musique.
La transmission se fait à travers le livre, que nous leur expliquons et sur lequel nous travaillons. Mais ils sont aussi accompagnés par des comédiens professionnels du Théâtre des Célestins. Ils seront également sur scène avec un groupe de musiciens professionnels.

C’est aussi ce qui se passe aux Célestins : une programmation plus éclectique, plus ouverte. En tout cas, cela vaut le coup, car la billetterie a ouvert lundi 4 mai. Il y a 744 places au Théâtre des Célestins. Je pense que cela vaut vraiment le coup, parce qu’on peut passer un très bon moment. Et cela permettra de parler de la justice d’une manière différente. Merci beaucoup, Maître Sofia Soula Michal, de nous avoir présenté ce beau projet. Pour plus d’informations, rendez-vous sur lyoncapitale.fr. À très bientôt.

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