Pour Lyon Capitale, il revient sur le tournage de cet ovni cinématographique. Un entretien dans lequel il aborde également la campagne présidentielle et son avenir.
Lyon Capitale : Dhorasoo, caméra au poing en pleine Coupe du monde, cela a suscité des peurs et des remarques un peu acerbes de la part de certains membres de l'équipe de France...
Vikash Dhorasoo : Je comprends tout à fait. L'équipe de France, c'est un truc très protégé, très blindé au niveau médiatique. Et tout d'un coup, moi, j'arrive avec un truc bizarre dans les mains en pleine Coupe du monde. Les mecs se posent forcément des questions. Mais dans la mesure où avec Fred Poulet on ne savait pas nous-mêmes ce qu'on allait faire, on n'allait pas dire ceci ou cela. Après coup, on a tout de suite vu qu'il n'y avait pas besoin de demander d'autorisation de reproduction d'images puisque les acteurs principaux de ce film ce ne sont pas les Bleus. La Coupe du monde n'est qu'un prétexte. Les hôtels servent de décors, etc. Le sujet, c'est une histoire d'amitié entre Fred et moi.
Dans Substitute, toute la démesure d'une Coupe du monde transpire en creux. Fred Poulet a d'ailleurs ironisé sur les moyens employés, notamment par le RAID, "pour protéger 23 mecs qui jouent au foot". Dans le football, tout est démesuré. Même la sécurité.
Bien sûr ! Moi, en tant qu'homme de gauche, je suis très content de payer beaucoup d'impôts. Aujourd'hui, même si je gagne beaucoup d'argent grâce au football, j'ai le sentiment de rester fidèle à mes valeurs. Il faut aussi reconnaître que si le football est dans la démesure, il donne également beaucoup de rêve, de bonheur aux gens. Comme le cinéma d'ailleurs. Mais dans Substitute, quand je fais des prises de vues sur l'environnement de l'équipe de France, je le fais sans jugement. Cela étant, il est vrai que j'ai halluciné de voir que j'étais si important. Voir Chirac dans nos vestiaires, ça me dépasse. Revenir en France, après la finale de la Coupe du monde, et être reçus comme des chefs d'Etat, c'est pareil.
Substitute donne une image de vous tantôt narcissique, tantôt très attachante. Il y a une vraie ambivalence.
Narcissique, je ne sais pas. A la base, ce n'est quand même pas mon projet de me filmer au quotidien. Après, on peut parler d'égoïsme, d'individualisme parce que c'est centré sur ma petite personne. Mais, à mon sens, il est juste question de montrer comment on peut vivre le fait d'être mis sur la touche, d'être écarté d'une équipe avec laquelle on a été titulaire pendant deux ans et qu'on a aidé à qualifier pour une Coupe du monde. En plus, il y a un contexte personnel. C'était ma première et ma dernière Coupe du monde. J'y croyais beaucoup. D'autant plus que tout le monde était derrière moi : l'Île Maurice où se trouvent mes origines ; Le Havre et ma région natale, mes parents, mes amis... Et puis tout d'un coup plus rien. Et je sens que tous mes proches souffrent pour moi. En fait, pour moi, cette caméra Super 8 c'était juste le moyen, en pleine solitude, de mettre des mots et des images sur tout cela.
On vous a reproché le spleen visible dans Substitute, le fait que vous soyez triste pendant que l'équipe de France est en plein succès, en pleine joie. Qu'en pensez-vous ?
Ce n'était pas le cas. On ne peut pas me reprocher de ne pas avoir joué le jeu. J'ai été un bon remplaçant. J'ai montré de la bonne humeur, j'ai encouragé mes coéquipiers. Ce que je sais, c'est qu'on avait tous envie de jouer. Moi, avec cette caméra, je m'adresse à un ami. Quand je parle à Fred au téléphone, je ne sais pas quand il enregistre ou pas. Je livre donc mes véritables pensées, mes états d'âme bruts. Le truc, c'est que j'ai envie de jouer. Remplaçant, ça ne m'intéresse pas. C'est tout simple.
Finalement, c'est quoi une Coupe du monde vue de l'intérieur ?
C'est une très belle aventure qui restera en moi à vie. J'ai quand même vécu de très bons moments. Entre nous, on s'est bien marré lors des repas, des barbecues, etc. Et puis, j'ai eu une vraie complicité avec beaucoup de joueurs de l'équipe de France. Je pense à Givet, Govou, Thuram qui a fait partie de ceux qui m'ont posé des questions sur mon film.
Avec ce film,vous laissez une trace qu'aucun autre des 141 joueurs français entrés en jeu lors d'un Mondial auront laissée. Votre Coupe du monde est donc réussie.
C'est un peu étonnant. Je n'ai rien calculé. Finalement, je n'ai pas gagné la Coupe du monde, mais j'ai fait un bon film. Comme je le dis sur la bande, ce film c'est un peu le dessert dont j'ai été privé pendant la compétition. Je suis fier de moi, d'avoir fait d'une situation douloureuse pour moi quelque chose de constructif, de positif.
