La fontaine de la place Ampère © Hugo Laubepin

Escapades fraîcheur : connaissez-vous l’histoire des fontaines lyonnaises ?

Lyon bénéficie de près de quatre cents points d’eau répartis dans la ville, dont soixante-dix-huit fontaines ornementales, gérées par la municipalité. Ces bassins procurent, aux beaux jours, un rafraîchissement bienvenu. Mais ils participent aussi à la décoration de la cité et, souvent, racontent une histoire.

Laissez-vous porter par le murmure de l’eau de ces fontaines emblématiques ou plus insolites qui ont rythmé au cours des siècles la vie des Lyonnais et qui aujourd’hui font partie du patrimoine architectural.

Lyon 1er

La fontaine Bartholdi, place des Terreaux

© Hugo Laubepin

La plus emblématique des fontaines lyonnaises était destinée à l’origine à la ville de… Bordeaux. Lauréate d’une commande que la ville bordelaise abandonne finalement, la municipalité sollicite à nouveau le sculpteur trente ans après.

Bartholdi s’est alors taillé une réputation d’artiste, internationale, après avoir notamment réalisé la statue de la Liberté.

Le projet est une fois encore enterré. Bartholdi décide néanmoins de donner jour à sa création et la présente à l’Exposition universelle de 1889, à Paris, la baptisant “Le fleuve et les sources allant à l’océan”.

Il s’agit d’une allégorie de la France, représentée sous les traits d’Amphitrite, déesse de la mer, et des quatre grands fleuves français. Antoine Gailleton, le maire de Lyon de l’époque, ébloui, la fait acquérir et installer en 1892 en face de la mairie.

Cette fontaine monumentale s’inspire du bassin d’Apollon, toujours visible dans les jardins de Versailles. Remarquable par ses dimensions et la fougue émanant de ses chevaux (de l’eau vaporisée sort même des naseaux des équidés), elle l’est aussi par son innovation technique avec sa peau en plomb martelé.

Suite à la construction du parking souterrain, elle a été déplacée en 1994 en face du palais Saint-Pierre.

La fontaine Le Soleil, place Louis-Pradel

À deux pas de l’opéra, cette fontaine, bien connue des Lyonnais, a été inaugurée en 1982. Le sculpteur Jean Robert, dit Ipoustéguy (1920-2006), a conçu un grand bassin elliptique d’où émerge un grand disque soutenu par un socle évoquant une feuille de papier recourbée, d’où la forme arrondie aurait été découpée.

© Hugo Laubepin

Sur le disque, on peut lire un vers de la poétesse de la Renaissance, Louise Labé : “Permets m’Amour penser quelque folie…”

Au pied de la fontaine se trouvait un radeau avec deux jeunes filles pêchant, représentant les deux filles de l’artiste. Cet élément a malheureusement été dérobé en 2000.

Les lions de la place Sathonay

La place se situe au cœur de l’ancienne abbaye royale de la Déserte, établie au bas des pentes de la Croix-Rousse au début du XIVe siècle.

La source de la Déserte faisait d’ailleurs partie des sources importantes pour les Lyonnais. Signalée dans un acte de 1409, elle desservait la communauté des sœurs de la Déserte et les habitants alentour.

© Hugo Laubepin

Les propriétés de la Déserte sont confisquées à la Révolution et leur jardin transformé en jardin des plantes.

Deux lions sont installés au pied de l’escalier monumental qui y mène. Ils sont inspirés des lions égyptiens encadrant la fontaine Acqua Felice à Rome, dont les originaux sont conservés au musée du Vatican et datent du règne du pharaon Nectanébo II (360-343 av. J.-C.).

Lyon 2e

La fontaine des Jacobins, temple des arts

Autre fontaine iconique de Lyon, celle des Jacobins, inaugurée en 1885, la quatrième à occuper la place.

Elle est dessinée par Gaspard André, à qui l’on doit également le théâtre des Célestins.

© Hugo Laubepin

Étagée en quatre bassins pyramidaux, et réalisée en marbre blanc, elle est surmontée d’une construction carrée, le temple des arts.

Celui-ci abrite quatre statues d’artistes lyonnais représentant quatre siècles différents : Philibert Delorme, architecte du XVIe siècle, auteur de la célèbre galerie Bullioud, dans le Vieux-Lyon, Gérard Audran, graveur du XVIIe, Guillaume Coustou, sculpteur du XVIIIe et Hippolyte Flandrin, peintre du XIXe.

© Hugo Laubepin

Chacun porte le costume de son époque et les attributs de son art. Une riche ornementation (griffons, sirènes, etc.) complète l’édifice.

La fontaine de la place Ampère

La statue en bronze célébrant Ampère, né dans les monts d’Or voisins, à Poleymieux, est inaugurée en 1888, année qui vit aussi le lycée où le savant enseigna au début du siècle rebaptisé lycée Ampère.

