© Pierre Jayet

Escapades à Grenoble : un été en mode perché

Aisément accessible depuis Lyon, et pourtant tellement différente, Grenoble, outre la proximité de ses balades nature, donne cet été deux bonnes raisons de (re)découvrir notre voisine montagnarde. La réouverture de la tour Perret qui, de sa plateforme juchée à 60 mètres de hauteur, offre un panorama exceptionnel tandis que les fameuses bulles emblématiques de Grenoble fêtent leurs 50 ans !

La tour Perret © Pierre Jayet

Inaccessible depuis 65 ans, la tour Perret s’ouvre de nouveau au public, à partir du 11 juillet, après s’être refait une beauté. Construite par Auguste Perret un an après Notre-Dame du Raincy – souvent surnommée la Sainte-Chapelle du béton armé – cette tour, peu connue du grand public, est pourtant iconique pour les amateurs d’architecture. Il s’agit de la première tour en béton armé au monde ! Plus célèbre pour son ensemble urbain au Havre après la Deuxième Guerre mondiale, l’architecte livre cependant dès 1925 une tour qui, avec le palais de la Houille blanche (aujourd’hui disparu), est le clou de l’Exposition internationale de la houille blanche et du tourisme qui se tient cette année-là, à Grenoble.

Une montée de l’ordre du spirituel

Cette tour dexposition est commandée par le Touring Club de France, qui est très puissant dans les années 1920 et a quasi rang de ministère. C’est un objet en soi magnifique, particulièrement élégant et dessiné, comme une colonne corinthienne, qui sert de repère aux visiteurs qui viennent à Grenoble mais n’a pas d’autre but que celui de monter et admirer les montagnes”, explique Cédric Avenier, architecte, membre du comité scientifique et du comité de pilotage de la restauration de la tour Perret. Avec son belvédère à 60 mètres de hauteur, accessible par ascenseur ou escalier, la tour offre une vue à 360 degrés au-dessus du parc du Mistral et de la ville, à la croisée des massifs de la Chartreuse, Belledonne et du Vercors. “La montée a quelque chose de spirituel, la tour s’apparente à une cathédrale de lumière, avec beaucoup de claustras. Le balai des ascenseurs vitrés crée un mouvement cinétique très esthétique. Je ne connais personne qui soit monté qui n’ait pas été fasciné”, renchérit Cédric Avenier, qui dès ses études s’intéresse à la restauration des bétons et très tôt partage des articles scientifiques afin de faire connaître et valoriser la tour Perret.

Un chantier pilote doté d’un comité scientifique

Dans les années 1920, les Alpes attirent des touristes fortunés. On crée les routes des Alpes, de la Suisse à Monaco, avec des cols pour les motos et les voitures. C’est un monde nouveau où tout va très vite. Le béton, qui permet de construire plus vite, plus haut, moins cher, y répond bien”, continue Cédric Avenier. Par sa complexité et sa technicité, le chantier de restauration de la tour, classée monument historique en 1998, a été mené comme un chantier pilote, intégrant une part de recherches. Un comité scientifique est monté dès 2014 et les travaux de restauration commencent avec une tranche d’essai en 2020-21. “Peu de chantiers montent un comité scientifique. On questionne les normes techniques et on fait bouger les lignes en termes de béton armé. Cela nous a permis de mettre à plat toutes les technologies qui existent et d’avoir une combinatoire de matériaux efficaces”, poursuit Cédric Avenier. Le chantier, visitable par le public au fur et à mesure de sa progression, a suscité un fort engouement, avec même des visites commentées par des guides de l’office de tourisme. Désormais, comme en 1925, les visiteurs pourront de nouveau s’approprier la ville et les montagnes vues d’en haut, le belvédère à 60 mètres étant doté, comme à son origine, d’une table d’observation. Par ailleurs, des visites guidées permettront d’accéder à la plateforme sommitale située à 85 mètres de hauteur.


Le saviez-vous ?