Suite à cette expérience, avez-vous envie de vous lancer dans le cinéma comme un certain Eric Cantona ?
J'ai bien sûr envie de continuer à faire des trucs qui rendent ma vie excitante. Mais je ne sais pas encore quoi très exactement. On verra. Ma priorité, aujourd'hui, c'est de rejouer au foot.
Ça veut dire que les fans de football et de Vikash Dhorasoo vont vous revoir sur un terrain prochainement ?
Bien sûr ! Mais c'est compliqué. Je suis dans une année mouvementée. Après mon licenciement au PSG, j'ai bossé seul jusqu'en décembre. Je suis allé en Angleterre pour signer un contrat avec Fulham, mais je me suis foulé la cheville trois heures avant la visite médicale et la signature... (rires). Aujourd'hui, je porte encore des béquilles, mais j'ai reçu des propositions sympas. Il faut que je m'y remette. J'espère rejouer encore au moins un an.
Mercredi, l'OL rencontre l'AS Rome en Ligue des champions. Qu'est-ce que vous inspire ce match ?
Pas grand chose. Ça me fait juste rire de voir que l'OL domine tout le monde avec plus de dix points d'avance. Avant, on disait que le football ça se jouait à onze contre onze et qu'à la fin c'était toujours l'Allemagne qui gagnait. Aujourd'hui, on en arrive à dire la même chose de l'OL. C'est fort ! Le match entre la Roma et l'OL, je ne sais vraiment pas ce que cela peut donner. Je note juste qu'aujourd'hui l'OL est favori face à une équipe comme la Roma qui est quand même une très grande équipe.
En ce moment, la campagne électorale pour la Présidentielle bat son plein. Vous qui êtes très intéressé par la politique, comment vous situez-vous ?
Je ne connais pas Ségolène Royal. J'espère juste que la gauche va l'emporter. La campagne actuelle m'inspire plus que jamais que l'essentiel est de battre la politique de Sarkozy. La solidarité, le social, l'entraide sont mes priorités. Je suis absolument contre la sécurité à tout va et le reste de sa politique. Aujourd'hui, je ne veux pas assister de nouveau à ce qu'on a vu il y a cinq ans avec Chirac et Le Pen au second tour.
Mardi, vous serez à Lyon pour Substitute. Comment se passe la promotion du film ?
Les gens qui vont voir le film sont satisfaits. La presse est bonne. Beaucoup de personnes m'ont dit : "Moi aussi, dans ma vie, je me suis retrouvé sur la touche sans explication. Je ne comprenais pas". En fait, au-delà de mon cas personnel, le sujet de la mise à l'écart parle à tout le monde. Et puis les cinéphiles adorent le film. Ils le trouvent beau. A Berlin, la salle était pleine, le film a été applaudi. Il a suscité de supers débats. Parmi les trois cents films présentés, il a fait partie de la petite dizaine qui étaient vivement conseillés, qu'il ne fallait pas rater. C'est une vraie joie. Avec Fred, on reçoit beaucoup de félicitations. Si on vient à Lyon pour la promo, c'est à ma demande. Parce que c'est symbolique pour moi. J'ai joué dans cette ville, j'y ai habité, et puis le film sort à Lyon. Qui plus est dans une salle où j'avais l'habitude d'aller. C'est génial. Après la projection, il y aura un débat et puis, avec Fred, on ira se faire un bon vieux bouchon lyonnais (rires).
Lyon, ville de cœur
"Si on vient à Lyon pour la promo, c'est à ma demande. Parce que c'est symbolique pour moi. J'ai joué dans cette ville, j'y ai habité, et puis le film sort à Lyon. Qui plus est dans une salle où j'avais l'habitude d'aller". Dans l'entretien qu'il nous a accordé, Vikash Dhorasoo confirme, une fois encore, qu'il a toujours aimé Lyon. C'est en 1998, en provenance du Havre et pour un montant de 4,9 millions d'euros, qu'il signe à l'OL. Avec Lyon, il sera champion de France à deux reprises, disputera 155 matchs et inscrira 10 buts. Résidant dans le Vieux Lyon, rue du Boeuf, dans un superbe appartement donnant sur la colline de Fourvière, il n'était pas rare de le voir se promener à vélo avec femme et enfant. "Les sollicitations ne me dérangent pas. Sinon, j'aurais choisi d'habiter à la campagne" disait-il alors. Vikash Dhorasoo était également un habitué des lieux culturels lyonnais. Notamment du théâtre de la Croix-Rousse où il avait fini par sympathiser avec le directeur Philippe Faure, fan de foot. En mai 2004, après avoir signé avec le grand Milan AC, il fait ses adieux à Lyon dans la peau du "chouchou" de Gerland. Un stade qui avait appris à vibrer au rythme de son jeu fait d'accélérations inattendues, de coups de reins mortels, de dribbles endiablés et de passes millimétrées.
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