© Hugo Laubepin

La sculpture est entourée par deux sphinges, figure mythologique de femme ailée au corps de lionne, crachant de l’eau dans deux bassins en pierre. La statue est une rescapée de la Deuxième Guerre mondiale.

Démontée en mars 1944, pour être fondue, comme de nombreux monuments en bronze, elle est finalement retrouvée dans un hangar, remontée et inaugurée une seconde fois en 1945.


Lyon 3e

Fontaine de la place Charles-de-Gaulle

© BM Lyon

Jouxtant l’auditorium Maurice-Ravel, cette jolie fontaine en métal, composée d’un assemblage de formes cylindriques évoquant des toupies, a été créée par Bernard Quiry. Elle date des années 1970. 

Le Buisson ardent, la plus érotique des fontaines lyonnaises

Récemment rénovée et remise en service en juin 2023, cette fontaine facétieuse, située en face de la Bourse du Travail, est composée de 1 200 pièces moulées, fondues et soudées ensemble.

© Benoît Prieur / Wikimédia

Un luxuriant manteau de feuilles de potiron, figuier, pommier, cerisier révèle plutôt que ne cache visages et corps érotisants : buste féminin se soutenant les seins qui ruissellent, fessiers rebondis, torses masculins, etc.

On y retrouve les thèmes chers à l’artiste, Geneviève Böhmer, où corps et végétaux exaltent une extraordinaire joie de vivre.

Une plaque rivée à la fontaine, “avec la présence bien aimée réelle ou imaginaire”, remercie les artistes ayant inspiré cette fontaine, comme Henri Ughetto ou la plasticienne Orlan, dont le visage moulé envoie des baisers. Car, à l’origine, la fontaine est articulée.

Une petite girouette sur le sommet permet même de couper l’eau quand le vent souffle trop fort afin d’éviter aux passants d’être aspergés.


Lyon 4e

Le lavoir Bonafous

Ce point d’eau est le dernier exemple des lavoirs croix-roussiens du XIXe siècle. Il a été inauguré en 2010 après avoir été totalement rénové par deux artistes : Nicolas Kriknof pour les mosaïques colorées et Bachir Hadji pour la tête d’âne.

Cette œuvre a suscité la controverse notamment en raison de l’âne associé aux canuts. Pour l’artiste, le canut reste le symbole de l’exploité, tout comme l’âne “bastonné le jour, entravé la nuit”.


Le saviez-vous ?

Petite histoire des fontaines, des Romains à aujourd’hui

Élevée par Auguste au rang de capitale des Gaules, la ville de Lyon est dotée, après Rome, du plus long réseau d’aqueducs de l’Empire.

Au IIe siècle, quatre aqueducs totalisent ainsi un linéaire de 200 kilomètres et approvisionnent la ville en eau, notamment ses thermes et fontaines. Le pillage du plomb des siphons par les hordes barbares aux IVe et Ve siècles marque la fin du remarquable approvisionnement en eau de la ville.

Au Moyen Âge, les Lyonnais creusent des puits, seules six fontaines sont répertoriées, dont les abords sont souvent déplorables et source de contamination.

À la Renaissance, sur le plan scénographique de 1550, on dénombre dix-neuf puits publics, les habitants les plus riches possédant leur propre puits dans la cour de leur habitation.

Le XVIIe voit apparaître de belles fontaines ornementales, comme celles se succédant place des Terreaux, mais c’est un temps globalement marqué par le manque d’eau.

Malgré deux siècles de recherches et d’expérimentations, et avec l’augmentation de la population, ce manque d’eau n’est pas pallié avant le XIXe siècle.

Avant la Révolution, on dénombrait quarante points d’eau publics pour environ 130 000 habitants.

Sous le Ier Empire, de nouvelles fontaines et pompes publiques sont créées, mais c’est au préfet Vaïsse que Lyon doit une alimentation durable en eau potable : en 1856, l’usine de Saint-Clair, nouvellement construite, pourvoit en eau cent vingt bornes fontaines, deux cents bouches d’arrosage ainsi que sept fontaines monumentales de la ville.


Lyon 5e

La fontaine du Verbe Incarné, place de Trion

© Nadège Druzkowski

Retrouvée en 1982, lors de fouilles archéologiques dans le clos du Verbe Incarné, à 100 mètres du théâtre antique, cette fontaine intacte est, aujourd’hui, bien mise en valeur place de Trion. Son chapiteau, comme en l’atteste l’inscription, date du règne de Claude (41-54) tandis que le bassin a été réalisé au IIe siècle.

La fontaine du Taurobole

© Nadège Druzkowski

En 1828, l’architecte Louis Cécile Flachéron transforme en fontaine le plus ancien puits conservé à Lyon. En 1250, le puits appartenait aux chanoines de Saint-Just, et fournissait en eau les religieux et habitants du quartier. La fontaine affiche un petit air romain, en imitant un autel taurobolique antique.