La houille blanche est une ancienne expression qui désigne l’énergie hydraulique, produite grâce à la force de l’eau (barrages, chutes d’eau, etc.). Associée à l’eau claire, elle vient en contrepied du charbon, la houille noire.


Oriane Poillet © Ville de Grenoble

L’Orangerie : un nouveau lieu de vie et de culture

À deux pas de la tour Perret, en bordure du parc Paul-Mistral, l’Orangerie, construite en 1895 pour abriter pendant l’hiver les arbres et les plantes fragiles de la ville, avait, depuis les années 2000, été laissée en friche. Porté par l’association La Grande Saison, cet espace patrimonial désormais rénové se transforme en lieu hybride mêlant services et loisirs. La boulangerie artisanale Décibel a ainsi ouvert ses portes en 2025 suivie ce printemps par l’Orangerie Perchée, une salle d’escalade et son restaurant-bar. Un espace de coworking verra également le jour dans le courant de l’année. Halle gourmande, l’Orangerie devient aussi un lieu de vie. The next place to be ?


Arrivée des bulles au fort de la Bastille © Pierre Jayet

50 ans de bulles !

Emblématiques de la ville, les fameuses “bulles de Grenoble” fêtent cette année leurs 50 ans ! Reliant le centre-ville au fort de la Bastille, elles officient en effet en 1976. Dès leur envol, au bord de l’Isère, elles s’élèvent rapidement au-dessus des toits de Grenoble offrant une vue imprenable sur la ville, les berges et les massifs environnants, pour arriver à 476 mètres d’altitude. Conçues par l’ingénieur grenoblois Denis Creissels en collaboration avec l’entreprise iséroise Poma, leur forme sphérique en métal et plexiglas permet d’offrir un large panorama à tous les passagers. Elles prennent le relais des anciennes cabines d’abord dodécagonales (à 12 côtés) puis rectangulaires. Lors de son inauguration en 1934, ce téléphérique urbain faisait partie des tout premiers au monde, rendant le fort de la Bastille aisément accessible aux habitants et touristes.

Du sommet de la Bastille, plusieurs jolies balades s’offrent à vous, notamment vers le mont Jalla (environ 30 minutes de montée). Et pourquoi ne pas redescendre tranquillement à pied par le chemin ombragé qui mène vers le quartier Saint-Laurent et en profiter pour visiter le superbe musée archéologique Saint-Laurent ? Cet étonnant musée, gratuit, abrite quasiment deux mille ans d’histoire superposée. Les archéologues ayant conservé les différentes couches du site, les visiteurs expérimentent un véritable millefeuille historique, avec une saisissante crypte mérovingienne.


Le restaurant Per’Gras

Autre institution grenobloise, le restaurant Per’Gras, et sa terrasse, situé au sommet de la Bastille domine Grenoble et ses environs. Tenu de père en fils depuis 1896, ce bastion gastronomique, à la cuisine entre tradition et modernité, fête cette année ses 130 ans. À la carte, un menu des 130 ans est proposé. À l’occasion de la fête nationale, le 14 juillet, un bal musette fera tourbillonner les amateurs au son de l’accordéon.

Plus de détails : pergras.com


Entretien

Un nouvel œil sur le patrimoine grenoblois

Marie-Alice Lemoine

Après des études en histoire de l’art à la Sorbonne, Marie-Alice Lemoine quitte la Bretagne pour s’installer à Grenoble en 2022. Passionnée d’architecture et de patrimoine, elle en fait son métier en devenant illustratrice du patrimoine sous le nom de Marie-Alice Vous Emmène. Elle crée des illustrations colorées dont dernièrement la pétillante affiche pour les 50 ans des bulles de Grenoble. Rencontre.

Lyon Capitale : Comment est né votre intérêt pour l’architecture ?

