Comment mettre nos ados aux fourneaux ?

Les enfants grandissent et pourtant leurs parents continuent de les nourrir, comme quand ils étaient petits. Et s’ils prenaient le temps d’inverser les rôles ? Inviter son ado en cuisine a de multiples vertus, encore faut-il respecter quelques règles pour un apprentissage réussi. Explications.

Par chance, la nouvelle génération a une bonne image de la cuisine. “Top chef”, “MasterChef”, “Tous en cuisine”… les émissions culinaires sont toujours plus nombreuses sur les écrans, proposant aux familles des rendez-vous hebdomadaires addictifs.

Une starification des chefs qui fait des émules sur les réseaux sociaux, où les tutos de cuisine mettent en scène des influenceurs food qui séduisent de plus en plus de jeunes.

Les parents ne doivent pas hésiter à surfer sur cet engouement, tout en ramenant gentiment leur ado à la réalité. Car la cuisine est aussi une affaire de famille.

Une vraie transmission

Faire entrer la cuisine dans la vie de son ado est une belle occasion de transmission familiale. On partage des recettes, des tours de main, des rituels… On crée du lien autour d’un moment privilégié. Cela donne un véritable sentiment d’appartenance.

“C’est aussi l’occasion de laisser les ados prendre le relais en cuisine. C’est bien que de temps en temps, ils puissent à leur tour prendre en charge cette tâche et nous faire tester leurs propres plats”, revendique Stéphanie Antoine, journaliste, chef en cuisine végétarienne et co-autrice du livre L’Ado la dalle (éditions La Martinière) avec Pauline Beauvais.

En cuisinant, l’ado développe une vraie compétence. Savoir cuisiner, c’est gratifiant, cela développe la confiance en soi et alimente l’autonomie. “Les pâtes à la bolognaise, c’est un plat assez consensuel qui se prépare dans beaucoup de familles. Mais chez nous, on a une recette familiale que l’on aime transmettre. Alors à mon tour, j’ai appris à mes enfants à cuisiner cette bonne sauce. C’était un vrai moment de complicité, j’avais l’impression d’une sorte de passation. Quant à eux, ils sont fiers d’avoir découvert quelques astuces de cuisine et de pouvoir reproduire ce plat qui les régale… et de le partager avec leurs amis”, témoigne Laurence, mère de deux enfants de 11 et 15 ans.

“Apprendre à son ado à cuisiner, c’est aussi miser sur le futur, ajoute Stéphanie Antoine. Ce sont les jeunes d’aujourd’hui qui prendront plus tard les décisions concernant l’alimentation, l’industrie agro-alimentaire... C’est donc primordial de les sensibiliser au plaisir de bien manger et à notre façon de consommer.”

Et si le plaisir de bien manger est associé au plaisir de cuisiner, et non à une corvée à évacuer, c’est encore mieux.

S’adapter à son enfant

L’idée, c’est de s’adapter au niveau d’implication de son ado, afin de le motiver et de le mettre en situation de réussite. A-t-il déjà le goût de la cuisine ou est-il totalement néophyte ?

Par ailleurs, on n’hésite pas à surfer sur ses appétences et engagements du moment, l’apprentissage n’en sera que facilité. “Si le jeune est déjà débrouillard en cuisine, on peut lui laisser les rênes plus facilement. Alors que s’il est complètement débutant, on le met en route doucement avec de petites tâches, recommande l’autrice. On s’adapte à sa sensibilité et ses envies. En effet, on ne proposera pas les mêmes idées de recettes à un ado fan de sport, un ado engagé ou encore à celui qui est plongé en permanence dans les réseaux sociaux ! On se demande aussi quelle situation peut l’amener à cuisiner : préparer une lunch box, recevoir ses copains, dîner seul à la maison, se faire une soirée Netflix… C’est dans cette optique que l’on a écrit le livre : il y a des recettes pour tous les profils et toutes les occasions. Chacun s’y reconnaîtra.”

Lâcher prise

Comme pour tout apprentissage, on montre à son enfant comment on s’y prend, puis on fait à quatre mains pour enfin lui laisser la place. Ce que certains parents auront peut-être du mal à faire… Ils peuvent en effet avoir l’impression d’être dépossédés de leurs prérogatives parentales, craindre de voir leur ado évoluer seul avec couteaux, robot, plaque de cuisson… Ou tout simplement se dire que les choses ne seront pas bien faites.

Inviter son ado en cuisine demande un certain lâcher-prise, difficile mais nécessaire. Il ne fera pas comme nous, c’est sûr, et c’est tant mieux. Il ne faut pas juger, et bien se dire que cette sorte de passation l’aidera à prendre son envol. un lâcher-prise que
l'ado doit aussi s'appliquer à lui-même. “Ma fille aime bien trouver des idées de recettes sur TikTok. Le problème, c’est qu’une recette longue et sophistiquée est présentée en quelques minutes. Elle s’est retrouvée à passer beaucoup de temps en cuisine pour un résultat qui ne ressemblait pas aux visuels flatteurs de la vidéo, ce qui était assez décourageant. Heureusement, elle a fini par se tourner vers des plats beaucoup plus simples, même s’ils étaient moins esthétiques”, explique Sabine, mère de Zoé, 14 ans.

L’inviter à faire les courses

C’est bien d’impliquer son ado en amont, dans le processus des courses, tout en lui donnant quelques petites astuces pour qu’il les fasse tout seul : faire une liste avant, regarder le prix au kilo… Autant de choses auxquelles il sera confronté quand il sera étudiant, propose Stéphanie Antoine. Comme il y a un véritable enjeu santé, on peut l’inciter à utiliser des applications ludiques du style Yuka. C’est aussi un bon moyen pour lui de vérifier toutes les infos qu’il voit passer sur les réseaux sociaux On n’hésite pas à lui lancer de petits challenges du style : ‘Tu as 10 euros pour préparer un repas pour toute la famille.’ Il se prendra au jeu et verra qu’on lui fait confiance.” “J’avoue que j’ai plutôt tendance à expédier les courses au supermarché, du coup j’y vais toute seule pour que ça aille plus vite, raconte Élise, mère de deux ados de 10 et 12 ans. Un jour mon plus jeune fils m’a accompagnée, et j’ai été très surprise de le voir un peu perdu dans le magasin. Faire les courses, cela semble évident, alors qu’en fait il faut se repérer dans les rayons, faire des choix… J’ai trouvé très sympa de partager ça avec lui et de lui donner quelques petits trucs. Et ça lui a donné envie de participer un peu plus en cuisine.”

Entre équilibre alimentaire et liberté

Apprendre à son ado à cuisiner est une bonne occasion de l’initier à l’équilibre alimentaire et au développement durable.

On lui rappellera la saisonnalité des produits, la bonne cuisson des légumes pour conserver les vitamines, l’importance du circuit court… Mais tout en faisant attention à rester dans le ludique et ne pas tomber dans la culpabilisation. “Il faut éviter qu’ils deviennent obsédés par ce qui est bon ou mauvais.” Pour cela, on doit créer de la légèreté autour de l’assiette et dédramatiser : on peut manger de tout, mais pas à la même fréquence.

Cela ne sert à rien d’interdire aux jeunes certains plats dont ils raffolent, comme les kébabs, les tacos… On leur souligne juste qu’il vaut mieux que ce ne soit pas leur menu unique. Et les inciter à les cuisiner“maison”. “Il faut que les jeunes s’éclatent en cuisine ! Le parent doit laisser de la liberté à son ado, et ne pas hésiter à saupoudrer des petites touches d’humour”, conclut Stéphanie Antoine.

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