La fontaine de la place Saint-Jean

© Nadège Druzkowski

Depuis 1417, quatre fontaines se sont succédé sur la place. La fontaine actuelle, petit temple de style néo-Renaissance, a été dessinée en 1844 par René Dardel (à qui l’on doit notamment l’opulent palais de la Bourse).

La fontaine abrite une délicate sculpture en bronze de Bonnassieux représentant le baptême du Christ par saint Jean-Baptiste, patron de la cathédrale. Un ingénieux système dirige l’eau dans la coquille tenue par Jean-Baptiste pour baigner la tête du Christ. L’eau se déverse ensuite dans les vasques par la gueule des lions.

La cascade du Chemin-Neuf

La cascade, montée du Chemin-Neuf, a été inaugurée en 1963 en mémoire de la catastrophe de novembre 1930 liée au mauvais entretien des puits et galeries de la colline provoquant un glissement de terrain qui fit quarante victimes.

© Hugo Laubepin

La fontaine, constituée de quatre larges vasques superposées, est alimentée par les eaux de drainage de la colline de Fourvière. Les deux murs qui l’encadrent sont en fait des murs de soutènement.

Lyon 8e

Empreintes et Résurgences

Réalisée pour l’université Jean-Moulin Lyon 3, la fontaine-sculpture, avec ses éléments en bronze et messages gravés évoquant sa vie, rend hommage aux valeurs incarnées par le résistant Jean Moulin.

© Évelyne Guidice

Pour le sculpteur Josef Ciesla, né en 1929, d’origine polonaise et qui étudia à l’école de tissage de Lyon, cette fontaine est l’aboutissement de son œuvre artistique.


Petit patrimoine : les bornes-fontaines

Ces bornes-fontaines “à gueule de lion” sont spécifiques à notre agglomération et comportent les armoiries de la ville.

© BM de Lyon

En 1853, le tout premier contrat de délégation de service public de l’eau est signé entre la ville de Lyon et la Compagnie générale des eaux.

Le contrat initial prévoit l’installation de 120 bornes-fontaines intermittentes réglées à 30 litres par minute. En 2022, Lyon en recensait 315 en service.


Rencontre

Les fontaines… aussi une histoire d’hommes

Les fontaines fonctionnent grâce au travail quotidien de fontainiers qui les remettent en eau, les entretiennent et les font évoluer pour les adapter aux problématiques d’aujourd’hui.

La Ville de Lyon emploie ainsi une équipe de cinq personnes dont quatre fontainiers à plein temps et un responsable. Rencontre avec Fabrice Longefay, responsable du service fontaine, et Julien Doublier, responsable de l’unité fontainier.

Lyon Capitale : Comment devient-on fontainier ?

Il n’y a pas de formation spécifique. On recherche aujourd’hui davantage des profils électrotechnique ou électromécanique, puis le métier s’apprend en le pratiquant. Il faut au minimum deux ans pour appréhender la technique et les différents sites.

Quel est le fonctionnement d’une fontaine ?

Les fontaines fonctionnent tous les jours de 8 h à 22 h. Elles sont mises en hivernage de courant novembre à courant mars. Les fontaines nécessitent le passage d’un fontainier une à deux fois par semaine, les grandes fontaines type Bartholdi tous les deux jours environ. Elles sont vidées et nettoyées en moyenne trois fois par an.

À cela s’ajoute surtout les imprévus, comme les incivilités par exemple. Certaines fontaines, comme les jets place Antonin-Poncet, paraissent simples alors qu’elles requièrent une grande technicité, cachée des yeux du public.

Comment sont alimentées les fontaines ?

Les fontaines fonctionnent pour moitié en eau de forage et moitié en eau de ville. Elles peuvent fonctionner en eau non recyclée (dit circuit ouvert). La fontaine est alors alimentée en permanence, à partir d’un forage par exemple.

L’autre solution est en eau recyclée (dit circuit fermé), la fontaine est alors alimentée lors de son remplissage et tourne en boucle dans un circuit hydraulique, avec des installations techniques proches de celles d’une piscine. Aujourd’hui, cinquante-quatre fontaines ornementales sont à eau recyclée contre vingt-quatre en eau non recyclée.

Quelles sont les problématiques d’aujourd’hui ?

L’eau est devenue une ressource qu’il faut protéger. On va ces dernières années de plus en plus vers une eau recyclée ou une réutilisation de l’eau. Mais cela implique un investissement en machinerie et des locaux techniques, souvent coûteux.


Sources : Nos fontaines ont soif de rafraîchissement (Sauvegarde et Embellissement de Lyon), L'eau à Lyon, toute une histoire, Dictionnaire historique de Lyon

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