Marie-Alice Lemoine : J’ai réalisé mon master sur les céramiques architecturales des villas balnéaires autour de Dinard et Saint-Malo, donc j’ai ce lien depuis longtemps. Je m’attache dans mes illustrations à révéler et valoriser le patrimoine mais aussi l’histoire. Ma première illustration à Grenoble a été un immeuble Art déco, place Jacqueline-Marval, une femme peintre iséroise partie à Paris et qui est tombée dans l’oubli. [Elle était mariée au peintre dauphinois Jules Flandrin, NdlR.] J’ai repris dans mon illustration sa palette de couleurs. J’aime dessiner les monuments avec beaucoup de détails, révéler des motifs. Cela permet parfois aux gens de redécouvrir leur patrimoine, de prendre le temps de le regarder ou avec un nouvel œil.

Quelle a été votre inspiration pour l’affiche des bulles de Grenoble ?

La symbolique des bulles est double : il s’agit d’un anniversaire, célébré avec des bulles mais en 1976 le concepteur Denis Creissels décrivait ces cabines rondes comme “des petites bulles de champagne qui semblent séchapper du goulot dune bouteille”. Mon affiche cherche aussi à raconter ce patrimoine. Elle est déclinée en grand format numéroté et signé, en carte postale, en pièce de collection et même en collaboration avec un maître artisan chocolatier, Anne-Lise Signouret.

Comment dessinez-vous ?

Je dessine sur une tablette graphique, ce qui me permet de vraiment dessiner et d’avoir des traits très nets tout en ayant une bonne qualité d’impression pour des affiches grands formats. Je peux aussi facilement décliner des couleurs différentes. J’aime jouer avec les couleurs, le côté déco, cela me permet aussi de “dépoussiérer” l’image qui peut parfois coller au patrimoine.

Pour découvrir ses œuvres : mariealicevousemmene.com

Instagram @mariealicevousemmene

Où loger ?

  • Okko, hôtel 4* en centre-ville, à la déco contemporaine, avec bar, sauna et terrasse – okkohotels.com
  • Château de la commanderie, ancienne possession templière, passée pendant deux siècles sous l’autorité de l’ordre de Malte. Chambres élégantes et spacieuses avec spa et piscine chauffée, dans un îlot de verdure à 10 minutes de Grenoble, accessible en bus direct depuis le centre-ville – commanderie.fr
  • Isotop, hôtel 4* au cœur de la Presqu’île scientifique, chambres ou studios dans l’esprit appart’hôtel (ouverture fin août) – ysotop-hotel.com

Où se restaurer ?

  • Comptoir de la Maison Aribert, restaurant avec produits locaux sourcés, niché dans l’ancien couvent XVIIe siècle Sainte-Cécile, devenu le siège des éditions Glénat. Ouvert par le chef doublement étoilé Christophe Aribert officiant à Uriage, le comptoir fait aussi salon de thé, sandwicherie et épicerie – 04 76 03 29 51
  • Le Féno, restaurant du musée d’art de Grenoble, cuisine de bistrot, plats simples de saison et produits locaux – feno-restaurant.fr
  • Poppa, restaurant convivial dans le centre historique, en mode bistrot le midi et tapas le soir – lepoppa.com
  • La Belle Idée, cuisine française maison, dans un cadre élégant, à deux pas des “bulles” – labelleideegrenoble.fr

Événements

  • Inauguration de la tour Perret, le 10 juillet, de 17 h à 23 h, au pied de la tour avec concerts, spectacles et une grande loterie
  • Chaque vendredi est une fête, tous les vendredis de l’été de 17 h à 21 h, terrasses et commerces s’animent, avec tous les premiers vendredis du mois une soirée danse sur les places du centre historique – labelville-grenoble.fr
  • Cabaret frappé, concerts gratuits au Jardin de Ville durant le mois de juillet – grenoble.fr/424-cabaret-frappe.htm
  • L’Été sur les quais, animation sur les quais piétonnisés de la rive droite de l’Isère (quai Perrière et place de la Cimaise) – grenoble.fr/agenda/6677/79-l-ete-sur-les-quais.htm

Agenda complet des événements à retrouver sur grenoble-tourisme.com

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